Le Guépard

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Giuseppe Tomasi di Lampedusa

Giuseppe
Tomasi di Lampedusa est un aristocrate sicilien et un écrivain italien né à
Palerme (Sicile) en 1896 et mort à Rome en 1957. Son nom est passé à la
postérité pour son unique roman, Le
Guépard
, chef-d’œuvre de la littérature italienne, prolongé par le célèbre
film de Luchino Visconti.

Après la
mort de sa sœur Stefania, il est enfant unique, issu d’une des riches familles de
la noblesse palermitaine ; il sera ainsi duc de Palma, prince di Lampedusa
et Grand d’Espagne. Son enfance est marquée à la fois par la figure de sa mère,
dont la forte personnalité l’influencera jusqu’à sa mort quelques années avant
celle de son fils, et sa solitude d’enfant – qui préférait « être avec les
choses plutôt qu’avec les personnes », comme il l’analyse lui-même – qu’il
noie dans de nombreuses lectures.

Sa mère
lui apprend le français. Sa jeunesse a pour cadre le palais familial de Palerme
et ses vacances celui de Santa Margherita di Belice, au sud-ouest de Palerme
sur la péninsule sicilienne. À dix-neuf ans il commence à étudier le droit à
Rome mais ses études sont interrompues par son service militaire. Le jeune
Giuseppe est alors officier dans l’artillerie. Il ne quitte l’armée qu’en 1925
comme sous-lieutenant, sans doute par esprit d’antifascisme. Sa carrière
militaire est notamment marquée par un emprisonnement après la défaite de
Caporetto contre les Autrichiens et son évasion. La vie de Giuseppe Tomasi sera
désormais celle d’un aristocrate de son temps, entre les voyages qu’il
entreprend en compagnie de sa mère, les villégiatures, mais aussi l’entretien
de sa passion pour la littérature, qui le poussera notamment à écrire des
études sur des écrivains qu’il admire : Stendhal, Shakespeare, Gustave
Flaubert, ou plus généralement sur la littérature française, particulièrement
celle du XVIème siècle, et la littérature anglaise. Il compose aussi quelques
récits ou souvenirs d’enfance.

Durant la
Seconde Guerre mondiale, en tant que fils unique et gestionnaire des exploitations
agricoles familiales, Tomasi n’est pas appelé et se réfugie dans la commune de
naissance de son cousin, le poète Lucio Piccolo, à Capo d’Orlando, au nord de
la Sicile. La forte nostalgie qui marque l’œuvre de l’écrivain, son
indifférence vis-à-vis des biens matériels, seraient nées de la destruction des
palais familiaux durant le conflit.

Giuseppe
Tomasi voit souvent ce cousin poète, et c’est justement après une conférence
littéraire à Pellegrino Terme, au nord de la Lombardie, à laquelle il assiste à
son invitation, qu’il commence à écrire Le
Guépard
en 1954.

L’œuvre
était en gestation depuis vingt-cinq ans dans l’esprit de l’aristocrate. Il
s’agit d’une chronique ayant pour cadre la Sicile entre son rattachement au
royaume d’Italie en 1860 à l’occasion de la fin du Royaume des Deux-Siciles, et
le tout début du XXème siècle. Au centre de l’œuvre domine la figure du prince
Salina, dont le surnom, « le guépard », provient de l’animal qui
figure sur les armes de sa famille. Malgré son allure superbe, son appartenance
à une illustre lignée, l’homme ne peut trouver sa place au sein de
l’aristocratie qui l’entoure, société qui perpétue un décorum plein de faste,
désuet, qui vie sur un temps révolu. Il se réfugie alors dans l’observatoire
construit au sommet de son palais où il s’adonne à l’astronomie, de la même
façon que le jeune Giuseppe, solitaire, se perdait dans la littérature. Autour
du prince évoluent des personnages pittoresques entre son épouse hystérique, ses
nombreux enfants, la domesticité, les régisseurs de ses domaines, son
confesseur. Ceux-ci ont été inspirés à l’écrivain par son propre entourage et
sa famille ; la figure du prince Salina fait notamment écho à celle de
l’arrière-grand-père de l’auteur, même s’il lui attribue beaucoup de ses
sentiments personnels.

