La vie de Galilée

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Bertolt Brecht

Bertolt
Brecht est un dramaturge, poète et metteur en scène allemand né en 1898 à
Augsbourg (en Bavière, Allemagne), naturalisé autrichien en 1950 et mort en
1956 à Berlin-Est. À la fois artiste et théoricien, Brecht produit un théâtre
réflexif qui – à travers son esthétique de la distanciation et sa genèse du
théâtre dit « épique » – tour à tour précède et suit les évolutions
d’une histoire qu’il prend toujours en compte.

Il est le
fils d’un petit industriel catholique et d’une mère protestante. Après avoir été
formé au lycée protestant d’Augsbourg, il étudie la médecine à l’université de Munich.
À la fin de la Première Guerre mondiale, il est mobilisé parmi le personnel
soignant de l’hôpital de Augsbourg. Il reprend ensuite ses études de médecine à
Munich et prend part à la révolution de 1918-1919 et à la tentative de
gouvernement par les conseils ouvriers qui proclament la République des
conseils de Bavière. Cet essai connaît une courte existence. Le désarroi de
Brecht et le climat de l’après-guerre transparaissent dans ses premières œuvres,
dont la gouaille emprunte un ton féroce, cynique et désespéré.

Le jeune
Bertolt Brecht est alors influencé par Rimbaud, Kipling et Villon. Suivant en
cela le dramaturge fantasque Frank Wedekind (1864-1918), qui chantait sa
poésie, il interprète alors la sienne en s’accompagnant à la guitare. Elle
paraît dans son recueil Les Sermons
domestiques
(Die Hauspostille)
qui regroupe aussi des textes écrits pendant la Première Guerre mondiale.
L’auteur y apparaît, selon la mode de l’époque, stoïcien et nihiliste, ce qui
lui vaut l’étiquette d’anarchiste. La nature comme la ville y apparaissent
menaçantes – tout annonce une catastrophe, un engloutissement contre lequel il
est vain de résister : il faut embrasser la pourriture. Dans
l’« Annexe », le célèbre poème « Du pauvre B. B. » reprend
les initiales de l’auteur qui chante sa propre complainte, menacé qu’il est par
la disparition, la consommation du monde bourgeois, qui est pour lui une
destruction. Mais la conscience de sa propre vanité, montre-t-il aussi, peut
mener à l’illumination, à des réflexions nouvelles.

La pièce Tambours dans la nuit (Trommeln in der Nacht) lui vaut le prix
Kleist en 1922. Elle est représentée au Kammerspiel de Munich et à Paris trois
ans après la mort de l’auteur. Un soldat de retour du front retrouve sa femme
éprise d’un autre ; des spéculateurs l’ont de plus ruiné. Il s’engage
alors dans un mouvement révolutionnaire mais au moment où il a l’opportunité de
reconquérir sa femme, il trahit la cause. Par là Brecht dénonce la bourgeoisie
opportuniste de l’après-guerre et expose le naufrage de toute conduite
collective. L’auteur s’y montre grandement influencé par l’expressionnisme ;
la pièce relève par ailleurs de l’activisme, courant dirigé contre l’héritage
de Nietzsche et de Wagner, le romantisme et les valeurs passées ; et en
faveur d’un idéal chrétien de la justice propre à fonder un ordre social
rationnel.

C’est en
1926 que Brecht crée à Berlin sa première pièce, Baal, écrite à vingt ans. Il s’agissait pour Brecht de parodier Le Solitaire, drame expressionniste de
Hans Johst poussé jusqu’à l’absurde à travers le personnage – inspiré de
Rimbaud – d’un mécanicien devenu chanteur de cabaret, brutal, cynique et
séducteur, à la poursuite de toutes les ivresses, à travers l’alcool, le sexe,
et même le meurtre d’un ami. Il finira par mourir dans la solitude et la
misère. La violence porte une critique sociale équivoque. La pièce est surtout
remarquable par sa puissance lyrique, transmise par un style heurté. Le jeune
dramaturge souhaite surprendre et réussit, mais il ne se complaira pas dans
cette voie.

Quelques
années plus tôt il a été engagé comme dramaturge au Deutsches Theater de
Berlin, où il assiste Erwin Piscator et Max Reinhardt, découvre le
« théâtre politique » et commence à collaborer avec des musiciens
tels Hanss Eisler et Kurt Weill. Ce dernier participe à la musique du célèbre Opéra de quat’sous (Die Dreigroschenoper), représenté en 1928 au
Schiffbauerdamm-Theater de Berlin, mis en scène par Erich Engel ; les
décors sont assurés par Caspar Neher, collaborateur de longue date très
apprécié de Brecht. Il s’agit du second opéra de Brecht après Grandeur et Décadence de la ville de
Mahagonny
, du nom d’une ville fabuleuse fondée par des trappeurs de
l’Alaska, qui ne sera créé que deux ans plus tard. L’Opéra de quat’sous fait connaître Brecht dans toute l’Europe et
esquisse la technique du théâtre épique – qui refuse le mensonge dans l’art, la
tentative de donner une illusion de la vie. Il s’agit d’une adaptation de l’Opéra des gueux (1728) de John Gay dont
l’intrigue est conservée telle quelle. À travers elle, Brecht souhaite dénoncer
les travers de la société bourgeoise – exploitation, hypocrisie, arrogance – où
les criminels sont de mèche avec les gardiens de la loi. Mais le public
bourgeois lui fait un triomphe sans se sentir visé, goûtant la crudité et le
cynisme des répliques. Brecht choisira donc de renoncer à certains élans
romantiques – qui font beaucoup penser à François Villon – dans la forme comme
dans le vocabulaire, et de se concentrer sur le didactisme de pièces cette fois
austères.

