La petite sirène

par

Résumé

C’est en 1837 que l’écrivain danois Hans Christian Andersen publie pour la première fois La Petite Sirène dans un recueil de contes pour enfants. Depuis sa publication, le conte a été critiqué pour la morale contenue à la fin de l’histoire, fin qui a été soit gardée soit modifiée dans les nombreuses adaptations réalisées par la suite. La Petite Sirène fait en effet partie de ces histoires, tout comme le Faust de Goethe, qui ont été remaniées au gré des contraintes propres aux genres qui ont recueilli l’œuvre : opéra, théâtre, poésie, film cinématographique et film d’animation. Dans son récit, Andersen plonge le lecteur aux côtés d’une petite sirène dans sa double quête de l’amour et d’une âme immortelle.

 

Au fond de l’océan, où l’eau est d’un bleu profond et transparent, vit un peuple de sirènes, gouverné par le roi de la mer. Ce peuple est loin d’habiter dans un désert marin, puisque pousse en ces lieux une végétation luxuriante faite d’arbres et de plantes dont les « tiges et feuilles sont si souples qu’elles ondulent au simple mouvement de l’eau comme si elles étaient vivantes ». Le château féérique du souverain ondin se situe dans l’abysse le plus profond.

Au moment où commence l’histoire, le roi, veuf depuis plusieurs années, y habitait avec sa vieille mère « fière de sa noblesse » et ses six filles. La plus jeune était la plus belle car « sa peau était aussi fine et transparente qu’un pétale de rose, et ses yeux étaient d’un bleu aussi profond que l’océan ». Les princesses jouissaient d’une grande liberté aussi bien pour choisir leurs terrains de jeux que pour cultiver les parcelles du jardin royal qui leur avaient été attribuées. La benjamine, fascinée par le soleil qui, vu du fond de l’océan, ressemblait à « une fleur pourpre dont la corolle irradiait des faisceaux de lumière », conçut un jardin rond comme l’astre du jour, où elle ne planta que des fleurs dont la couleur lui rappelait le soleil. Les seuls autres ajouts à son jardin étaient un saule pleureur et une statue en marbre d’un jeune garçon, qu’elle avait récupérée suite à un naufrage.

La petite sirène avait de surcroît un tempérament plutôt silencieux et rêveur, car le monde des humains occupait entièrement ses pensées. À la moindre occasion, elle venait s’enquérir auprès de sa grand-mère de bribes d’informations sur cette autre réalité où les fleurs sont fragrantes, où les arbres sont verts et non rouges, et où les « poissons » chantent dans le feuillage. C’est ainsi qu’elle apprit qu’à partir du jour de ses quinze ans, elle aurait le droit d’aller elle-même à la découverte de cet autre monde. Il ne lui restait donc plus que cinq années à attendre, cinq longues années où, tour à tour, ses aînées atteignirent leur majorité et revinrent de leur premier voyage terrestre avec des récits qui accrurent son désir de voir la surface des eaux. L’aînée s’était installée sur un banc de sable d’où elle s’était perdue dans les lumières et les bruits d’une métropole. La cadette, quant à elle, s’abîma dans le spectacle du soleil couchant, dans la course des nuages « pourpres et violets », dans le vol de cygnes sauvages. La troisième sœur, plus téméraire, s’aventura dans le bras d’un fleuve : « Elle découvrit de splendides collines verdoyantes couvertes de vignobles. Des châteaux et des fermes apparaissaient au milieu de magnifiques forêts ». Elle rencontra même des enfants qui eurent peur d’elle ainsi qu’un chien qui jappa, l’effrayant à son tour. La quatrième sœur se contenta de rester « au milieu des vagues les plus fortes », de se perdre dans l’immensité du ciel et de la mer. Quant à la cinquième sœur, comme son anniversaire tombait en hiver, elle avait vu la mer devenue couleur d’émeraude, parsemée d’immenses icebergs semblables à des diamants. Elle s’était perchée sur un des icebergs, créant ainsi la panique à bord de voiliers proches qui s’éloignèrent d’elle. La tempête qui éclata la nuit venue sema la crainte à bord des voiliers mais n’affecta pas la sirène qui « avait regardé le zigzag bleu des éclairs frapper la mer en illuminant le ciel ».

