La théorie physique, son objet et sa structure

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Théorie physique et métaphysique

Dans cet ouvrage, Duhem se propose de cerner les contours de la théorie physique : qu’entend-t-on par théorie physique ? Telle est la question à laquelle il se propose de répondre. Pour lui, toute théorie a pour but de définir, d’expliquer un phénomène précis en se basant sur des lois expérimentales. Ces lois servent à dégager toute illusion de la réalité dans le but de saisir la véritable essence du phénomène concerné. En fait, il est question ici de partir du caractère abstrait représenté par l’appellation du phénomène afin de parvenir à la nature réelle, concrète de ce phénomène. Il s’agit aussi de discerner la réalité parfois cachée par les apparences ; d’analyser la réalité : « Existe-t-il une matérielle distincte des apparences sensibles ? ». Quelle est la nature de la réalité et comment peut-on comprendre la théorie physique ? Il faut recourir à la métaphysique : « Si les théories physiques ont pour objet d’expliquer les lois expérimentales, la physique théorique n’est pas une science autonome : elle est subordonnée à la Métaphysique. »

Attribuer un caractère métaphysique à la théorie physique revient à remettre en cause tout ce qu’elle a conservé comme acquis jusqu’à lors. En effet, la métaphysique a pour objet la recherche et l’étude des premiers principes et des causes premières. C’est aussi la conception propre à un philosophe dans un domaine précis. Chaque philosophe utilise sa raison dans la réflexion, dans la métaphysique. Et, c’est ce caractère propre à l’être qui explique les divergences de points de vue entre philosophe, chacun adoptant une approche différente. Ainsi, l’approche d’Aristote, sur la substance par exemple, ne peut être la même que celle de Newton.

Duhem se propose donc d’analyser cette divergence. Il arrive à la conclusion suivante : cette divergence permet de réaliser qu’aucune de ces théories ne peut construire une théorie physique. Autrement dit, « aucun système métaphysique ne suffit à édifier une théorie physique ». Si les différentes écoles métaphysiques ne sont pas parvenues à un consensus, c’est parce que chacune a recours à un système d’analyse qu’elle n’arrive pas elle-même à expliquer. En voulant expliquer les principes premiers des choses, elles débutent sur des prémices qui ne jouissent d’aucune explication. Et, une telle approche ne peut que prolonger les débats. En effet, « chacune des Écoles métaphysiques reproche à ses rivales de faire appel, dans ses explications, à des notions qui sont elles-mêmes inexpliquées, qui sont de véritables qualités occultées ». En résumé, ces qualités occultées sont le point de départ de cette divergence manifeste entre les différentes écoles métaphysiques.

En d’autres termes et de manière ironique, la discorde naît de l’absence de métaphysique. Or, « aucune métaphysique ne nous donne d’enseignements assez précis, assez détaillés, pour que, de ces enseignements, il soit possible de tirer tous les éléments d’une théorie physique ». Afin d’accéder à une théorie physique, il faut parvenir à donner une explication objective aux principes premiers dont partent toutes ces écoles. À titre d’exemple, l’auteur cite Descartes dont la recherche a pour but d’établir une vérité générale. Duhem souligne : « de ses principes métaphysiques, il va tenter d’abord, de déduire la Dynamique ». Seulement, même Descartes, et ce malgré le fait que sa théorie semble s’accorder avec ses explications, fournit des explications concernant la quantité du mouvement qui n’est que la conséquence et non le principe premier de son explication. Comme nous pouvons le constater, il n’est pas aisé de relier métaphysique et objet de la théorie physique. Quel est donc finalement cet objet ? : « Pourrait-on assigner à la théorie physique un objet telle qu’elle devint autonome ? ».

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