L'Africain

par

Résumé

Dans cet ouvrage autobiographique, J. M. G. LeClézio décrit son enfance africaine et la figure de son père, médecin itinéranten Afrique occidentale, qui a marqué sa vie.

Le Clézio a huit ans quand il arrive auNigeria, en 1948, après une petite enfance marquée par la guerre : il avécu cette période à Nice, chez ses grands-parents maternels, avec sa mère. Lamaison en Afrique, à Ogoja, est une case de ciment à la décoration inexistante,sans confort. Des gens qui l’entourent, il voit d’abord les corps, les corpsnus des enfants, les seins lourds des femmes africaines, corps à la magnifiqueimpudeur. Des corps que la vie a tant marqués que l’enfant, en voyant lesvieillards, les croit gravement malades. Ce sont les corps libres, loin del’étouffant corset de la société coloniale, libres de vivre dans une natureformidable où un orage prend des allures de catastrophe. Le Clézio neretrouvera jamais pareille liberté : quitter la maison la journée durant,courir avec son frère et les enfants noirs vers la grande plaine d’herbes,baigné d’une chaleur intense dont il ne souffre pas.

La plaine, c’est le royaume des termites, dontles villes aux maisons grandes comme celles des hommes parsèment la terre commeautant de châteaux. Si les termites sont inoffensifs, il n’en va pas de mêmedes fourmis énormes à la morsure brûlante dont le flot, quand elles migrent,emporte tout comme un fleuve en crue. Les insectes sont partout à Ogoja, lanuit est leur moment : cancrelats dans la maison, scorpions sous le tapis,insectes volants attirés par la lumière de la lampe, qu’on essaye de garderhors de la case, calfeutrée comme une cabine de bateau dans la tempête, envain. Dans la case protégée, l’enfant est bien, dans la pièce qui sent lemanioc, l’arachide et la famille.

Il n’a connu son père qu’en 1948. Arrivé enAfrique en 1928, l’homme est chirurgien dans une zone sous mandat britanniquequi comprend l’Est du Nigeria et l’Ouest du Cameroun. Quand la guerre a éclatéen 1939, sa femme était repartie pour la Bretagne, pour donner naissance à leurfils. Coincée en Europe par les événements, elle n’a pu retourner auprès de sonmari. Lui va traverser le Sahara pour essayer de rejoindre la France. Refoulécar soupçonné d’espionnage, il sera coupé des siens huit ans durant. Pourquoil’Afrique ? Né à Maurice, chassé par les événements et l’Histoire, il afait ses études de médecine à Londres, avant de rejeter la rigidité de l’espritbourgeois anglais et de cingler vers la Guyane britannique. Là, il découvre lajungle qui dresse deux hauts et impénétrables murs verts sur les rives desrivières, seules voies de communication. Le jeune médecin photographie ces paysagesdont il tombe amoureux, ainsi que les Indiens qu’il croise et qu’il respecte.Il déteste profondément le système colonial, aussi, lorsqu’il s’installe enAfrique, il est heureux d’être nommé par l’administration militaire dans unezone loin de la côte, au cœur d’un pays où l’on mesure les distances en heuresde marche et non en kilomètres. Il y sera le seul médecin, et même le seul Européen.Plus tard, il épouse sa cousine germaine, la mère de Le Clézio. Elle suit lemédecin dans ses tournées, partage sa vie de campeur aventurier. Ils dormentdans les « cases de passage », sont reçus par les rois locaux, et lemédecin, armé de sa seule sacoche au maigre contenu, soigne, met au monde,guérit ou accompagne vers la mort. Et là encore il photographie sa vie, en desclichés qui montrent le bonheur du couple de vivre ainsi l’aventure loin deshommes dits civilisés. La guerre va faire voler ce bonheur en éclats.

Quand la mère et ses deux fils peuvent enfinrejoindre le médecin à Ogoja, c’est un autre homme qu’ils découvrent. Nommé àl’hôpital local, la brousse lui manque : là, il n’a plus le tempsd’écouter les familles, d’apaiser l’angoisse des malades. Il réalise qu’il est,lui aussi, un instrument du système colonial. Il s’est cru le parent et ami desAfricains, il s’est cru Africain lui-même : il n’en était rien. L’étatsanitaire de la province est épouvantable, les maladies sont endémiques etmortelles, et des légendes – en sont-elles vraiment – courent sur lespopulations éloignées : sacrifices humains, cannibalisme. Dans ses annéesde solitude, le médecin s’est forgé une armure faite de rituels etd’ascétisme ; c’est dans cet ordre monacal que Le Clézio et son frère vontdébouler comme deux chiots. Leur père, à coups de canne, les mettra vite dansson droit chemin. Obsédé par l’hygiène, pratiquant une religion austère, leurpère est devenu l’homme d’un seul livre : L’Imitation de Jésus-Christ.La discipline de fer aura raison des caprices et des colères auxquels Le Cléziolaissait libre cours quand il vivait à Nice, mais il ne connaît plus le rire etla liberté qu’avec ses camarades de jeux. Son frère et lui mènent contre leurpère une guerre d’usure qu’inspire la peur des punitions. C’est donc un hommetrop différent de celui qu’il connaissait pour qu’il le comprenne que Le Cléziorencontre en 1948. À la fois rigide et étranger aux conventions, épuisé par untravail harassant, le père tendre a disparu, volé par les événements.L’incompréhension se muera presque en haine, et il faudra des années àl’enfant, devenu adulte, pour comprendre que son père lui a transmis uneéducation africaine : à Ogoja, les enfants n’émettent ni larmes niplaintes. La religion doit être pure, dénuée de fioritures, comme l’est l’islam.

Le père passera ses dernières années dans le Sudde la France. Survivant parmi ses souvenirs, menant une vie réglée comme celled’un officier dans un poste avancé au cœur de l’inconnu, conservant seshabitudes domestiques africaines, il perdra, un a un, les quelques liens quil’attachaient encore à l’Afrique, avant de se refermer sur lui-même en unmutisme résigné. C’est l’époque où les puissances mondiales, sous couvert dedécolonisation, laissent s’installer une sanglante anarchie dans les anciennescolonies, pour mieux en exploiter ensuite les richesses. Et sans cesse leClézio revient à l’Afrique, à cette enfance où s’est forgé l’homme qu’il estdevenu, un homme que la liberté enivre jusqu’à la douleur. C’est cet héritageque son père, l’Africain fou de plaines sans limite, lui a transmis.

 

 

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