L’émerveillement des cinq aînées devint vite de l’indifférence et elles préféraient de loin le monde des profondeurs. Il leur arrivait cependant parfois de partir toutes les cinq à la surface et, en cas d’orage, elles chantaient pour réconforter les marins et leur parler des splendeurs de leur monde. Cependant, malgré la beauté de leurs voix, ceux-ci « ne comprenaient pas les mots et pensaient entendre le hurlement de la tempête ». Quant aux splendeurs en question, elles leur étaient inaccessibles puisqu’ils ne pouvaient parvenir jusqu’au monde des profondeurs en vie.

Lorsque la petite sirène eut quinze ans, après que sa grand-mère l’eut parée de lys blancs et d’huîtres perlières, elle s’éleva vers la surface de l’eau. Elle y parvint au moment où le soleil venait de se coucher. Elle arriva près d’un navire, d’où se faisait entendre de la musique. La nuit tombée, des centaines de lampions furent allumés. Le bateau était le lieu de réjouissances festives en raison du seizième anniversaire du prince. Lorsque celui-ci parut, il captiva la petite sirène qui ne détacha plus son regard de lui. Les festivités prirent fin et tout à coup un grondement sourd retentit : « une terrible tempête menaçait ». La navire prit de la vitesse et se retrouva pris au milieu d’énormes vagues déferlantes de la taille de montagnes. Au début, la petite sirène trouva la scène divertissante jusqu’à ce qu’elle se rendît compte que l’équipage était en danger. Lorsque le bateau sombra, elle repéra le jeune prince et quand elle se rappela qu’il ne pouvait pas survivre dans son monde à elle, elle entreprit de le sauver en maintenant sa tête hors de l’eau et en flottant avec lui toute la nuit. Au petit matin, elle repéra une crique de sable fin, à côté de laquelle s’élevait un édifice religieux. Après avoir embrassé le prince encore sans connaissance, elle l’y déposa. Les cloches de l’édifice sonnèrent et des jeunes filles sortirent dans le jardin attenant. L’une d’entre elles parvint à l’endroit où se trouvait le prince et alla chercher du secours. Quand celui-ci ouvrit les yeux, il se mit à sourire à tous ceux qui l’entouraient sauf à la sirène, dont il ignorait l’existence comme le rôle qu’elle avait joué dans son sauvetage. Cela attrista la petite sirène qui, de retour chez elle, garda le silence sur son aventure et devint encore plus taciturne. Au bout d’un moment, n’en pouvant plus, elle se confia à l’une de ses sœurs et, par un réseau d’amies sirènes, elle apprit bientôt qui était le prince et où se trouvait son royaume. Accompagnée de toutes ses sœurs, elle se rendit au château du prince et elle revint plusieurs fois, pendant la nuit, pour le regarder autant que possible. Pendant ses escapades nocturnes, elle entendit les pêcheurs dire tellement de bien du prince qu’elle se réjouit de lui avoir sauvé la vie.

En même temps, tout cela fit grandir l’amour qu’elle ressentait pour le prince et l’intérêt pour le monde des humains qui lui semblait « plus vaste que le sien. Ils pouvaient en effet sillonner les mers sur leurs bateaux, escalader les montagnes qui s’élevaient au-dessus des nuages, et leur pays, leurs forêts et leurs champs s’étendaient bien au-delà de ce que ses propres yeux pouvaient apercevoir. » Elle interroge inlassablement ses sœurs et sa grand-mère qui lui apprend que les humains sont mortels, que leur vie est plus courte que celle des sirènes mais qu’ils ont une âme éternelle qui s’élève, après leur mort, « vers des lieux pleins de délices ». La petite sirène veut alors devenir humaine et sa grand-mère lui apprend que pour cela, il faudrait « qu’un homme te chérisse tant que tu comptes pour lui plus que son père et sa mère, puis qu’il laisse un prêtre unir sa main droite dans la tienne tout en te promettant fidélité ici et pour l’éternité. » Or la différence physique entre les humains et les sirènes rend cela impossible puisque les humains sont rebutés par la queue de poisson de ces dernières.

