La ronde de nuit

par

La force imaginative de l’auteur

« La ronde de nuit » est un roman bien particulier à maints égards. Certes, les écrivains ont cette incroyable faculté à produire des choses tout bonnement extraordinaires. Mais la première impression qui frappe lorsque l’on entreprend de lire ce roman, c’est le fait que l’auteur raconte manifestement des évènements dont il a été témoin, ou des choses qui ont fait partie de son quotidien. On le sent à l’usage qu’il fait de la première personne du singulier, ce qui donne le sentiment qu’il s’agit là d’une œuvre autobiographique. Aussi est-on par la suite surpris de se rendre compte qu’en fait, il n’en est rien, et pour cause, l’auteur est né après la période à laquelle se déroulent les faits qu’il relate dans l’ouvrage. Comment en est-il alors arrivé à produire une telle œuvre dégageant cette incroyable impression de fidélité ? La question mérite d’être posée, car la manière qu'a Modiano de rapporter les faits, est pour le moins convaincante. Comment en est-il arrivé à produire un tel effet ? Peut-être parce qu’il a semble-t-il, fait l’effort de se convaincre lui-même des faits dont il parlait dans son œuvre, produisant en conséquence le même effet sur les lecteurs : «Je rapporte ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu. Sans aucune fioriture. Je n’invente rien.». Ces propos du personnage principal pourraient être attribués à l’auteur et faire croire qu’il a été témoin de tout quand bien même il n’en est rien. Quoi qu’il en soit, tous ces éléments permettent indubitablement de constater que Patrick Modiano a fait preuve d’une imagination débordante. Il est certes vrai qu’une bonne connaissance de l’histoire a dû l’aider à avoir les informations nécessaires par rapport aux faits. Quelle est la nature de cette histoire ? Il s’agit de l’une des périodes les plus sombres de l’histoire du monde, puisque le fait historique majeur qui se rattache à l’intrigue de l’ouvrage est la seconde guerre mondiale. Une époque durant laquelle les troupes d’Hitler avaient infligé à la France, une cinglante défaite. Pour preuve, le narrateur commence à évoquer  «le désastre advenu les jours précédents », avant de parler brièvement de l’exode consécutif à la défaite «Les gens avaient quitté Paris au mois de juillet ». Même si l’auteur n’a pas vécu ces évènements, ils ont servi de base à son livre. Et l’on peut aisément deviner que la peur et les incertitudes ont dû assaillir maintes personnes pendant que se déroulaient ces évènements, fondant justement le caractère sombre de l’époque. De plus,  la seconde guerre mondiale, c’est également les exterminations massives de juifs, ce à quoi l’auteur fait subtilement allusion en conduisant son narrateur à parler des «Juifs anglais ». Tous ces faits sont donc bien réels. Mais rien n’obligeait l’auteur à se projeter dans l’histoire. C’est pourtant ce qu’il a fait, créant de ce fait une ambiance ambigüe à plus d’un titre.

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