La Légende de Saint Julien l’Hospitalier

par

Le travail de Gustave Flaubert

Gustave Flaubert a écrit les trois contes figurant dans ce recueil en plus de trente ans, et c’est La Légende de Saint Julien l’Hospitalier qui lui prit le plus de temps. En effet, les premiers travaux de Flaubert remontent au début de l’année 1844, lors d’un séjour de l’auteur à Rouen, ville dont il découvrit la cathédrale. Il a pu y observer les vitraux représentant la légende de saint Julien l'Hospitalier, dont il ignorait tout, et qu’il dut étudier avant de se mettre à écrire.

Saint Julien l'Hospitalier est un saint légendaire, saint patron des charpentiers, des hôteliers et des passeurs. Ceci posé, on ignore beaucoup de choses de son histoire, datant du Moyen Âge, qui reste un grand mystère, et fait partie du folklore de la région de Rouen. La violence et la folie meurtrière de Julien, ainsi que la fatalité s’abattant sur ce personnage inspireront beaucoup Flaubert, et un critique littéraire encensera ce conte : « Gustave Flaubert a réussi à fondre et à unir dans un miraculeux émail littéraire tout l’appareil de la chevalerie avec le plus simple des contes pieux du peuple », admirant la richesse du vocabulaire et la simplicité du conte populaire.

À en croire ses correspondances lorsqu’il travaillait sur l’écriture de ce conte, ce fut pour l’auteur une tâche laborieuse. Son projet était de réunir trois contes, de faire des histoires relativement brèves, comme pour se convaincre qu’il était encore capable d’écrire, en repartant sur des formats plus modestes que ses célèbres romans. Il écrivit notamment ceci à Madame Roger des Genettes en 1875 : « En attendant, je vais me mettre à écrire la légende de Saint Julien l'Hospitalier, uniquement pour m'occuper à quelque chose, pour voir si je peux faire encore une phrase, ce dont je doute. Ce sera très court, une trentaine de pages peut-être. »

Nous pouvons également retenir un courrier qu’il adressa à sa nièce, la même année 1875, dans lequel il lui fait part de sa difficulté à écrire, mais aussi de sa persévérance, ne voulant surtout pas arrêter, afin d’éviter l’inactivité complète : « Le petit Julien l'Hospitalier n'avance guère. Il m'occupe un peu ; c'est là le principal. Enfin je ne croupis plus dans l'oisiveté qui me dévorait ; mais j'aurais besoin de quelques livres sur le Moyen Âge ! Et puis, ce n'est pas commode à écrire, cette histoire-là ! Je persévère néanmoins, je suis vertueux. »

Ainsi Flaubert avait la volonté de rédiger une histoire relevant de la légende du Moyen Âge faisant partie du folklore religieux de sa région (il est né à Rouen en 1821, et ses parents y sont restés), ce qu’il exprime ainsi en conclusion du conte : « Et voilà l'histoire de Saint Julien l'Hospitalier, telle qu'on la trouve, sur un vitrail d'église dans mon pays ». Ceci exprime bien la simplicité de son inspiration, et ainsi le besoin de retranscrire ce qu’il a découvert lui-même, en se promenant dans la cathédrale de sa ville natale, qu’il appelle « mon pays » : il se présente tel le conteur de cette histoire. La région lui rendit également hommage, donnant le nom de Gustave Flaubert à l’université de Rouen. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Le travail de Gustave Flaubert >