Le ton de
l’œuvre peut se faire tour à tour grave et cocasse. Elle offre un portrait de
la construction de l’unité italienne, au moment où les grands propriétaires
terriens doivent abandonner leur pouvoir et livrer leurs domaines devant une
bourgeoisie gagnant en force. Et comme on le voit dans l’œuvre, cette passation
de pouvoir ne se fait pas à l’avantage de la classe paysanne, qui subit les
trafics de la mafia.

Dans la
littérature italienne, l’œuvre aurait un précédent sous la forme des Vice-rois (I Viceré), livre de Federico De Roberto paru en 1894, mais
l’écriture en est précieuse, quand le style de Lampedusa est d’une grande
qualité.

Tomasi di
Lampedusa a terminé la rédaction du Guépard
un an avant sa mort, en 1956. L’écrivain aura aussi eu le temps d’adopter
Gioacchino Lanza, issu d’un groupe de jeunes intellectuels que l’homme d’âge
mûr avait commencé à fréquenter en 1953. Il donnait alors des conférences
littéraires à des étudiants dans son appartement de Palerme, de façon bénévole
– conférences qui seront ensuite éditées.

Mais l’écrivain
mourra amer, car son roman est dans un premier temps refusé, avant de paraître
posthumément en 1958, après que le romancier et poète italien Giorgio Bassani
l’eut repéré et que la jeune maison Feltrinelli eut bien voulu tenter
l’aventure éditoriale, avec succès. L’année suivante, le roman remporte d’ailleurs
le prix Strega, équivalent italien du prix Goncourt, et l’œuvre est lue à
travers le monde.

L’adaptation
cinématographique est notable, dans le sens où c’est un grand du cinéma
italien, Luchino Visconti, qui s’en charge, avec Burt Lancaster, Alain Delon et
Claudia Cardinale dans les rôles principaux. Le film remportera la Palme d’or
du festival de Cannes 1963 et prolongera le succès de l’œuvre écrite de
Lampedusa.

En 2007,
une nouvelle traduction paraît en France aux éditions du Seuil. Jean-Paul
Manganaro, essayiste et professeur de littérature italienne, a traduit la
mouture jugée comme la plus fidèle à l’idée que l’écrivain se faisait de son
œuvre, établie par le poète et critique italien Carlo Muscetta en 1969.

Un
recueil de nouvelles de Tomasi di Lampedusa paraît aussi après sa mort, Le Professeur et la Sirène (Racconti), dont les quatre textes ont
aussi été rédigés durant l’intense période créatrice que constituent les deux
dernières années de la vie de l’écrivain. Les
Lieux de ma première enfance
repose sur une géographie du souvenir entre les
différentes demeures habitées par le jeune Giuseppe. La Matinée d’un métayer devait entamer une suite du Guépard et représenter à nouveau la
Sicile d’une bourgeoisie triomphante, dans une vision encore plus pessimiste où
au temps des guépards succède celui des chacals. Le Bonheur et la Loi se situe dans la veine naturaliste du XIXème
siècle et le ton oscille entre la bouffonnerie et l’amertume, tandis que la
nouvelle éponyme pour la traduction française emprunte pour sa part les voies
de la fantaisie et du lyrisme. La valeur de ces nouvelles, en partie
autobiographiques, n’est pas anecdotique et leur qualité a pu être comparée à
celle de l’œuvre majeure de l’auteur.

Giorgio
Bassani parlait du Guépard comme
d’« une œuvre d’exception, une de ces œuvres auxquelles on travaille,
auxquels on se prépare, durant une vie entière. »

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