La valse lente des tortues

par

Une forme de thriller bien particulière

L’intrigue du roman s’établit premièrement autour dupersonnage de Joséphine, dite Jos’, qui, alors qu’elle patiente au pied de sonimmeuble à Passy, dans le parc qui doit servir de théâtre à un rendez-vouspromis avec son amant Luca, reçoit un coup de couteau par un inconnu, quibientôt deviendra l’objet de ses obsessions. La proximité du tueur, de plus enplus forte, ne parvient pourtant pas à faire douter la jeune femme, qui, tout àsa candeur et à son esprit quelque peu naïf, est persuadée qu’il y a eu unmalentendu, que ce n’est pas elle qui était directement visée, que le meurtrierl’a prise pour une autre. On peut donc penser que Katherine Pancol se fait véritablementl’auteure d’un roman policier, en nous proposant une œuvre où toute l’actionsera focalisée sur la découverte du meurtrier qui se fait de plus en plusprésent dans la vie proche de Joséphine, s’attaquant à ses amis.

Cependant, cette intrigue, bien que Pancol en nourrisse sonhistoire, ne semble être qu’un prétexte pour mieux mettre en avant lapsychologie des personnages dans une situation bien particulière. En effet, onne rencontre pas dans son œuvre les éléments récurrents qui formenthabituellement le roman policier : le fait que le tueur porte des chaussuresà semelles lisses est assez symbolique, et ôte du roman toute idée de traque,de poursuite, de collecte d’indices classiques. La tension que l’on pourraitressentir à l’approche du lieu du crime, l’assemblage progressif d’éléments quipourraient mener jusqu’à l’assassin, l’apparition petit à petit de similitudesou de coïncidences qui nous feraient suspecter l’identité du meurtrier, toutcela est absent du roman de Pancol : « on n’apprendrien de semelles lisses. Ni le poids ni la taille de la personne. Ni sesderniers trajets », précise-t-elle. Le lecteur n’est donc pas directementconfronté à l’enquête, tout comme d’ailleurs les personnages de l’histoire. Eneffet, si dans la plupart des romans policiers, l’auteur cherche à créer unclimat de suspicion qui implique l’intégralité des personnages plus ou moinsprésents dans le roman, ici, cette suspicion ne concerne que Joséphine, qui vaêtre appelée à comparaître face aux autorités. Ses voisins, habitant les mêmesimmeubles bourgeois que ceux au pied desquels elle s’est fait agresser, neseront appelés comme témoins que lorsque l’une des résidentes est à son tourvictime d’un meurtre. De plus, cette exclusion des personnages de l’enquête encours porte aussi sur les lieux : le seul endroit où l’intrigue sembleêtre traitée de manière matérielle, et abordée réellement, est la gendarmerie,et aucun des autres lieux du roman ne semble constituer le matériau de cetteenquête.

Ainsi, Pancol choisit à l’inverse de porter son analysedavantage sur les réactions psychologiques des personnages face à cettesituation de crise. Les indices qui pourront être récoltés tout au long del’œuvre par Joséphine porteront ainsi davantage sur un ressenti personnel deséléments extérieurs, que sur des preuves tangibles, matérielles, quiprouveraient l’identité du tueur. Par conséquent, le soupçon se resserre progressivementsur le tueur au travers de petits détails qui ne vont appartenir qu’àelle-même, et qui ne vont même pas revêtir une grande importance à ses yeux.Par exemple, entendre la voix de Lefloc-Pignel en train de rabrouer vertementson fils la conduit à retrouver en elle une inquiétude qu’elle n’a jamaisressentie auparavant, de même que les confidences qu’il lui livre à propos deson enfance, et qui progressivement amènent le lecteur à bâtir une méfiancegrandissante envers celui-ci. Les indices que l’on détient portent donc toussur le ressenti des personnages, sur leur manière de comprendre la situation àtravers leur expérience personnelle, passée, les émotions qu’ils associent àces évènements, et offrent au lecteur une approche ainsi subjective mais authentiqueet nuancée de l’identité du tueur, à travers une forme d’enquête policière peutraditionnelle.

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