La Légende dorée

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Jacques de Voragine

Éléments sur sa vie

 

Jacques de Voragine ou Varagine (Jacopo da
Varazze en italien ; Jacobus en latin) naît aux environs de 1230 à
Varazze en Ligurie, une petite ville du golfe de Gênes, dans une famille
modeste.

Il rejoint l’ordre des Dominicains (ou ordre des Prêcheurs) en 1244 et s’établit au couvent de Gênes. Il y reviendra comme lector
– c’est-à-dire professeur – après
avoir passé plusieurs années à Bologne.
Il devient sous-prieur du couvent de
Gênes en 1258, puis sera fait prieur
des couvents d’Asti (dans le Piémont) et de Gênes. En 1267, il est nommé provincial
de l’ordre dominicain en Lombardie, c’est-à-dire qu’il est placé à la tête de
la région dans ce cadre religieux. Il le restera jusqu’en 1286. Il représentera
ensuite sa province lors de plusieurs conciles (Lucca en 1288, Ferrara en
1290). Son importance dans l’ordre se signale aussi par l’intérim qu’il assure à
sa direction générale entre 1283 et 1285.

En 1287,
ses talents de prédicateur lui valent d’être envoyé à Gênes en mission diplomatique par le pape
Honorius II afin de réconcilier les guelfes et les gibelins, deux factions
représentant deux dynasties prétendant au trône du Saint-Empire. Sa tentative
de médiation n’aboutit pas totalement. L’année suivante c’est par la ville de Gênes,
et auprès du nouveau pape Nicolas IV, qu’il est dépêché pour libérer les Génois de l’excommunication décidée suite à l’aide
apportée par la ville aux Siciliens contre Charles II, qui sera couronné roi de
Naples en 1289.

En 1292,
il est sacré archevêque de Gênes.
Ses talents de négociateur seront à nouveau employés, notamment dans le conflit
opposant la République de Gênes à Venise. Jacques de Voragine meurt à Gênes en 1298. Il sera béatifié
en 1816 par Pie VII et il est fêté
le 13 juillet.

 

Regards sur son œuvre et sa
manière

 

Jacques de Voragine est aujourd’hui presque
exclusivement connu en tant qu’auteur de La Légende dorée (Legenda aurea ou Legenda sanctorum, soit « Légende des saints »), écrite
en latin. Il l’aurait rédigée puis reprise entre
1250 et 1280
. Le manuscrit le plus ancien conservé date de 1282. L’œuvre se
compose d’un prologue où l’auteur
livre une interprétation symbolique de la division de l’année en quatre parties,
puis de cent soixante-dix-sept chapitres. Chacun d’eux s’arrête sur la vie d’un saint ou sur une fête de l’Église, selon l’ordre
chronologique du calendrier.

Voragine s’inscrivait alors dans un courant de légende fécond aux XIe
et XIIe siècles, qui nourrissait d’anecdotes la littérature chrétienne. Ce sont ces anecdotes sur les miracles, les martyres de saints, leurs vertus
qui fournissent la matière de La Légende
dorée
, à l’instar des sermons des prédicateurs qui foisonnaient de ces
« exemples » incarnant l’idéal évangélique, mieux véhiculé
auprès du peuple grâce aux éléments
sentimentaux et merveilleux
qu’ils contenaient. Les histoires mettent en
scène le démon sous de nombreuses
formes, et les saints y multiplient les miracles,
se faisant guérisseurs, se rendant maîtres de bêtes féroces comme des flammes,
montrant en toutes circonstances une foi
exemplaire
. L’œuvre comprend également des épisodes de la vie du Christ.

Jacques de Voragine ne fait pas qu’emprunter à
ses sources, il les cite, compare leurs textes, se fait
l’écho de polémiques. Il apparaît donc surtout comme un compilateur, amalgamant ses emprunts à sa façon. Il signale sa
dette notamment vis-à-vis de saint Augustin, saint Jérôme, Eusèbe, Cassiodore,
Bède le Vénérable, saint Bernard, Cassien, Grégoire de Tours, ou des évangiles
apocryphes dont celui de Nicomède. Il doit aussi beaucoup à Vincent de Beauvais, qui avait achevé
sa Speculum Historiale en 1244.

La Légende
dorée
à son tour a inspiré nombre d’œuvres des XIIIe
et XIVe siècles surtout, après avoir connu dès les premiers temps de
sa mise en circulation une grande vogue,
des enluminures venant enrichir certains manuscrits, ainsi que de nombreuses
légendes, portant le total à quatre cents pour certaines éditions du XVe
siècle. L’œuvre a connu l’apogée de sa gloire au XIXe siècle.

Outre La
Légende dorée
, Jacques de Voragine est aussi l’auteur d’une Defensio contra impugnantes Fratres
Praedicatores
, c’est-à-dire d’une apologie
des frères prêcheurs
, et d’une
Chronica civitatis Ianuensis ab origine urbis usque ad annum
MCCXVII
, soit une chronique
de la ville de Gênes
en douze parties, de ses origines mythiques impliquant
son fondateur Janus, supposément premier roi d’Italie, jusqu’en 1297. Jacques
de Voragine s’y attarde également sur la constitution de la ville, la vie
domestique de ses habitants et notamment sa vie ecclésiastique depuis saint
Valentin, son premier évêque.

Les recueils
de sermons
de Jacques de Voragine, écrits pour diverses fêtes religieuses,
furent souvent réimprimés à partir de la fin du XVe siècle. Toutes ses
œuvres témoignent d’une intention
éducative
, de la part d’un homme dont la vocation s’est, sa vie durant, affirmée
dans l’éloquence sacrée comme dans
l’étude et l’enseignement de la théologie.

 

 

« Or, comme l’apôtre [saint André] était dans la ville de
Nicée, les habitants lui dirent que, aux portes de la ville, sur le chemin, se
tenaient sept démons qui tuaient les puissants. Alors l’apôtre, en présence du
peuple, ordonna à ces démons de venir vers lui, et aussitôt ils vinrent, sous
forme de chiens. Et l’apôtre leur ordonna d’aller dans quelque autre endroit.
Sur quoi les démons s’enfuirent. Et les témoins de ce miracle reçurent la foi
du Christ. Mais voilà qu’en arrivant aux portes d’une autre ville André
rencontra le cadavre d’un jeune homme, qu’on emmenait pour l’ensevelir. Et on
lui dit que sept chiens étaient venus la nuit, qui avaient tué ce jeune homme
dans son lit. »

 

« Son nom de “frère du Seigneur” [l’auteur parle de saint
Jacques le Mineur] lui vient, croit-on, de ce qu’il ressemblait si fort au
Seigneur, par les traits du visage, que plus d’une fois on le confondit avec
lui. Aussi, lorsque les Juifs vinrent s’emparer du Christ, craignirent-ils de
prendre Jacques au lieu du Christ ; et c’est pour ce motif qu’ils
ordonnèrent à Judas de leur désigner le Christ en lui donnant un baiser. »

 

« Ne sais-tu pas que
l’aigle, qui vole plus haut que tous les autres oiseaux, et qui regarde le
soleil en face, doit cependant, de par sa nature, descendre vers la terre :
de même l’esprit humain, après s’être un peu relâché de la contemplation des
choses célestes, y revient ensuite avec plus d’ardeur. »

 

Jacques de Voragine, La Légende dorée, 1250-1280

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