La Légende de Saint Julien l’Hospitalier

par

Un homme maudit, entre meurtre et sacrifice : la prophétie réalisée

Julien, bien qu’ayant reçu une bonne éducation et ayant un esprit élevé et cultivé reste malgré tout un homme de la nature, un homme de la terre : c’est ainsi un jeune homme simple, qui est soumis à ses désirs et à ses instincts les plus vils, quasi animaux. Sa violence et sa cruauté entraîneront ainsi la malédiction qui le frappera.

Sa malédiction le poursuivra, ancrée dans son esprit, et l’empêchera même de dormir : « La nuit, il ne dormit pas. Sous le vacillement de la lampe suspendue, il revoyait toujours le grand cerf noir. Sa prédiction l'obsédait ; il se débattait contre elle : – Non ! non ! non ! je ne peux pas les tuer ! Puis il songeait : – Si je le voulais, pourtant ?… Et il avait peur que le Diable ne lui en inspirât l'envie. » Il doute, il ignore s’il a envie de tuer ses propres parents.

On peut se demander si les actes qu’il commettra ensuite seront des actes manqués, ou seront le pur fruit du hasard ; en effet, il tue presque sa mère, par maladresse : « Un soir d'été, à l'heure où la brume rend les choses indistinctes, étant sous la treille du jardin, il aperçut tout au fond deux ailes blanches qui voletaient à la hauteur de l'espalier. Il ne douta pas que ce ne fût une cigogne ; et il lança son javelot. Un cri déchirant partit. C'était sa mère, dont le bonnet à longues barbes restait cloué contre le mur. »

Il est terrifié par cette malédiction, et aura tant de mal à vivre avec, obsédé de jour comme de nuit, que Julien fera un sacrifice : quitter ses parents pour fuir le terrible destin qui lui est prédit, en espérant déjouer la prophétie : « Il s'engagea dans une troupe d'aventuriers qui passaient. »

Même devenu beau-fils de l’empereur, l’envie de Julien de tuer restera très présente, mais la prophétie qui l’obsède le calmera, chaque fois qu’il pensera à aller chasser pour le plaisir. Un soir où son envie et son désir de tuer sont très intenses, sa chasse longue de plusieurs jours sera vaine, Julien se montrant incapable de tuer quelque animal que ce soit, et se sentant même terriblement menacé par les bêtes : « çà et là parurent entre les branches quantité de larges étincelles, comme si le firmament eût fait pleuvoir dans la forêt toutes ses étoiles. C'étaient des yeux d'animaux, des chats sauvages, des écureuils, des hiboux, des perroquets, des singes ».

Totalement incapable de bouger, il se sent encerclé, comme si les animaux voulaient se venger de tout le mal qu’il avait fait, faisant de lui un chasseur maudit : « Une ironie perçait dans leurs allures sournoises. Tout en l'observant du coin de leurs prunelles, ils semblaient méditer un plan de vengeance ».

La malédiction finit par se réaliser, lorsqu’il tue ses parents, dormant dans son lit, alors qu’ils étaient venus au château pour le retrouver. Il tue ainsi par rage, croyant que sa femme avait un amant, et par aveuglement, préférant poignarder ces deux êtres durant leur sommeil. La prophétie est donc vraie, et le meurtre de ses parents rapproche Julien d’Œdipe.

Julien, face à cette terrible erreur, décidera de se sacrifier une seconde fois en quittant sa vie d’empereur, sa femme, le confort et le pouvoir pour retourner dans le dénuement et la solitude : tout le monde le pousse à partir, et il sera rejeté de chaque pays, se retrouvant seul. Pourtant tout lui rappelle encore la malédiction : « Il rechercha les solitudes. Mais le vent apportait à son oreille comme des râles d'agonie : les larmes de la rosée tombant par terre lui rappelaient d'autres gouttes d'un poids plus lourd. Le soleil, tous les soirs, étalait du sang dans les nuages ; et chaque nuit, en rêve, son parricide recommençait ». Le vocabulaire de la mort (agonie, larmes, sang, parricide) montre l’obsession de Julien qui même dans la nature et la solitude est obnubilé par la mort et l’irréparable qu’il a commis. 

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