L'adolescence clémentine

par

Rondeaux

Le rondeau est un poème à formefixe de treize vers de longueur variable, composé sur trois strophes dontles deux dernières reprennent le tout premier hémistiche ; c’estle refrain (ou rentrement) que l’on retrouve aussi dans la ballade.

Les trois premiers constituent unesection qui est consacrée à la poésie elle-même, c’est une des partie montrantla plus grande virtuosité.

Du rondeau IV au rondeau XI, les poèmestraitent du désir sensuel et de l’amour ardent.

Le onzième, De l’Amant doloreux, estun bref poème que l’amant en mal d’amour écrit. Il se situe dans un ensemble derondeaux où sont évoqués tous les sentiments amoureux possibles, des thèmesassez convenus du lyrisme amoureux. La douleur et la mort sont causées par un regardde la femme aimée.

La section des rondeaux se caractérisepar la variété des thèmes abordés : éloges de personnalités, amour, fortune,religion. Le rondeau VIII, De la jeuneDame, qui a vieil Mary, est encadré par un poème à tonalité légère (À un poète ignorant) et un poème àtonalité plus sombre (Du mal contentd’amour). La variété est présente au sein même du rondeau. Ce rondeau VIIIparle d’une jeune mariée se plaignant de ne pas être aimée de son mari malgréles efforts qu’elle déploie.

Premier quintil : la jeune femmeexpose sa souffrance d’être mariée à un homme âgé sous la forme d’une plaintemonologique.

Tercet : elle en donne la raison,qui est le refus de son mari de l’aimer : le passage au discours directcrée un effet ironique

Deuxième quintil : la jeune mariéemontre que c’est par pudeur qu’elle ne concrétise pas son désir. Le dialogueavec la Honte donne une tonalité légère au rondeau.

Le passage d’une tonalité élégiaque àune tonalité enjouée montre la virtuosité de Marot. La variation dans lesformes du discours permet d’effectuer ce changement de tonalité, notammentquand la jeune mariée se retrouve seule après avoir congédié la Honte à l’issued’un dialogue. La solitude pourrait être source de plainte, mais elle luipermet au contraire de ne plus être « à part » de son mari.

Le rondeau XIV, A un poëte Françoys, est une pièce encomiastique qui débute unesérie de rondeaux qui louent les gens de la cour et les lettrés. Le dernier estadressé à Marguerite de Navarre, sœur du roi. On peut penser que « lepoète français » est François Ier ; le rondeau XIV seraitalors lié aux rondeaux XII et XIII et ferait ainsi office de transition. Aupremier quintil, le poète français est comparé à un oiseau, sa voix est dite ailée.Les vers jouent sur une opposition entre les cieux et la terre.

Marot montre qu’il utilise le stylehumble (bas), et qu’il n’hésite pas à y introduire un style moderne. Il ditd’ailleurs dans le premier rondeau qu’il faut user « de mots reçuscommunément ». Néanmoins, le style haut et brillant des grands poètes aquelque chose de plus prestigieux que Marot souligne avec humilité.

Les rondeaux XXIII à XXIX traitent desrevers de fortune.

Le diptyque formé par les rondeau XXXet XXXI traite de questions religieuses.

Les rondeaux XXXII à XXXIV abordentl’actualité politique.

Les rondeaux XXXV à L couvrent unelongue séquence amoureuse et fonctionnent par diptyques.

Les rondeaux LI à LVIII présentent ànouveau la thématique du ferme amour.

Le rondeau LIII, À la jeune dame mélancolique et solitaire, se trouve au milieu d’unpassage où les poèmes sont dédiés à des femmes et louent leur beauté. Or, ici,le rondeau est particulier car il s’agit d’une femme qui bien que jeune, restemélancolique et solitaire… Il s’agit de pointer ses erreurs et de la dirigervers le bon chemin pour conduire sa vie sur celui de l’amour.

Le rondeau LVI À la fille d’un peintre d’Orléans appartient donc à la sectionconsacrée à l’amour et à la femme aimée. Il est précédé d’un rondeau consacré àl’éloge de la femme et suivi d’un autre reprenant le thème galant « dubaiser de s’amie », qui représente une étape de plus dans la démarcheamoureuse. Nous avons là un thème classique de la littérature amoureuse, celuide l’éloge de la femme aimée dont Marot reprend la traditionnelle comparaisonavec la peinture, comme l’annonce le titre. C’est un rondeau double en strophescloses où l’aimée vient se substituer à la représentation picturale de Vénus.Il est uniquement composé de rimes féminines, ce qui témoigne soit de lajeunesse de Marot qui ne tient pas compte de l’alternance, soit d’une volontéde l’auteur d’insister sur l’expression de la féminité.

Enfin, les rondeaux LIX à LXVIIconstituent un ajout au thème du ferme amour.

Le rondeau LXII De l’amour du siècle antique reprend notamment ce thème. Il sesitue à la fin de la section des rondeaux. Il s’agit d’un rondeaudouble : quintil, tercet, quintil, avec la répétition du début du 1ervers d’« Au bon vieux temps » qui revient systématiquement en fin dechaque strophe. Il forme un diptyque antithétique avec le rondeau qui suit,lequel, à l’inverse, tourne en dérision le temps jadis, faisant implicitement grandcas du présent. C’est un rondeau ancré dans la tradition. La description d’unâge d’or suivi de celle d’une société corrompue est un topos littéraire. Marotmanie d’ailleurs le cliché avec des expressions telles que :« c’était donner toute la terre ronde » / « cela durait unmonde ».

Le rondeau LXVI, avant-dernier rondeauavant le rondeau parfait, occupe une place particulière dans le recueil. S’il ya de la variété dans la section des rondeaux, à partir du rondeau XLIV, lafemme occupe une place centrale (éloges, rondeaux adressés, rappel de la quêtedu Ferme Amour). Le rondeau LXVI contraste avec les précédents et notammentavec le rondeau LXV qui loue la fidélité d’une femme « mal mariée ».Ici, c’est de l’inconstance qu’il s’agit. La fin de ce rondeau est uneréflexion sur l’écriture, avec l’affirmation de la liberté du poète, qui refusel’éloge. On a donc d’abord une tension parole vivante / poésie comme écriturefigée. Mais ironiquement, le poète dit son impuissance à couvrir la rumeur quicourt sur son amie. Le rondeau Surl’inconstance d’Isabeau participe à ce « mauvais bruit » puisqu’ildévoile « le grand vice » d’Isabeau. Dans ce cas, le rondeauparticipe à la construction de la personadu poète, avec notamment le thème de l’emprisonnement qui rappelle l’affaire dulard, et la recherche d’une nouvelle poésie, du style humble des « motsreçus communément ».

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Rondeaux >