La valse lente des tortues

par

Un roman aux facettes multiples

Comme nous l’avons vu précédemment, le roman de Katherine Pancol sort des sentiers battus de l’enquête policière classique, afin de mettre davantage en avant les indices liés à la psychologie des personnages, en omettant d’employer des clés visibles et matérielles qui amèneraient le lecteur vers la découverte de l’identité du tueur.

Cependant, parallèlement au caractère policier de son roman, Pancol se fait également analyste des relations entre les protagonistes, de leur complexité, des nuances qui séparent désir, amour, sensualité et recherche de protection. Elle montre ainsi de quelle manière l’obsession quotidienne de certaines personnes peut se reporter sur leurs relations avec autrui, et comment chacun projette ses propres doutes et ses propres vices sur sa manière d’envisager le contact avec l’autre.

Ainsi, si nous considérons la personne du banquier Lefloc-Pignel, nous pouvons retrouver un exemple de délire personnel qui se rabat sur autrui lorsque l’occasion se présente. En effet, l’homme est un fervent catholique, qui entretient une relation privilégiée avec Dieu, alliant pureté extrême avec sacrifice absolu de soi. Ce trait de sa personnalité fait de lui une personne maniaque, obsédée par la propreté et l’ordre, et auquel le chaos et le vice répugnent. Or, ce penchant prend finalement le contrepied de ce qu’il devrait être puisque nous retrouvons dans cet amour de la pureté une tendance au sublime, à l’absolu, et donc à l’extrême : lorsqu’il entame une relation avec Iris, celle-ci prend une tournure sadomasochiste, et la jeune femme découvre en elle-même un plaisir certain dans sa soumission, cette hésitation constante, dont elle ne peut prévoir les sursauts, entre la violence à son égard et l’adoration de son amant. La belle jeune femme est restée frustrée de ne pas avoir pu faire triompher son physique avantageux de toutes les aventures qu’elle a pu avoir, et elle recherche une histoire qui pourrait dépasser tout ceci, une histoire qui, finalement, ne serait sublime que par sa violence et sa prétendue pureté. En quête fiévreuse de « quelque chose de grand, de très grand », elle trouve donc son complément en Lefloc-Pignel qui, lui, désire « remettre de l’ordre dans le monde ». Le désir de pureté de l’un et de l’autre s’exprime donc à travers des séances de jeux sadomasochistes, des mises en scène soigneusement programmées qui ont pour but de leur faire atteindre un plaisir via des scènes dignes du martyr d’une sainte purifiée par son bourreau. La relation entre Lefloc-Pignel et Iris atteint donc des limites extrêmes, elle est basée sur l’obéissance et la soumission, et supposée faire verser à la jeune femme « de vraies larmes, des larmes de joie ».

Ainsi, à l’occasion de cette danse macabre, Pancol explique comment un esprit torturé, perturbé, peut rapidement dériver dans sa quête de l’absolu et du sublime vers un comportement psychotique et meurtrier. Cette analyse est ce qui donne au roman son caractère polyvalent, car le récit donne à la psychologie une part omniprésente dans le déroulement de l’intrigue, et il se concentre davantage sur les raisons profondes qui peuvent pousser un homme respectable, un père de famille tel que l’est Lefloc-Pignel, à devenir un tueur en série.

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