La Fille du capitaine

par

…mais aussi un roman d’apprentissage : l’évolution du personnage de Piotr Griniov

A.       Le jeune Griniov confronté àla réalité du monde

 

         Au début de l’œuvre,Griniov se décrit lui-même comme l’archétype de l’adolescent : il évite letravail, aime s’amuser, espère un avenir glorieux (« Je me voyais officier de la Garde, ce qui, à mon avis, était le comblede la félicité humaine »). Dans un sens, Piotr est innocent, il estprotégé par sa sphère familiale, qu’il n’a jamais quittée longtemps, et il neconnaît que l’amusement.

         Son arrivée dans l’Ouralconstitue donc un choc pour lui et marque le début de son apprentissage de lavie. En effet, lorsqu’il arrive à Orenbourg, il passe une soirée à la table dugénéral, où une « rigoureuseéconomie à l’allemande » règne. Mais c’est surtout à Belogorsk quePiotr va être confronté aux rudesses de la vie. Il ne jouit plus ici de la vieinsouciante qu’il menait dans le foyer familial. Loin du faste des bals et desréceptions dans lesquels il avait espéré se fondre à Saint-Pétersbourg, lejeune Griniov développe un caractère ferme qui lui servira plus tard. Maisaussi, il fait la connaissance de nouvelles situations dont il avait jusque-làété protégé.

         Au nombre des situationsqui l’éprouvent, il fait la découverte de la rivalité. Chvabrine, pour lequelil avait une certaine sympathie, devient son rival pour l’amour de Macha. Lepersonnage de Chvabrine fait preuve de traîtrise dans sa rivalité avec Piotr.Plutôt que de lui faire savoir qu’il entretient également des sentiments pourla jeune fille, il cherche à saper les efforts de Piotr. Il commence d’abord endécrivant Macha sous les traits d’une sotte et lorsque Piotr lui fait lire lepoème que la demoiselle lui inspire, il lui répond qu’elle n’est pas digned’être son épouse.

         « Je compris la persistance que mettait Chvabrine à lapoursuivre. Il avait probablement remarqué notre inclination mutuelle, ets’efforçait de nous détourner l’un de l’autre. Les paroles qui avaient provoquénotre querelle me semblèrent d’autant plus infâmes, quand, au lieu d’unegrossière et indécente plaisanterie, j’y vis une calomnie calculée. »

 

B.        Un changement, une adaptation nécessaire.


            Face à ces événements, Piotr n’ad’autre choix que de réagir et d’évoluer. On constate la sensible mutation decet adolescent qui, à la fin de l’œuvre, est devenu un homme presque vertueux.Ses illusions s’estompent au fur et à mesure du roman, et il apprend à agirseul pour ses propres intérêts.

         À travers ce roman,l’auteur s’attelle donc à faire évoluer son héros principal. L’épitaphe duchapitre quatre illustre parfaitement l’ouvrage de l’auteur : « En garde, monsieur, s’il vous plaît. Je vaisvous percer le portrait ». L’auteur « perce » en effet leportrait de Piotr : celui qu’il était au début de l’œuvre finit pardisparaître sous un nouveau personnage. De plus, cette citation est inscritejuste avant le duel qui oppose Piotr à Chvabrine, évènement qui modifie lecaractère de Piotr. De par ce qu’il endure tout au long du roman, Piotr n’estpas seulement physiquement marqué, mais aussi psychologiquement.

         Ainsi, à partir del’épisode du duel, le jeune homme apprend à réfréner ses pulsions. Il seraaccablé par les nombreuses conséquences de son duel, aussi bien physiques quemorales, et qui influenceront les projets d’avenir dont Macha est l’objet, etses proches, en particulier sa mère qui tombe malade d’inquiétude en apprenantla nouvelle du duel.

         Il apprend à faire face àla traîtrise incarnée par son ancien camarade Chvabrine. Il apprend à tirer profitavec intelligence des situations auxquelles il est confronté dans le but desortir sa fiancée des griffes de son rival. On est bien loin du jeune homme quirefusait par orgueil d’entendre les conseils de son serviteur plus sage.

« Une idée singulière mevint à l’esprit. Il me sembla que la Providence, en m’amenant une seconde foisdevant Pougatcheff, me donnait par là l’occasion d’exécuter mon projet. Je medécidai à la saisir. »

         Mais encore, lorsque laduplicité de Chvabrine est découverte, Piotr n’éprouve aucune satisfaction,aucun sentiment de vengeance ou de haine. Il n’a que du mépris pour son anciencamarade. 

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