Le joueur

par

La réussite du héros

Le héros, ou personnage principal est également narrateur, il se nomme Alexeï Ivanovitch, et est âgé d’environ 25 ans. Il est russe et va vivre en Allemagne pour travailler. L’auteur s’est largement inspiré de sa propre expérience et de sa jeunesse pour construire ce personnage, ses relations, ses réactions, ses aventures et mésaventures. Il n’a quasiment pas d’argent, et est précepteur dans une famille quelque peu hétéroclite. L’argent est sa motivation, il doit en gagner pour vivre, survivre, et éventuellement avoir une meilleure situation sociale. C’est également une des raisons de ses craintes, qui l’empêchent d’avouer ses sentiments à Paulina, en pensant au départ qu’elle était bien plus riche que lui et donc qu’elle ne serait pas intéressée, puis en apprenant que sa famille était ruinée, que lui ne pourrait pas la sortir de la misère par son patrimoine.

Mais l’argent est sa fin, et son moyen. En effet, il va finalement décider d’avouer ses sentiments à Paulina. Il est tellement amoureux qu’il lui propose d’être « esclave », si elle en décidait ainsi, c’est à elle de choisir quel rôle il aurait pour elle : il serait même prêt à sauter dans le vide pour elle. Totalement dévoué à Paulina, on retrouve Alexei dans les casinos, où il pense avoir un don pour les jeux d’argent, croyant que c’est sa chance qui a tourné. Il ne joue pas son argent, il n’en a pas assez mais celui de la Baboulinka, sous ses ordres et ceux de Paulina, pour préserver la fortune de la vieille femme, et ainsi, l’avenir de la famille. Il est donc « le joueur » de la famille, jouant pour les autres, comme si c’était une vocation, un métier, pour lequel on était payé, ce qui justifie le titre de l’œuvre. Alexei joue l’argent de Baboulinka, et les bijoux de Paulina pour qu’elle rembourse ses dettes au marquis, qu’elle n’aime plus, et dont elle ne veut plus rien avoir affaire avec. La grand-mère âgée de 75 ans est totalement dépendante aux jeux : « Que la mort me saisisse, mais je me rattraperai ! Allez, en avant, et surtout pas de questions ! On peut jouer jusqu’à minuit, n’est-ce pas ? »

L’argent devient ainsi son moyen de travail pour la famille entre autres choses, mais aussi une fin : plus il en gagnera, plus la famille sera libre de son créancier, plus il sera reconnu.

Alexei va vite y prendre goût et aimerait en faire sa source de revenus : « En quoi le jeu serait-il pire que tel autre moyen de gagner de l’argent, que le commerce, par exemple ? », ou « À ce moment précis, je compris que j’étais un joueur. Mes mains, mes pieds tremblaient, ma tête bourdonnait. ». Et il devient quasiment dépendant et le manque d’argent propre lui pose problème, et il est malheureux de cette situation, convaincu de pouvoir gagner beaucoup d’argent s’il jouait pour lui même, et non plus pour les autres. Au fur et à mesure, il économise, et joue son propre argent, il touche le gros lot soit près de 200 000 francs et devient assez riche, s’inventant une vie mondaine, une nouvelle situation sociale et des fréquentations différentes. Il propose à Paulina de tout lui donner, se pensant au sommet de sa gloire, pouvant aider celle qu’il aime et la sortir de la misère. Mais cette dernière refuse son aide, et son argent, ce qui cause un revers au héros, et même une déception sentimentale, il se résout à quitter le pays et à aller vivre en France. Il faut noter que les lieux de vie du héros sont un moyen de critiquer ouvertement les deux pays européens que Dostoïevski détestait le plus, à savoir l’Allemagne et la France, ainsi que les allemands et les français, dépeints comme calculateurs, vicieux et mesquins comme des Grieux par exemple. Il en profite aussi pour affirmer la noblesse de son peuple, malgré leur situation financière : « La négligence des Russes n’est-elle pas plus noble que la sueur honnête des Allemands ? », « Pour moi, j’aimerais mieux errer toute ma vie et coucher sous la tente des Khirghiz que de m’agenouiller devant l’idole des Allemands », ou encore leur position par rapport à l’argent, le travail, l’industrie et donc le capitalisme « J’aime mieux me vautrer comme un Russe, ou m’enrichir à la roulette. Je ne veux pas, moi, devenir un Hoppe et Cie dans cinq générations. Moi, l’argent, je le veux pour moi-même, et je ne me considère pas comme une part indispensable et indivisible du capital ». Il critique aussi les français ; par le biais de Des Grieux, mais aussi de Mademoiselle Blanche qui plumera le héros à Paris : « Le Français est rarement aimable de premier jet ; on dirait toujours qu’il est aimable par ordre, par calcul. Si, par exemple, il voit la nécessité d’être, à l’encontre de l’ordinaire, fantaisiste, original, la fantaisie la plus absurde et le plus artificielle revêt chez lui des formes admises d’avance et depuis longtemps ramenées au rang des banalités. À l’état naturel, le Français ressort au positivisme le plus bourgeois, le plus ennuyeux, le plus plat. C’est, somme toute, l’être le plus ennuyeux qui soit au monde. »

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