Le joueur

par

La dépendance du héros.

L’argent fera donc le héros, mais le défera également, il sera la cause de son échec, la raison de sa décadence. Il avait prévu de donner cet argent à Paulina, pour ne plus être son esclave et ainsi prendre une nouvelle dimension, démarrer une autre vie : « Mais, naturellement il y a un but, dit-il à Pauline, mais je ne saurai vous expliquer lequel. C’est tout simplement qu’avec de l’argent je deviendrai pour vous aussi un autre homme et je serai plus esclave. – Comment cela ? Comment y arriverez-vous ? – Comment ? Alors vous ne comprenez même pas que je puisse parvenir à ce que vous me considériez autrement que comme un esclave ! Eh bien, j’en ai assez de ces surprises et de ces questions ! ». Cela devait lui permettre d’être autonome, choisir sa vie, être un soupirant crédible pour Paulina. Mais elle refusa son argent.

En effet, largement inspirée de sa propre expérience de dépendance vis à vis des jeux d’argent, Dostoïevski montre que l’argent et les jeux, dont il était dépendant peut détruire la destinée d’une personne. Alexei décide de quitter Roulettenbourg, et part pour Paris, accompagné de Mademoiselle Blanche qui retournait en France également. Mais elle va profiter de son argent, de sa générosité, de sa gentillesse et de sa bienveillance pour lui soutirer quasiment tout ce qu’il avait gagné, tout ce que Paulina avait refusé. Il finira par lui donner près de 50 000 francs, soit un quart de tout ce qu’il avait obtenu aux casinos, et se retrouvera dans la misère, une nouvelle fois. Au début, il avait assez d’argent mais à chaque fois qu’il ressentait un manque, il jouait, et a fini par perdre presque tout, sa chance l’ayant quitté. Il va être emprisonné également, car il devait beaucoup d’argent à des créanciers, et étant incapable de rembourser, la loi pénale française du 19ème siècle le permettait.

On voit ainsi que les jeux, au delà de l’argent a des répercussions sur la vie du joueur, ce qu’il reconnaît aussi : « j’avais misé sur ma vie », se dit-il. Il continuera de jouer le peu d’argent qui gagnera en tant que valet pour des familles à Paris, convaincu que la chance reviendra et qu’il refera fortune dans le jeu, sans que cela ne se reproduise. Comme Dostoïevski, Alexei est très endetté et continue quand même à jouer, avec l’espoir de se « refaire » : « Oui, parfois la pensée la plus folle, la plus impossible en apparence, s’implante si fortement dans votre esprit qu’on finit par la croire réalisable… Bien plus : si cette idée est liée à un désir violent, passionné, on l’accueille finalement comme quelque chose de fatal, de nécessaire, de prédestiné, comme quelque chose qui ne peut pas ne pas arriver ! »

Le roman est donc une œuvre autour de l’argent, l’appât du gain, l’envie et le besoin de gagner, le bonheur de courte durée, le fait d’être totalement emporté par la frénésie de ces jeux, la perte de repères et des valeurs, et finalement la déroute à tous les niveaux.

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