La Légende de Saint Julien l’Hospitalier

par

La légende et le surnaturel

On retrouve Gustave Flaubert dans un genre littéraire où on ne l’attend pas forcément : en effet, l’auteur du célèbre roman Madame Bovary ou encore de L’Éducation sentimentale est plutôt habitué aux romans sentimentaux, de mœurs, dans la plus pure tradition réaliste de la littérature du XIXème siècle.

Flaubert reprend la légende qui d’après Jacques de Voragine par exemple présente Julien comme un jeune homme dont le destin sera dominé par deux prédictions. Un vieil homme annoncera à sa mère que Julien sera un saint : « Un soir, elle [sa mère] se réveilla, et elle aperçut, sous un rayon de la lune qui entrait par la fenêtre, comme une ombre mouvante. C'était un vieillard en froc de bure, avec un chapelet au côté, une besace sur l'épaule, toute l'apparence d'un ermite. Il s'approcha de son chevet et lui dit, sans desserrer les lèvres : – Réjouis-toi, ô mère ! ton fils sera un saint ! » tandis qu’un mendiant viendra dire à son père que Julien sera un empereur : « quand tout à coup un mendiant se dressa devant lui, dans le brouillard. C'était un Bohême à barbe tressée, avec des anneaux d'argent aux deux bras et les prunelles flamboyantes. Il bégaya d'un air inspiré ces mots sans suite : – Ah ! ah ! ton fils !… beaucoup de sang !… beaucoup de gloire !… toujours heureux ! la famille d'un empereur. » Les deux parents qui n’ y croient pas se cachent mutuellement leur secret. Ce genre d’oracles rappelle tout à fait les mythes grecs et la tragédie antique.

Julien recevra également une malédiction, selon laquelle il sera le meurtrier de ses propres parents, malédiction qui rappelle évidemment un autre mythe grec qui est le très célèbre mythe d'Œdipe.

Les oracles et les malédictions qui définissent un destin sont évidemment des éléments surnaturels qui rappellent les mythes antiques, et représentent un poids, des chaînes que devra porter le héros tout au long de sa vie, fuyant son destin comme son ombre avant d’y succomber fatalement.

Un autre élément surnaturel est le fait que la malédiction qui s’abattra sur Julien ne lui sera pas dévoilée par un être humain mais par un cerf noir qu’il tuera lors d’une partie de chasse : « il avançait toujours, allait fondre sur lui, l'éventrer ; et Julien reculait dans une épouvante indicible. Le prodigieux animal s'arrêta ; et les yeux flamboyants, solennel comme un patriarche et comme un justicier, pendant qu'une cloche au loin tintait, il répéta trois fois : – Maudit ! maudit ! maudit ! Un jour, cœur féroce, tu assassineras ton père et ta mère ! »

Par ces prophéties, la narration se détache de l’histoire du conte et révèle à l’avance le déroulement ainsi que la fin du récit

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