Lors du bal qui eut lieu le soir même après cette conversation, la petite sirène éblouit toute la cour par sa voix enchanteresse. Le plaisir qu’elle en retira pâlit rapidement quand elle se retira dans le jardin pour penser à son désir d’avoir une âme immortelle et au prince. C’est alors qu’elle décida d’aller consulter la sorcière des mers. Le chemin qui y menait était désert et parsemé d’embûches : tourbillons de vase chaude, polypes étrangleurs, forêt marécageuse et serpents gigantesques. Au milieu de ce bourbier se dressait la maison de la sorcière, faite d’ossements de marins naufragés. La sorcière elle-même était tout aussi repoussante avec son crapaud domestique qui venait se nourrir à la bouche de sa maîtresse et les serpents d’eau « qu’elle autorisait à se vautrer sur sa grosse poitrine flasque ». La jeune princesse n’eut pas à exprimer sa requête car la sorcière la connaissait déjà : elle prévint la jeune sirène du coût qu’elle devrait payer et du risque qu’elle encourait dans sa quête de devenir humaine : « tu vas souffrir terriblement comme si la lame acérée d’une épée te transperçait. Tous, en te voyant, diront que tu es la plus ravissante créature humaine qu’ils aient jamais vue. Tu conserveras la même grâce ondoyante dans chacun de tes mouvements, nulle danseuse n’évoluera avec autant de légèreté que toi, mais chacun de tes pas te paraîtra semblable à une marche sur un couteau affûté et ton sang coulera. » Une fois devenue humaine, poursuivit la sorcière, si le prince se décide à épouser une autre femme, la petite sirène mourra sur le champ et deviendra écume – forme que prennent habituellement les sirènes à leur mort. Finalement, comme paiement, la sorcière exigea que la sirène lui donnât sa voix. Celle-ci accepta toutes les conditions et la sorcière lui prépara la potion qu’elle devrait ingérer pour devenir humaine.

La petite sirène revint alors sur ses pas pour jeter un dernier regard sur le palais paternel, plongé dans le silence du sommeil, puis elle se dirigea vers le palais du prince. Sur les marches en marbre, elle ingéra la potion et s’évanouit en raison de la douleur. À son réveil, son regard rencontra celui du prince. Il lui demanda quel était son nom mais elle ne pouvait lui répondre. Elle se drapa dans sa longue chevelure et suivit le prince à l’intérieur du palais. Là, elle fut vêtue des plus beaux atours : considérée comme la plus belle créature du palais, elle en était aussi la plus gracieuse même si cela lui coûtait terriblement. Le prince s’attacha à elle au point de s’assurer qu’elle dormait sur un coussin au pied de sa porte, mais loin de lui l’idée de l’épouser. Elle le suivit partout à cheval et à pied. Le soir, elle allait se rafraîchir les pieds dans l’eau et « une nuit, elle vit ses sœurs enlacées qui nageaient à la surface tristement ». Celles-ci la reconnurent quand la jeune princesse leur fit un signe de la main et elles lui expliquèrent le mal qu’elle leur avait fait. Ce fut ensuite le tour de la grand-mère et du roi de monter à la surface ; ils lui tendirent les bras mais ne tentèrent pas de s’approcher autant que ses sœurs.

