L'Africain

par

Un partage culturel et identitaire

LeClézio et son père ont en commun d’avoir été profondément marqués par leurséjour en Afrique, mais de deux manières totalement différentes quin’influeront pas sur leur existence de manière similaire. Ainsi, lorsque LeClézio parle de l’Afrique, il voit en elle une opportunité de reconstruire sonenfance dévastée par la guerre. Mais c’est bientôt autre chose qu’un terrain dejeu qu’il découvre. En effet, l’Afrique semble être à ses yeux une terrecharnelle, où il découvre « lamagnifique impudeur des corps », une liberté sans cesse renouvelée. C’estune terre de lyrisme, où se mêlent magnifiques paysages et brutalité,magnificence des éléments. Le temps, là-bas, semble s’être suspendu pour lejeune Le Clézio qui compare le voyage aller à un moment « passé à bord d’un bateau, entre deux mondes. » Tropbeau pour exister réellement, imprégnant trop profondément les êtres pour prétendrequ’il n’y a aucune magie sur cette terre, ainsi voit-il le continent africain.L’Afrique charnelle lui semble êtrepersonnifiée, une vaste entité où tout est en mouvement et qui le possède aufur et à mesure qu’il s’extasie sur ses beautés. En vivant en Afrique, l’enfantse forge une véritable identité, une palette de souvenirs qui, par le travailinconscient, involontaire de la mémoire, ravive parfois la vision de telle outelle scène de sa vie passée là-bas. Il la considère comme si profondémentincrustée en lui qu’elle réapparaît lorsqu’il ne s’y attend pas, malgré lesautres endroits auxquels il a pu s’attacher et les projets qu’il a pu élaborerailleurs : « à chaque instant,comme une substance éthéreuse qui circule entre les parois du réel, je suistranspercé par le temps d’autrefois, à Ogoja ». Il envisage que cetteidentité africaine s’est glissée dans son sang avant même sa naissance, par lebiais de ses parents qui habitaient au Cameroun. Cette attirance se serait doncimmiscée en lui sans qu’il n’en soit réellement acteur, et fait désormaispartie intégrante de lui-même.

Cen’est pas le cas pour son père. Venu en Afrique pour d’autres motifs, plusengagés, plus éthiques, désirant lutter contre le colonialisme en son cœur,l’homme a mené un combat de tous les instants pour œuvrer en faveur del’Afrique. Cette culture africaine, cet amour qui le lie au continent et lerend triste lorsqu’il retourne en Europe, ne sont pas arrivés en lui, commepour son fils, involontairement. Il a créé cette dépendance en donnant àl’Afrique, afin que celle-ci lui donne en retour. C’est là toute la différencede la relation que père et fils entretiennent avec le continent : l’un ena été l’architecte, l’autre l’héritier. Mais cette relation baigne la vie detous deux au point de faire partie intégrante de leur identité.

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