L'Acacia

par

La nouveauté du roman

A. Un caractère postmoderne

        

         L’œuvre de Claude Simon s’inscrit parfaitement dans la mouvance du Nouveau Roman, apparue dans les années cinquante. La mouvance se transformera progressivement, s’éloignant de plus en plus de la négativité du modernisme pour finalement rejoindre l’absence de sens et la confusion totale du postmodernisme, tout particulièrement dans les années quatre-vingt lorsque le roman a été écrit. De ce fait, l’auteur illustre parfaitement les théories de Baudrillard avec le motif de la recherche de la tombe du père – une aventure, une quête absolument vide de tous sentiments quels qu’ils soient. Par ailleurs, l’auteur emploie la troisième personne du singulier pour se désigner, ce qui évoque une crise existentielle. Lors de son discours d’intronisation au Nobel, Claude Simon donne aux lecteurs un élément de réponse : « je n’ai jamais encore, à soixante-douze ans, découvert aucun sens à tout cela, si ce n’est comme l’a dit, je crois, Barthes après Shakespeare, que “si le monde signifie quelque chose, c’est qu’il ne signifie rien” – sauf qu’il est. »

 

B. Le rôle du lecteur

 

         Dans L’Acacia, le métatexte joue un rôle prédominant pour la compréhension du lecteur. Tout comme chez Faulkner, les récits sont imbriqués les uns dans les autres. L’auteur décrit lui-même ce procédé : « Peu à peu le débit de la voix qui racontait au garçon l’histoire sans fin ralentissait […] l’histoire continuant par bribes, hachée, abandonnée de nouveau au milieu d’une phrase, de nouveau reprise, jusqu’à ce que la voix s’arrêtât pour de bon, la femme debout maintenant disant : “Non. Demain.” » Il s’agit bien d’un métatexte : l’auteur décrit là les limites contraignantes de la narration, incapable de restituer avec précision la vérité et forçant les faits à se conformer au message de l’auteur : « on a ainsi vu les auteurs d’actions d’éclat déformer les faits pourtant à leur avantage dans le seul but inconscient de les rendre conformes à des modèles préétablis ». L’auteur cherche à pallier ces limites en incluant plusieurs perspectives, se débarrassant de la première personne du singulier bien trop isolée pour offrir aux lecteurs une vue d’ensemble. Par conséquent, les mêmes événements sont racontés plusieurs fois, et les faits relatés peuvent être différents et entrer parfois en contradiction – illustration de la multitude de voix à la fois des personnages et des lecteurs du roman. Il y a donc une superposition des différentes certitudes et des différents doutes et spéculations à la fois de l’auteur (à plusieurs instants) et des lecteurs. Tout comme chez Faulkner, adepte du plurilinguisme, le puzzle sera résolu uniquement à la fin du roman, et probablement pas à la première lecture.

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