Le joueur

par

Résumé

Roulettenbourg, station thermale allemande au bord du Rhin, est connue pour ses casinos que fréquentent des touristes de la meilleure société. Après deux semaines d’absence le narrateur, un jeune Russe de vingt-cinq ans nommé Alexis Ivanovitch, précepteur des enfants d’un général, vient rejoindre la famille qui l’emploie dans la maison d’hôte où elle s’est installée. Il décrit d’une façon amusée, parfois cynique, les personnages de diverses nationalités qui gravitent autour d’eux, en découvrant peu à peu au lecteur les complexes relations d’intérêt qui les lient.

D’une intelligence inquiète et quelque peu rebelle, il ne supporte la mesquinerie environnante et la relative médiocrité de son statut que par amour pour la belle-fille du général, Paulina Alexandrovna, qui, hermétique à ses sentiments, semble s’amuser de son dévouement. Entre eux s’est instaurée une complicité un peu malsaine, et l’impulsif Alexis obéit de façon délibérément irréfléchie aux règles d’un jeu imposé par la belle jeune femme, qui prend soin de voiler ses sentiments et ses motivations.

Le Général, homme de belle prestance mais ruiné, révèle un caractère faible et anxieux : à cinquante-cinq ans, ce veuf, père de trois enfants, se révèle transi d’amour pour la jeune et plantureuse Mademoiselle Blanche, une Française qui réside à la pension accompagnée de sa mère, la veuve Mme de Comminges. Mais leurs fiançailles semblent compromises par la situation financière critique du Général, Mademoiselle Blanche étant avant tout une femme arriviste, dépourvue d’instruction et notoirement vénale.

La maison d’hôte accueille également celui que le narrateur appelle le « petit Français », le jeune Marquis de Grillet, un personnage méprisant, prétentieux, qui semble lié au Général par certaines affaires financières. Alexis compte toutefois un ami en ces lieux en la personne de M. Astley, un Anglais extrêmement timide et réservé dont il avait préalablement fait la connaissance dans un train. Alexis s’aperçoit rapidement qu’Astley partage les mêmes sentiments que lui pour la belle Paulina, mais le caractère effacé de l’Anglais semble lui interdire d’apparaître comme un concurrent sérieux.

Après s’être vanté de gagner facilement au jeu, Alexis est envoyé par Paulina, pour le faire miser à sa place, à la roulette de la gare. C’est en réalité la première fois qu’il foule le sol d’une salle de jeux et, quelque peu nerveux et dépité de jouer pour autrui, il finit pourtant par gagner et ramène l’argent à la jeune fille. Il est surpris de l’anxiété avec laquelle Paulina attend cet argent, et il se rend compte en outre que le Général et sa belle-fille attendent avec impatience le décès de la « Babouschka », la riche grand-mère de Moscou âgée de soixante-quinze ans, dont l’héritage pourrait les tirer d’une situation financière préoccupante.

La révélation de l’argent prêté par le Marquis de Grillet au Général et à Paulina explique le comportement suffisant du petit Français, qui paraît toutefois éveiller un certain intérêt chez Paulina. Alexis, qui en éprouve du dépit, incapable de refuser quoi que ce soit à son aimée, retourne à la roulette jouer pour elle malgré ses réticences. Cette fois, piqué par la fièvre du jeu et mû par une volonté quasi destructrice née de sa frustration, il perd les six mille florins confiés, s’attirant les remontrances du Général, joueur malchanceux lui-même.

Sur ces entrefaites survient un événement inattendu : l’arrivée à la pension de la « Babouschka » Antonida Vassilievna, venue suivre un traitement thermal. Loin d’être mourante, l’excentrique vieille dame va, par son franc-parler, bouleverser les conventions hypocrites de cette microsociété qui attendait sa mort. Colérique et autoritaire, elle ordonne à Alexis de l’initier aux joies de la roulette, provoquant l’inquiétude de tous ceux qui, directement ou indirectement, espèrent son héritage. Après une première grande victoire presque miraculeuse, la Babouschka se prend au jeu et devient une assidue de la roulette. Alexis, pris entre les feux croisés de tous ceux qui tentent désespérément de dissuader la joueuse, et ne sachant lui-même que trop bien les risques encourus, prend du recul et finit par se retirer. En peu de temps, l’entêtée aïeule va effectivement perdre toute sa fortune : meurtrie et diminuée, elle retourne à Moscou, en invitant Paulina, seul parente qu’elle apprécie vraiment, et Alexis, qu’elle considère presque comme étant de la famille, à l’y rejoindre.

La mésaventure de la Babouschka bouleverse la donne entre les protagonistes : tandis que Mademoiselle Blanche se cherche de nouvelles perspectives d’avenir plus intéressantes qu’un mariage avec un vieux général désormais sans héritage, le Marquis de Grillet disparaît, expliquant dans sa lettre d’adieu à Paulina qu’il va récupérer une partie de son argent en vendant des propriétés du Général, cédées pour compenser sa dette. Malgré la bienséance de ce courrier, qui lui assure la révocation de sa propre dette, la jeune fille en conçoit de la douleur et le montre, amère, à Alexis. Elle assure à ce dernier que sa détresse n’est due qu’à l’orgueil, et qu’elle souhaiterait seulement pouvoir jeter à la tête du marquis l’argent dont il vient de lui faire grâce. Alexis cependant pense ne plus se méprendre sur la nature des sentiments que nourrit Paulina pour le Français ; son obsession pour la jeune fille le dévore. Espérant la séduire par des gains d’argent, il retourne jouer à la roulette. Fiévreux, n’ayant plus rien à perdre, mû par la folie qui l’étreint, il va finalement gagner, et même beaucoup d’argent. Mais Paulina, visiblement très altérée, souffrant d’une crise de délire, rejette ces gains. Dérouté et sans but, Alexis accepte finalement l’offre de Mademoiselle Blanche de l’accompagner à Paris pour oublier sa peine en dépensant allègrement son argent. Il prend cette décision sur un coup de tête, comme jouant son destin sur un coup de dés, tout en sachant que la relation avec Mademoiselle Blanche ne va rien lui apporter. Il passe outre les recommandations de son ami Astley qui lui augure bien du malheur s’il ne se reprend pas.

En un mois de vie parisienne Alexis se retrouve effectivement ruiné. Le Général, qui les a suivis, se marie finalement avec Mademoiselle Blanche, et Alexis va continuer de jouer, travailler comme domestique, et même faire de la prison pour dettes. Un an et demi plus tard une rencontre avec Astley le met face à sa déchéance, et son ancien ami lui révèle que Paulina avait, en réalité, toujours été amoureuse de lui. Désespéré, mais en même temps anesthésié par le jeu, il va miser ses dernières économies, confiant à la roulette ses ultimes espérances de retrouver un jour son aimée.

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