La maison du chat qui pelote

par

Théodore de Sommervieux

Théodore de Sommervieux est un peintre degrand renom, célébrité du Premier Empire. Sa réputation est affirmée, sonsuccès également, tout comme le prouve l’obtention du prix de Rome, qui lui aété décerné durant sa jeunesse.

Menant une vie d’esthète, la valeur suprêmeest pour lui la beauté. Il ne vit que pour elle et la recherche dans chaquedétail de la vie, l’appliquant avec passion à son travail d’artiste peintre.C’est ainsi qu’il tombe amoureux éperdument d’Augustine, qu’il aperçoit à lafenêtre de sa chambre, et compare à la beauté incarnée, à l’une de sespeintures devenues réelles. À la vue d’Augustine, réelle, en face de lui, cen’est pas l’homme qui pense et ressent avec son cœur, mais le peintrequi l’enrobe de coups de pinceau : « L’artisteaperçut alors cette beauté dans toute sa fleur, cette pudeur dans toute sagloire»

Cette obsession de la perfection l’aveugle, lesert autant qu’elle le dessert : il se met alors à idolâtrer la jeunefille en la plaçant au-dessus de toute autre, d’après cette unique conceptionqu’il se fait d’elle. Ainsi, négligeant de connaître son tempérament, soncaractère, il connaît rapidement une désillusion lorsque la jeune fille finitpar le lasser, ne faisant preuve que d’un esprit qui le laisse déçu et ennuyé.En effet, elle ne partage pas son engouement pour l’art, et demeure dans despréoccupations trop terrestres pour lui : « Elle marchait terre àterre dans le monde réel, tandis qu’il avait la tête dans les cieux. » Dévouéentièrement à son art, il en oublie le tempérament des êtres faits de chair etde sang.

Cette fidélité à sa passion de la peinture nese retrouve pas cependant dans tous les aspects de sa vie. De sacourse-poursuite avec la perfection, résulte un caractère volage qui ne le faitque peu demeurer auprès de ses conquêtes. Ainsi, Théodore de Sommervieux,incapable de s’en tenir à une seule femme, se met en chasse d’une nouvelleamante qui pourra lui procurer ce piquant, cette passion qu’il recherche dansla beauté. La conception qu’il en a n’est pas celle d’une beauté statique, maisbien d’une harmonie qui satisfait aussi bien les yeux que l’esprit. La beautédoit, selon lui, l’aiguillonner, lui faire éprouver des passions aussi fortesque celles dont le regard se repaît à la vue d’un chef-d’œuvre. C’est ainsi quede la douceur d’Augustine, il passe à la cruauté de la duchesse de Carigliano.

Sans s’en apercevoir, c’est un véritablestatut d’objet qu’il confère à Augustine. Il l’aime tout d’abord pour safonction décorative, son apparence extérieure, lui tire le portrait dont il sedébarrasse ensuite, en en faisant cadeau à sa maîtresse. Ce tableau est àl’image même du rôle qu’il octroie à Augustine : il passe du temps à s’enoccuper, se passionne pour lui, puis le relègue à quelqu’un d’autre. Ainsi lajeune fille, sous son regard, n’a pas un statut plus élevé que ce tableau.C’est cette négation d’elle-même qui causera sa perte.

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