C’est le
marxisme qui lui inspire ses Pièces
didactiques
(Lehrstücke), en un
acte, destinées à des élèves, adaptées à leurs divers âges, et qui devaient
être jouées par eux. Il cumule les casquettes d’auteur, régisseur et éducateur
dans la troupe qu’il crée avec sa femme, l’actrice Hélène Weigel. Il adapte
notamment pour leur compagnie La Mère
(Die Mutter, 1931) à partir du roman
de Maxime Gorki, et en fait une apologie du communisme ; la pièce lui vaut
des interruptions de représentations par la police. Brecht, en tant qu’opposant
au régime nazi, doit bientôt partir pour la France, dès 1933, où il fait
représenter Les Fusils de la Femme Carra
(Gewehre der Frau Carrar), où le personnage
éponyme, qui veut d’abord protéger ses enfants à l’occasion de la guerre civile
en Espagne, finit par se battre aux côtés des opprimés. Rien de l’épique de l’Opéra de quat’sous ici ; l’écriture
suit les préceptes aristotéliciens. La pièce s’adresse aux volontaires
allemands partis en Espagne.

Brecht
part ensuite pour le Danemark en 1933 où est créée la pièce Têtes rondes et têtes pointues (Die Rundköpfe und die Spitzköpfe), œuvre
satirique antinazie qui met en scène les dirigeants de Yahoo, un pays
imaginaire ; ceux-ci, pour faire oublier les relations de classes, leur
substituent des antagonismes raciaux fondés sur la forme de la tête :
ronde ou pointue. Treize chansons composées par Hanns Eisler orientent
davantage l’œuvre vers le divertissement. Brecht notera plus tard que la pièce
comprend la première occurrence du procédé de distanciation (Verfremdungseffekt ou « effet
V »), qui vise à interdire à l’acteur l’identification à son personnage.
Le public est ainsi renvoyé à son statut de spectateur d’une fiction, et
lui-même ne peut s’identifier.

En 1935,
Brecht adresse aux intellectuels allemands Cinq
difficultés que l’on rencontre en écrivant la vérité
, essai qui dénonce les
procédés du mensonge fasciste. Il y explique que c’est leurs faiblesses qui
coûtent la victoire aux bons, et non leur bonté. Il croit donc en la victoire
de la vertu, à certaines conditions qu’il donne.

Brecht
part ensuite pour la Suède et la Finlande en 1939, puis passe en Union
soviétique et arrive enfin aux États-Unis en 1941 via Vladivostok et la
Californie. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est jugé indésirable en
Allemagne de l’Ouest ; il prend alors la nationalité autrichienne et part
vivre à Berlin-Est où il dirige la troupe du Berliner-Ensemble avec sa femme et
ses collaborateurs. Il a écrit de nombreuses pièces pendant ses années d’exil –
qui lui permettent aussi de prendre du recul sur sa production et de développer
des réflexions théoriques – dont certaines ne seront pas représentées.

La pièce Mère Courage et ses enfants (Mutter Courage und Ihre Kinder) a été
écrite en 1937-1938 et fut créée à Zurich en 1941. Le personnage éponyme, une
cantinière, traîne sa roulotte de bataille en bataille sur fond de la Guerre de
Trente Ans, au XVIIème siècle, d’après La
Vagabonde Courage
de l’écrivain allemand Grimmelshausen. Même une fois
qu’elle a perdu tous ses enfants, emportés par la guerre, et qu’elle n’a plus
qu’un « rien », elle le charge sur son dos et choisit la vie. Mais
dès le début de la pièce, elle s’était faite prophétesse, et avait annoncé à
chacun son destin, disant assez, par là, qu’il incombait à chacun de tenter de
le faire dévier, et annonçant sa part de responsabilité dans ce qui allait lui
advenir.

La Résistible ascension de
Arturo Ui
(Der aufhaltsame
Aufstieg des Arturo Ui
), écrite en 1941 très rapidement en Finlande,
constitue un échantillon du théâtre épique de Brecht sous la forme d’une farce
historique. Arturo Ui y figure un mélange entre Adolf Hitler et Al Capone, et
l’ascension dont il est question est celle du führer comme du crime aux
États-Unis. Le texte montre comment l’aide intéressée de certains est indispensable
aux succès décrits. De manière générale l’œuvre de Brecht combat la tendance
allemande à considérer des calamités évitables sous le jour de la fatalité.

Sous le
titre Écrits sur le théâtre sont
coutumièrement réunis les centaines de textes et fragments théoriques de Brecht
sur son art, dont le Petit Organon (Kleines Organon) de 1949, ouvrage
fondamental. Ils montrent combien pratiques et réflexions sur le théâtre sont
inséparables chez Brecht. Il poursuit ainsi les pensées de ses prédécesseurs
dévolues à cet art – Aristote, Diderot, Gotthold Ephraim Lessing, Hegel et
Schiller – et entre en dialogue avec eux. Parmi ses contemporains, Constantin
Stanislavski et Erwin Piscator, créateur du théâtre prolétarien, constituent
aussi des interlocuteurs. Brecht questionne notamment les notions esthétiques
d’imitation, de distance, d’illusion, d’imitation et s’interroge sur le rôle
imparti au public. Celui-ci devant demeurer à distance des acteurs selon Brecht,
il souhaite chez lui la conservation d’une attitude critique face à la réalité
dévoilée, tout spectacle devenant le lieu d’une possible prise de conscience.

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