L'Africain

par

L’Afrique, une terre d’espoir

Lejeune Le Clézio retrouve donc son inconnu de père à l’âge de huit ans, alorsque lui-même vient de connaître une terrible épreuve pour son jeune âge :la Seconde Guerre mondiale, les restrictions, l’obligation de vivre caché dansune chambre mansardée. Tout cela fait ainsi écho à l’exil forcé de son pèretentant de rejoindre la France. Lorsqu’il pose le pied sur le sol africain, legarçon voit immédiatement en celui-ci une terre de possibles, de libertés, unendroit où pourra enfin s’ébattre normalement son caractère d’enfant et sonimaginaire débordant. Car c’est une véritable contrainte psychique que laguerre imprime dans un esprit aussi jeune, en l’empêchant de sortir, de vivresa vie d’enfant ; elle lui vole une part de son existence nécessaire pourse construire. Ce nouveau pays lui propose un magnifique terrain de jeu pourrattraper tout ce temps perdu à devoir grandir prématurément.

Ainsi,l’imaginaire du garçon fonctionne déjà à plein régime dans le bateau qui letransporte vers l’Afrique. Bien qu’il ne l’ait jamais vue, il dresse unportrait mental très précis de cette terre de liberté. Il écrit alors ses deuxpremiers ouvrages : Oradi noir ainsiqu’Un long voyage qui constituentdeux ébauches de récits enfantins, dans lesquels l’auteur idéalise ce nouveaucontinent, faisant de lui une terre propice au rêve, au fantasme et à la magie.

Ilquitte cette dimension onirique alors qu’il accoste à Port-Harcourt. L’Afriquese révèle être très vite à la hauteur de ses espérances. Bien que se sentantaussi seul que peut l’être l’enfant d’un colon, de par sa mauvaiseintégration,  Le Clézio trouve ici dequoi satisfaire son imagination et le plaisir de la liberté physique : « Je me souvenais de l’éclat sur laterre rouge, le soleil qui fissurait les routes, la course pieds nus à traversla savane jusqu’aux forteresses des termitières, la montée de l’orage lesoir » tout ceci constitueautant de souvenirs qu’il s’approprie et se construit, pendant deux annéesconsécutives, avant un retour en France et à une existence plus morne. Ilcompare la vie africaine à un rêve : « Cette vie de liberté totale, je l’aurai sans doute rêvée plutôtque vécue. » Écrivain à la plume désormais adulte, il associepleinement ces deux ans à la reconquête d’une liberté perdue pendant la guerre,une liberté que peu, enfants ou adultes, peuvent se vanter d’avoir goûtée :« Une liberté de mouvement, depensée et d’émotion que je n’ai plus jamais connue ensuite. » L’Afriqueest donc présentée ici comme une terre où tout est possible, une terre protégéede l’influence traditionnelle et individualiste de l’Europe.  En comparant sa vie passée africaine et savie future française, Le Clézio nous montre qu’il a été en mesure d’opposer pertinemmentles deux, et parvient à convaincre le lecteur du caractère idéal d’une vie oùla liberté physique entraîne la liberté spirituelle.

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