L'adolescence clémentine

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Clément Marot

Clément Marot
est un poète français né à Cahors (Lot), en pays de langue d’oc, en 1496, et
mort à Turin (Italie) en 1544. Il naît dans un milieu lettré puisque son père
compte parmi les « Grands Rhétoriqueurs » (virtuoses de la langue du
point de vue technique, préfigurant les recherches de l’Oulipo) et même parmi
les favoris d’Anne de Bretagne, épouse des rois Charles VIII et Louis XII.

Le destin
du jeune Clément semble tracé, puisque né proche du milieu de la cour, il
aspire vite à gagner sa vie en amusant les puissants. À cette fin, il initie sa
production littéraire par une traduction de la première des Bucoliques de Virgile, où il n’hésite
pas à s’éloigner du texte original. Mais écrire dans son coin ne suffit pas
pour entrer dans le grand monde, et le jeune Marot devient d’abord le page de
Nicolas de Neufville, secrétaire des finances, avant de se faire clerc de la
chancellerie.

À
l’occasion du début de règne de François Ier en 1515, le jeune
poète, désireux de se faire remarquer parmi les courtisans, rend hommage au roi
à travers son Temple de Cupido, fait et
composé par maître Clément Marot, facteur de la Royne
, de plus de cinq
cents vers, qui constitue une longue description allégorique inspirée du Roman de la Rose. Il s’y affiche comme un
suiveur docile des rhétoriqueurs ; ses vers sont inspirés de son père bien
sûr, Jean Marot, mais aussi de Molinet, Guillaume Crétin – qui avait mis en
usage les rimes équivoquées dont Marot use dans sa Petite Epistre au Roi de 1518 –
et Jean Lemaire des Belges, poètes qui brillaient auprès de la reine Anne
qui goûtait les textes bavards et laborieux.

Le jeune
Marot multiplie donc les textes de courtisan : s’ajoutent à la Petite Epistre au Roy une Epistre du Depourveu et la ballade A Madame d’Alençon pour estre couché en son
estat
, dans le même style, propres à plaire à ses contemporains. Ses
tentatives sont couronnées de succès puisqu’en effet il se « couche en
l’état » de la sœur du roi, Marguerite d’Angoulême, en devenant son valet
de chambre, et ce dès ses vingt ans.

Vivant
désormais à la cour, le poète multiplie les extraits de sa poésie gaie,
gracieuse, adressés aux grands personnages, sur le thème des petits événements
de la vie mondaine, et employant à l’occasion une matière militaire comme dans De l’arrivée de Monseigneur d’Alençon en
Haynault
en 1521, pièce d’un genre sérieux qui se rapproche de la musique
chorale des polyphonistes contemporains.

En même
temps que sa protectrice, il est initié aux idées « évangéliques »
professées par Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux devenu le directeur
spirituel de la sœur du roi cette année-là.

Bien
qu’il ne soit pas un réformateur, une dénonciation anonyme le mène à la geôle
du Châtelet : le poète se serait vanté d’avoir « mangé du lard en
carême ». Sa poésie devient alors une manière d’alerter les grands sur son
sort, et il rédige une Epistre à M.
Bouchart, docteur en théologie
, propre à le convaincre de son orthodoxie,
et une Epistre à Lyon Jamet, ami
grâce auquel il quitte le Châtelet pour l’hôtellerie de l’Aigle, pièce où le
poète met en scène l’apologue du lion et du rat, parsemée d’inventions verbales
et de traits pittoresques. Dans L’Enfer,
satire écrite dans sa prison arrangée, Clément Marot utilise son expérience, peint
le décor du Châtelet et les personnages rencontrés – Minos est probablement
Jean de la Barre, le bailli de Paris ; l’hypocrite Rhadamantus figurerait
le lieutenant civil Jean Morin –, et s’interdit par là de la publier.

Au retour
du roi libéré d’Espagne, Clément Marot prend la place de son père à ses côtés
en tant que valet de chambre, fonction dont le versement des appointements fait
l’objet de délais qui deviennent la matière de nombreuses épîtres adressées à
de grands personnages. L’inspire aussi, mais sous la forme de galanteries
spirituelles, la passion qu’il aurait connue pour une certaine Anne, qu’on
imagine être la nièce de Marguerite d’Alençon, pour qui il écrit par exemple le
dizain « D’Anne qui lui jecta de la neige ».

