La Fille du capitaine

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Un roman historique...

A. Une fresque de la société russe du XVIIIe siècle

         De nombreux éléments évoqués dans l’œuvre sont véridiques. En effet, les descriptions de l’armée sont exactes ; qu’il s’agisse des postes militaires, du personnel militaire ou du matériel. L’élément le plus marquant dans la description du fort d’Orenbourg est le seul canon dont il dispose (« son unique canon rouillé ») : contrairement à la plupart des romans, les faits et les descriptions ne sont pas exagérés ou amoindris, ils sont vraisemblables.

         De même, on ne peut manquer de constater à la lecture du roman que la vie militaire dans la Russie impériale était une charge héréditaire. Ainsi, le jeune héros du roman a déjà plus d’importance dans la hiérarchie militaire que certains soldats ayant longtemps servi dans les rangs. C’est cette gestion oligarchique de l’appareil militaire et de la société en général qui a entraîné la chute de l’Empire des Tsars, où la servitude et l’esclavage des familles les moins nanties était la norme.

         « Je suis ton maître, tu es mon domestique. L’argent est à moi ; je l’ai perdu parce que j’ai voulu le perdre. Je te conseille de ne pas faire l’esprit fort et d’obéir quand on te commande. »

         La description de la société faite à travers cette œuvre est également réaliste. Nous sommes mis en présence d’une société patriarcale. En effet, le père tient la place de chef de famille (ainsi le père de Griniov décide de ce que ce dernier doit faire ou non). De plus, Piotr et Macha doivent obtenir chacun l’accord de leurs familles pour pouvoir se marier. C’est également une société fortement militarisée, à tel point qu’il existe un mot pour désigner les jeunes hommes qui ne se sont pas encore acquittés de leur service militaire : « Je vivais en fils de famille (nédorossl), m’amusant à faire tourbillonner les pigeons sur les toits et jouant au cheval fondu avec les jeunes garçons de la cour. »

         Cette œuvre est un compte-rendu détaillé et fidèle de la société russe de l’époque. L’auteur ne semble porter aucun jugement particulier sur cette société et ne s’en sert que de cadre pour son récit. On y trouve de nombreuses références à la culture russe, aux habitudes vestimentaires, aux nombreux clans (Bachkir, Cosaques, Kirghizes, etc.) et aux coutumes et traditions de ces différents clans. L’Empire apparaît alors comme une mosaïque de cultures, de traditions et de langues différentes dont le seul ciment semble être la loyauté au Tsar.

 

B. Un roman de guerre

 

En plus d’être un roman historique, La Fille du capitaine est surtout un roman de guerre. En effet, la révolte des cosaques mentionnée dans l’œuvre a réellement eu lieu. Pouchkine s’était déjà documenté sur le sujet pour rédiger L’Histoire de Pougatchev. On constate d’ailleurs que Pougatchev est le seul personnage « nuancé » du roman (très cruel, il se montre pourtant clément envers Piotr), celui qui semble le plus réaliste, justement parce que l’auteur s’est intéressé à ce personnage historique. Aussi, le narrateur décrit-il les manœuvres militaires avec le plus grand réalisme. Il n’en fait pas des balades glorieuses, mais il dépeint l’inégalité de force qui est souvent la norme dans les véritables conflits, la difficulté de tenir un siège et le stress que la situation représente pour toutes les parties, en particulier les assiégés. C’est également sans héroïsme qu’il décrit la prise du fort d’Orenbourg où la garnison jette les armes plutôt que de perdre la vie face à des adversaires bien plus nombreux.

« La vie à Orenbourg devenait insupportable ; chacun attendait avec angoisse la décision de la destinée. Tous se plaignaient de la disette, qui était affreuse. Les habitants finirent par s’habituer aux bombes qui tombaient sur leurs maisons. Les assauts mêmes de Pougatcheff n’excitaient plus une grande émotion. Je mourais d’ennui. »

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