La maison du chat qui pelote

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Les classes sociales au XIXe siècle : hiatus et regards sur l’art

La Maisondu chat-qui-pelote met enscène une famille parisienne issue de la classe moyenne, laquelle constitue lamajeure partie de la population à cette époque. Nous allons étudier en quoiBalzac livre dans son roman l’idée que se fait de l’art cette couche sociale,et de quelle façon celle-ci est perçue dans le roman.

Les parents d’Augustine sont des typespeut-être poussés à l’extrême, mais ils n’en sont pas moins fidèles à lareprésentation de cette classe moyenne. Laborieux, M. Guillaume travaille commedrapier, et dispose d’une certaine aisance financière. Il ne désire cependantpas en profiter, l’économisant dans une vie austère et selon lui, purifiée. Lessorties en famille dans le monde se limitent à la messe du dimanche matin, etil persiste à ancrer chez ses filles un mode de vie très prude, très pudique.Il s’emporte après les commis qui lèvent les yeux sur les charmes d’Augustineen déshabillé à la fenêtre de sa chambre, et, dans un souci de convenance,insiste pour marier sa fille aînée Virginie avant la cadette, selon une logiquefamiliale profondément inscrite dans son esprit.

Les deux filles, malgré l’aisance financièrede leur père, sont donc constamment bridées, vêtues de simple indienne, ellesne sortent pas sans leur mère, dont Virginie a hérité l’austérité. Ainsi, pour M.et Mme Guillaume, la pureté, la convenance et les bonnes mœurs s’acquièrentdans la restriction, on ne permet pas le moindre écart de conduite, le plusimportant est de ne surtout pas sortir de son rang.

Ainsi, lorsqu’Augustine annonce qu’elle veutépouser un artiste peintre, la nouvelle a une dimension de scandale. Le peintreest tout le contraire de ce que recommandent les parents de celle-ci. Laprofession d’artiste est considérée comme dépensière, volage, en aucun casscrupuleuse d’un point de vue moral, et le travail qu’elle implique, qui semblesi peu ressembler à un labeur, est méprisable aux yeux d’une famille commecelle du drapier. Il est de plus un écart, un choc des cultures notable :alors que la famille Guillaume n’a que peu d’éducation, ne connaît que lesrudiments nécessaires pour se forger une culture sommaire, le peintre a déjàremporté un important prix artistique et se fait une opinion du monde, de labeauté, peu en accord avec une famille de la classe moyenne. En effet, cetteignorance va peser sur le destin d’Augustine lorsque son mari va lui reprocherson esprit trop terre-à-terre, toujours et d’abord soucieux de leurs besoinsquotidiens. Cependant, ce fossé culturel est à double tranchant, puisque lamère d’Augustine va également se montrer offusquée lorsqu’elle réalise que lemari de sa fille réalise des portraits de nus, et ce devant de véritablesmodèles. Elle ne comprend pas que l’homme puisse fréquenter ces femmes sansavoir de relations avec elle : le fossé entre la famille Guillaume etThéodore Sommervieux est donc avant tout culturel.

Ainsi,c’est tout d’abord un écart infranchissable que Balzac montre à son lecteur danssa nouvelle. En effet, si le mariage se fait, il ne peut être heureux sur lelong terme, de par des différences trop grandes entre les milieux d’extractiondes deux époux. Augustine regrettera même de ne pas avoir bénéficié de la mêmeéducation que la duchesse Carigliano. Ainsi, son décès brusque, à la fin del’œuvre, sonne le glas définitif de cette alliance, qui ne peut unir l’espritrêveur et éthéré avec le souci constant du matériel.

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