Clément
Marot a accompli son rêve : il amuse les grands, chronique la vie de la
cour, et à cette fin ne manque jamais de s’immiscer comme spectateur dans
toutes les festivités et au milieu des affaires politiques. Lorsque la vie
publique connaît des moments de calme, le poète se rabat sur la matière de sa
propre vie et peut produire un épître où il raconte simplement qu’il s’est fait
voler comme dans Au Roy, pour avoir esté
dérobé
(1531), occasion pour lui de badiner, de versifier légèrement, avec
malice.

Le poète
regroupe à plusieurs occasions ses pièces en recueils, comme en 1532 à travers
la publication de L’Adolescence
clémentine
, seul recueil homogène publié de son vivant, où le poète
rassemble toutes ses œuvres de jeunesse, et dont les nombreuses éditions durant
la décennie disent le succès. Plutôt que les premiers pas d’une littérature
humaniste, le recueil constitue un sommet de la poésie médiévale, que le poète
ne rénove pas, malgré le pittoresque et la vivacité de ses traits.

Clément
Marot subit encore plusieurs démêlées avec les gens d’Église et les gens de
loi ; il connaît de nouveaux emprisonnements : pour avoir délivré un
prisonnier (à la Conciergerie), parce qu’il a à nouveau défié les observances
du Carême, ou provoqué la prévôté de Paris dans son épigramme Du lieutenant criminel et de Semblançau.
Il sait si bien se faire des ennemis qu’il doit fuir en Navarre lors de
l’affaire des placards, où il retrouve les proches de Marguerite soupçonnés,
puis à Ferrare où il sert la princesse Renée de France parmi des huguenots en
exil. Là, Calvin incitera peut-être Marot à traduire les Psaumes, et en tout cas, Marot devient réformé, puis subit
l’influence de la littérature italienne à travers Boccace, Martial et Ovide.

Le poète
finit par retourner auprès du roi de France après avoir abjuré ses erreurs,
aidé de ses épîtres Au Roy, du temps de
son exil à Ferrare
et A Monseigneur
le Dauphin, du temps de son dict exil
, dirigées contre les gens de la
Sorbonne qui l’accusent d’hérésie.

Au
premier jour de 1539, Clément Marot offre sa traduction des Psaumes au roi qui les chantera. Mais le
poète est mis en difficulté par son Sermon
du bon pasteur et du mauvais
, qui commence à être connu, où il s’affiche en
protestant, et par l’impression de L’Enfer.
Cette combinaison lui est fatale et déclenche un mandat d’arrêt contre lui
après la condamnation des Psaumes par
les théologiens de la Sorbonne. Marot fuit à Genève mais son ancienne
abjuration et la rigidité de Calvin pèsent sur lui et son désir d’une religion
plus libérale. Le poète mourra seul à Turin, après avoir exprimé dans ses
derniers écrits sa désillusion face aux diverses formes de la religion, comme
dans la Complainte d’un pastoureau chrestien,
faite en forme d’églogue rustique, dressant sa plainte à Dieu, sous la Personne
de Pan, dieu des bergers
.

Les Œuvres de Clément Marot publiées à Lyon
en 1539 réunissent toutes les pièces qu’il a écrites jusqu’alors ; celles
de 1544 les présentent par genre, ce qui fait peu de sens, étant donné que la
poésie de Marot est particulièrement liée à sa vie.

Le poète
aura multiplié les formes dans lesquelles éclot sa poésie, écrivant et livrant
aux grands de son temps des épigrammes par centaines, des dizaines d’épîtres,
des ballades, des rondeaux, des élégies, des chansons, et poussant la facétie
jusqu’aux épitaphes humoristiques.

C’est
grâce à Boileau qu’au XVIIème siècle l’influence de Marot ressuscite, après
l’oubli relatif dans lequel l’avait fait tomber la Pléiade ; l’auteur de L’Art poétique en parle ainsi :
« Imitons de Marot l’élégant badinage […] Marot […] fit fleurir les
ballades, / Tourna des triolets, rima des mascarades, / À des refrains réglés
asservit les rondeaux. / Et montra pour rimer des chemins tout nouveaux. »
La Fontaine rendra aussi hommage à l’amuseur : « Chantez-nous / Non
pas du sérieux, du tendre, ni du doux ; / Mais ce qu’en français on nomme
bagatelle, / Un jeu dont je voudrais Voiture pour modèle, / Il excelle en cet art :
Maître Clément et lui / S’y prenaient beaucoup mieux que nos gens
d’aujourd’hui. »

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Clément Marot >