Le blé en herbe

par

Vinca Ferret

Vinca, fille d'Auguste et Mme Ferret, a quinze ans lorsqu’elle apparaît pour la première fois au lecteur. Surnommée la « Pervenche », elle joue le rôle d’une héroïne remarquable. Colette commence par en faire un portrait physique quelque peu marqué par la nonchalance, à la surprise du lecteur qui s’attendait peut-être à une description un peu plus « féminine » et raffinée. On prend connaissance d’une jeune adolescente qui ne prend pas vraiment soin d’elle, avec « son chandail reprisé », « ses espadrilles racornies » et sa jupe qui « datait detrois ans ». Ces expressions accentuent le côté sauvage et innocent de la jeune fille parfaitement en harmonie avec la nature, puisque ses yeux ont « une couleur de pluieprintanière » et sa jupe « appartenait à la crevette et aux crabes ». A la fois grande et maigre, elle a l’air d’un garçon manqué avec ses « cheveux courts » et son attitude de « petit garçon ».

La personnalité de Vinca va évoluer tout au long de l’histoire. Tout comme Philipe, elle aussi va connaître des changements au niveau physiologique mais aussi sentimental, dus au « bourgeonnement » de l’adolescence qu’elle va exprimer de manière différente, voire opposée, par rapport à Phil. D’abord, le caractère enfantin de Vinca fait place à une adolescente qui veut s’effacer, qui parle et agit peu, docile, rougissante et qui se laisse dominer par Phil et ses parents.

« Derrière la fenêtre, les yeux de la Pervenche le suivaient, et les gouttes glissantes le long de la vitre semblaient ruisseler de ces yeux anxieux, d’un bleu qui ne dépendait ni de l’étain jaspé du ciel ni du plomb verdi de la mer. »

Le caractère de Vinca devient plus fort lorsqu’elle apprend la liaison de Phil, son ami de toujours, avec une autre femme. Elle rejette l’infidélité de Phil et se révolte contre lui. On assiste à une jeune fille blessée, sa souffrance étant perçue par la vague de violence verbale soutenue par des propos de femme, non plus celui de l’enfant. Elle dit : « Toi qui m’astrompée … Toi qui m’as délaissée pour une autre femme ». Désormais, Vinca est devenue « à l’aise dans sa fureur féminine ». Et, comme pour se venger, elle lui prouve son amour en acceptant que Phil la reconquière, physiquement cette fois-ci. Elle l’ « emprisonne dans son désir » et elle « se donne à lui ».

 « Il entendait son souffle trembler dans sa voix, et il tremblait aussi. Il retournait sans cesse à ce qu'il connaissait le moins d'elle, sa bouche. Il résolut, pendant qu'ils reprenaient haleine, de se relever d'un bond et de regagner la maison en courant. Mais il fut saisi, en s'écartant de Vinca, d'une crise de dénuement physique, d'une horreur de l'air frais et des bras vides, et il revint à elle, avec un élan qu'elle imita et qui mêla leurs genoux. Il trouva alors la force de la nommer « Vinca chérie » avec un accent humble qui la suppliait en même temps de favoriser et d'oublier ce qu'il essayait d'obtenir d'elle. Elle comprit, et ne manifesta plus qu'un mutisme exaspéré, peut-être excédé, une hâte où elle se meurtrit elle-même. Il entendit la courte plainte révoltée, perçut la ruade involontaire, mais le corps qu'il offensait ne se déroba pas, et refusa toute clémence. »

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Vinca Ferret >