La Légende de Saint Julien l’Hospitalier

par

Un enfant cruel envers les animaux, mais charitable

Julien est un jeune homme vaillant et fort, à qui les oracles prévoyaient un bel avenir, plein de gloire et de noblesse, entre saint et empereur.

Julien découvre très jeune les joies de la chasse et y trouve un plaisir infini ; il aime chasser, cela devient même sa passion. Il passe beaucoup de temps dans les bois, à se cacher, escaladant les arbres, toujours prêt à décocher une flèche. Mais il ne chasse guère pour nourrir sa famille qui est loin de mourir de faim mais par envie, par cruauté : il aime tant chasser et ressentir la violence et la mort que « Quelquefois, dans un rêve, il se voyait comme notre père Adam, au milieu du Paradis, entre toutes les bêtes ; allongeant le bras, il les faisait mourir ». Sa violence et sa cruauté n’ont pas de limite, il n’hésite pas à s’acharner sur des bêtes blessées, décimant toute une famille de cervidés, biche, faon et cerf : « Le faon, tout de suite, fut tué. Alors sa mère, en regardant le ciel, brama d'une voix profonde, déchirante, humaine. Julien, exaspéré, d'un coup en plein poitrail, l'étendit par terre ». Les épisodes de chasse sont nombreux au début du récit.

Même après son départ du château de ses parents, Julien continuera dans cette violence, à tuer, massacrer tous les êtres qui croisent son chemin ; rien n’a changé en grandissant, il reste aussi cruel : « Julien ne se fatiguait pas de tuer. Il était en chasse dans un pays quelconque, depuis un temps indéterminé, et par le fait seul de sa propre existence, tout s'accomplissant avec la facilité que l'on éprouve dans les rêves ».

Malgré sa violence envers les animaux, Julien est un jeune homme noble, qui a des valeurs religieuses, ce qui peut surprendre : « Mais le soir, au sortir de l'Angélus, quand il passait entre les pauvres inclinés, il puisait dans son escarcelle avec tant de modestie et d'un air si noble, que sa mère comptait bien le voir par la suite archevêque. Sa place dans la chapelle était aux côtés de ses parents ; et, si longs que fussent les offices, il restait à genoux sur son prie-Dieu, la toque par terre et les mains jointes. »

C’est ainsi un jeune homme torturé, entre une bonne éducation et une haine viscérale des animaux. L’épisode illustrant le plus la dichotomie de sa personnalité est le suivant : « Un jour, pendant la messe, il aperçut, en relevant la tête, une petite souris blanche qui sortait d'un trou, dans la muraille. Elle trottina sur la première marche de l'autel, et, après deux ou trois tours de droite et de gauche, s'enfuit du même côté. Le dimanche suivant, l'idée qu'il pourrait la revoir le troubla. Elle revint ; et, chaque dimanche il l'attendait, en était importuné, fut pris de haine contre elle, et résolut de s'en défaire. Ayant donc fermé la porte, et semé sur les marches les miettes d'un gâteau, il se posta devant le trou, une baguette à la main. Au bout de très longtemps un museau rose parut, puis la souris tout entière. Il frappa un coup léger, et demeura stupéfait devant ce petit corps qui ne bougeait plus. Une goutte de sang tachait la dalle. » Flaubert y mêle ainsi les valeurs religieuses et le désir de tuer. 

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