Le Crime du Golf

par

La morale et l’honorabilité au XIXe siècle et au début du XXe

         Dans Le Crime du golf, la découverte del’identité du coupable est moins surprenante que dans d’autres œuvres del’auteure. Le lecteur n’est pas si surpris de découvrir que Marthe Daubreuil estla meurtrière de Paul Renauld, en grande partie parce que celle-ci a grandisous la seule influence de sa mère, aux origines et à la moralité douteuses. SiAgatha Christie semble défendre la notion de l’hérédité du crime, c’est sansdoute en raison des préconceptions de la société du XIXe siècle,toujours prégnantes au début du XXe.

« Sa réputationgrandit encore quand on se mit à chuchoter qu’un mystère entourait sanaissance. Des gens affirmaient qu’elle était la fille illégitime d’ungrand-duc russe. D’autres prétendaient qu’elle était issue de l’unionmorganatique d’un archiduc autrichien. »

         En effet plusieurséléments du récit se rattachent aux origines, aux pratiques, à l’attitude et àl’occupation des personnages. Ainsi, l’auteure semble reprocher à Mme Daubreuild’avoir des origines incertaines. Même s’il n’est pas prouvé qu’elle soitréellement le fruit d’une aventure extraconjugale, la rumeur suffit à entacherla réputation et l’honorabilité du personnage. De même, Paul Renauld, mis àpart le fait qu’il ait tué un homme, voit son honorabilité mise en doute dufait qu’il soit parti faire fortune en Amérique latine. Et la mention de cefait semble suffire pour supposer qu’il aurait pris part à des activitésillicites.

         Il en va demême pour les nationalités, qui se voient rattacher des stéréotypescomportementaux, des caractères physiques comme de l’occupationprofessionnelle. Le personnage de Dulcie Duveen en est un exempleintéressant : non seulement elle est décrite comme « tropmaquillée » et « trop jolie », mais elle a en outre du sangitalien et des origines américaines, en plus d’appartenir au milieu duspectacle de par sa profession de chanteuse et d’acrobate.  

« – Et à quoiressemblez-vous quand vous êtes en furie ? demandai-je avec un sourire.

– À un vrai démon ! Dansces moments-là, je me fiche bien de ce que je dis ou de ce que je fais. J’aifailli descendre un type, une fois. C’est vrai ! Mais il faut avouer qu’il nel’avait pas volé. […]

– Ma sœur et moi. De ladanse, des chansons, quelques acrobaties et un soupçon de boniment. L’idée estoriginale et ça marche à merveille. Il y a de l’argent à faire avec ça. »

         DulcieDuveen semble contrevenir aux bonnes mœurs de l’époque, et ce par toute sapersonne. Une femme du milieu du spectacle ne saurait être de bonnemoralité ; de plus ses origines la rendent trop extravertie selon lesnormes sociales ; et pour finir son apparence physique équivaut de fait àune vanité incontestable dans le registre d’Agatha Christie.

         Il estintéressant de noter que cet exposé d’éléments permettant de présupposer demauvaises mœurs ne semble concerner que les femmes. L’origine ou l’occupationd’un homme peut paraître exotique ou originale, alors que chez une femme, ilserait un indicateur d’une honorabilité contestable. Pourtant Hastings épouseraCendrillon. L’acte paraît risqué, mais l’écart de conduite est envisageable,parce que c’est Hastings qui en prend l’initiative. Les critères d’honorabilitésont d’une importance cruciale dans l’œuvre ; la conclusion de l’ouvragen’y fait pas exception. Les Renauld et les Duveen finissent par quitter lepays, car ils n’ont de toute évidence pas leur place parmi les gens de bonnesmœurs.

« Quelques joursplus tard, Jack Renauld vint nous rendre visite, l’air résolu.

– Monsieur Poirot, jesuis venu prendre congé de vous. Je m’embarque dans quelques jours pourl’Amérique du Sud. Mon père gérait de puissants intérêts sur tout ce continent,et je vais recommencer une nouvelle vie là-bas.

– Vous partez seul,monsieur Jack ?

– Ma mèrem’accompagne, et je garde Stonor comme secrétaire. Il aime les contréeslointaines. »

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