Le Crime du Golf

par

Deux enquêteurs, deux styles

A. L’enquêteselon Giraud

 

Giraud arrive pour résoudre l’enquête en terrainconquis ; tout, selon lui, porte à croire que l’affaire sera d’unesimplicité enfantine.

 

1. Lesindices

 

Giraud a découvert un indice d’une importance primordialeselon lui : un mégot et une allumette non utilisée venant d’Amérique duSud, qui n’appartiennent pas à M. Renauld. Giraud suppose donc que lesmeurtriers ont laissé tomber ceci par inadvertance. Mais Poirot ne croit pas àcette théorie « Vous ne trouvez pasun peu curieux, intervint Poirot, que ces étrangers soient arrivés sans armes,sans gants et sans bêche, et que tous ces objets leur soient tombés sous lamain aussi commodément ? » On découvrira plus tard que ce ne sont pasdes étrangers qui ont commis le meurtre, et qu’il s’agissait d’une faussepiste.

Giraud pense que si la tombe de M. Renauld a été creuséesur le futur terrain de golf, cela prouve que c’étaient des étrangers quin’avaient pas connaissance de ce projet de chantier. En effet, le corps auraitété découvert dès le début des travaux. Poirot quant à lui ne croit pas à cettecoïncidence : « – Oui, ditPoirot d’un air de doute. Quiconque était au courant de ces travaux auraitenterré le corps ailleurs – à moins d’avoir voulu qu’on le découvre… Mais ça,ce serait franchement absurde, n’est-ce pas ? »

Ainsi si Giraud travaille sur la même enquête que Poirot,il n’utilise pas les mêmes indices, ce qui explique que leurs conclusions del’enquête ne soient pas identiques. Voyons ce que conclut Giraud.

 

2. Larésolution de l’enquête

 

Pour Giraud la résolution de l’enquête se fait très vite.Jack Renauld essayait de s’enfuir, il est donc forcément coupable. Il va doncl’arrêter pour le meurtre de son père : « Giraud désigna Jack Renauld d’un signe de tête. – Il a tenté des’échapper, mais j’ai été plus rapide que lui. Je viens de l’arrêter pour lemeurtre de son père, Paul Renauld. Poirot se retourna pour faire face au garçonadossé au chambranle, le visage mortellement pâle. – Et vous, jeune homme,qu’en dites-vous ? Jack Renauld le fixa d’un œil éteint. – Rien du tout,répondit-il. » Ainsi, même sans preuves et sans aveux, l’affaire pourGiraud est résolue.

Malgré le mégot et l’allumette, ce ne seraient donc pas,finalement, des étrangers qui auraient tué M. Renauld. Jack Renauld s’étaitdisputé avec son père quelque temps auparavant et avait proféré des menaces. Ilavait fait croire à son absence le soir du meurtre alors qu’il était présent.Et enfin l’arme du crime est un poignard lui appartenant. Plus de doute, c’estlui le meurtrier. Pourtant pour Hercule Poirot cette affaire est bien pluscomplexe, voyons son raisonnement.

 

B. L’enquêteselon Poirot

 

1. Lesindices

 

Si Poirot ne s’intéresse pas aux indices de l’allumetteet de la cigarette, quelque chose d’autre attire son attention. La porte de lavilla était restée ouverte le soir du meurtre, ce qui signifie que lesmeurtriers avaient des complices dans la maison. Pourtant, Poirot trouveillogique que la porte ne soit pas refermée. Giraud, lui, pense qu’il s’agitd’un simple oubli ou d’une erreur de la part des meurtriers. « – Je ne suis pas d’accord avec vous. Laisserla porte ouverte fait partie d’un plan, ou a été dicté par la nécessité, ettoute théorie qui ne prend pas ce fait en compte est nulle et non avenue. »

Poirot s’intéresse également à un petit morceau de tuyaude plomb trouvé près de la tombe. Giraud se moque de lui : « – Elle traîne peut-être là depuis dessemaines. De toute façon, ce bout de tuyau ne m’intéresse pas. » C’estpourtant une grossière erreur que fait là Giraud puisque ce tuyau a mis Poirotsur la piste. Il aurait servi à défigurer le cadavre pour rendre l’identificationplus difficile : « Ne vousai-je pas dit qu’un indice de soixante centimètres valait tout autant qu’unindice de deux millimètres ? »

 

2. Larésolution de l’enquête

 

Poirot trouve une ressemblance entre cette affaire et uneautre qui eut lieu quelques années auparavant, celle de Georges Conneau et deson amante (devenue Mme Renauld) avec qui il a organisé le meurtre du maridevenu gênant. Mais Georges Conneau s’est enfui et a disparu aux yeux de lajustice. Pourtant les deux affaires sont liées.

Georges Conneau a peut-être disparu mais il n’est pasmort. Il s’est installé en Amérique du Sud, puis il est revenu à Merlinvillesous l’apparence d’un homme respectable. Il s’appelle désormais Paul Renauld.C’est alors que son fils Jack tombe amoureux de Marthe Daubreuil, mariage qu’ilfaut à tout prix empêcher. Le plan était celui-ci : « Il fautqu’il [M. Renauld] se fasse passerpour mort, tandis qu’il fuira dans un autre pays où il pourra recommencer savie sous une autre identité. Mme Renauld le rejoindra plus tard, après avoirjoué le rôle de la veuve éplorée. Comme il est vital qu’elle contrôle latotalité de sa fortune, il modifie son testament. »

Lorsqu’un cheminot sous l’emprise de l’alcool et violentarrive par hasard dans le jardin des Renauld, M. Renauld se querelle avec luiet ce dernier décède d’une crise d’épilepsie. Le couple fait alors croire qu’ils’agit de M. Renauld. Mais pour que cela ait l’air d’un assassinat, ilspoignardent le mort. Ensuite, Mme Renauld monte dans sa chambre et se faitbâillonner et attacher par son mari. Il redescend et creuse une tombe pour lemort, il ne faut pas que l’identification soit trop facile.

Mais c’est alors que Marthe le poignarde dans le dos avecles outils préparés par M. Renauld lui-même. « Le premier crime, celui pour lequel M. Renauld nous a si imprudemmentdemandé d’enquêter, est résolu. Mais il se cache derrière un plus profondmystère qu’il sera difficile d’élucider, car le meurtrier, dans sa sagesse,s’est contenté d’utiliser les outils préparés par Renauld lui-même. C’était làun problème particulièrement déroutant, je le reconnais » expliquePoirot.

À travers cette enquête, Agatha Christie nous montrel’opposition de deux points de vue sur une même affaire. Même Hastings, l’amide Poirot, accorde parfois plus de crédit à Giraud. Néanmoins, l’auteureinsiste aussi sur l’excès de confiance et l’égoïsme dont Giraud fait preuve. Eneffet, en refusant de travailler avec Poirot, il a obéi à son ego sans sesoucier des indices découverts par le détective belge ; ainsi il acompromis ses chances de résoudre l’enquête. 

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