Le prince aimait de plus en plus la petite sirène mais il expliqua que même si elle lui était plus chère que toutes les autres femmes qui l’entouraient, elle ne pouvait complètement lui faire oublier la jeune fille qui lui avait sauvé la vie, rattachée à un cloître. Certes, lui avoua-t-il, la ressemblance entre elles était telle que cela la rendait encore plus attachante. Il lui fit la promesse qu’ils ne se sépareraient jamais.

Un jour, des rumeurs commencèrent à circuler sur les noces du prince avec la princesse du royaume d’à côté. Un bateau fut armé pour accommoder le prince et sa suite, qui s’en allèrent à la rencontre de la jeune princesse en raison des pressions exercées par les parents de celui-ci. Si la plupart des habitants du royaume étaient convaincus que le voyage se solderait par un mariage, ce n’était pas le cas de la petite sirène puisque le prince lui avait fait des confidences avant le départ : « Je dois voir cette belle princesse, mes parents l’exigent, mais ils ne pourront m’imposer de la ramener ici ni d’en faire mon épouse. Je ne puis l’aimer, elle ne ressemble pas comme toi à la belle jeune fille du temple. Si je devais un jour choisir une épouse, ce serait plutôt toi. Toi, mon enfant trouvée, muette mais aux yeux si expressifs » ; et il avait clos ces confidences en posant sur ses lèvres un baiser et en jouant avec ses cheveux. Pendant le voyage en bateau, le prince lui parlait de la mer et, quand presque tous dormaient, la petite sirène scrutait l’eau pour entrapercevoir le château familial et les membres de sa famille.

À leur arrivée, le prince et sa suite furent reçus avec tous les honneurs. En attendant l’arrivée de la princesse qui avait été élevée dans un temple pour apprendre les vertus nécessaires à son futur rôle de reine, il y eut des bals. Quand la princesse arriva, le prince s’aperçut qu’il s’agissait de la jeune fille qui, pensait-il, lui avait sauvé la vie. Elle était si belle que même la sirène dut le reconnaître. Quand le prince lui confia le grand bonheur qu’il éprouvait, la petite sirène lui embrassa les mains, profondément triste, puisque ce mariage était pour elle une sentence de mort. Le soir des noces, tout le cortège repartit en bateau et la petite sirène dansa divinement pour ce qu’elle savait être sa dernière fois. Au petit matin, elle deviendrait écume. Alors que le prince dort enlacé dans les bras de son épouse, la petite sirène attend l’aurore accoudée au bastingage.

Tout à coup, ses sœurs apparaissent, sans leur chevelure, et lui apprennent qu’elles sont allées voir la sorcière avec leurs cheveux comme paiement. Cette dernière leur a remis un couteau effilé et leur a donné les instructions suivantes : « Avant que le soleil ne se lève, il faut que tu l’enfonces dans le cœur du prince et lorsque son sang tout chaud tombera sur tes pieds, ceux-ci se réuniront, formeront une queue de poisson et tu redeviendras sirène ». La petite sirène saisit le couteau, se dirigea vers la tente du prince, lui embrassa le front et jeta le couteau dans la mer au moment où les premiers rayons du soleil se mirent à poindre. Elle sauta à l’eau et « sentit son corps se dissoudre en écume », mais elle ne sentit pas la mort. Elle voyait en dessous d’elles plusieurs créatures transparentes et, une strate en dessous, les voiles du navire et les nuages. Alors qu’elle se demandait où elle allait, elle apprit que par ses bonnes actions, elle était devenue une fille de l’air et qu’elle pouvait, en continuant de faire le bien pendant trois cent ans, se créer une âme immortelle. Ce fut la première fois que la petite sirène sentit des larmes dans ses yeux. Ces filles de l’air vont apporter de la joie dans les épreuves les plus sombres. Chaque fois que dans une famille un enfant sage donne de la joie à ses parents et fait sourire une fille de l’air, son temps d’attente pour obtenir son âme est raccourci d’un an. Dans le cas contraire, si l’enfant la fait pleurer, son temps d’attente est rallongé d’un jour.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >