Le Journal du séducteur

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Les ruses de séducteur : le parallélisme avec Dom Juan

Selon la philosophie de Kierkegaard, le premier stade humain est celui de l’esthétisme. L’Homme doit s’abandonner aux jouissances immédiates. Cette philosophie de vie est sans conteste identique à celle du Dom Juan de Molière, ainsi qu’à son propre héros. Ces deux auteurs traitent du séducteur dans l’exercice de son art, dévoilant les mécaniques et ruses qui leur permettent d’obtenir la faveur des femmes.

1. Un but commun

 

Si l’un souhaite juste obtenir l’accord d’un mariage, l’autre ne veut rien de moins que rendre folle d’amour sa proie, lui ôtant alors toute innocence. Cependant, leur plaisir reste le même : il faut savoir jouir des moments de séduction, car ce sont les seuls moments d’intérêt. Savoir briser une à une chaque barrière de la femme pour enfin la faire sienne. Ainsi, Dom Juan et Johannes nous clament des choses fort semblables : « On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d’une jeune beauté, […] à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu’elle nous oppose, […] et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. » (Dom Juan) ; chaque difficulté, tant qu’elle pimente la chose, est bonne à prendre : « La question des fiançailles ne constitue qu’une difficulté comique. Je ne crains ni les difficultés comiques, ni celles qui sont tragiques ; les seules d’entre elles que je redoute sont les difficultés ennuyeuses. » (Johannes).

Dans chacune des œuvres, on assiste donc à la « déchéance » d’une pauvre vierge, tombée dans d’inextricables filets, dont elle ne parviendra jamais entièrement à se défaire. Aucun de ces séducteurs n’éprouve de remords quant à sa conduite : celle-ci est toujours justifiée à leur yeux. Les femmes méritent toutes une certaine attention (« Ce n’est pas une unique beauté qui vous tient sous le charme mais un ensemble ») car chacune à sa beauté propre. Leur plaisir, leur jouissance se trouve dans cette chasse sans fin.

 

2. Deux mécaniques différentes

 

Cependant, il est intéressant de noter que chacun a sa propre manière de procéder. Dom Juan, lui, se sert de sa verve pour s’attirer les faveurs de la belle, la complimentant, et se servant de sa naïveté afin de l’amener à accepter sa demande en mariage. Johannes table sur un aspect plus psychologique. Il va peu à peu s’immiscer dans la vie de la jeune fille, sans que celle-ci n’en ait clairement conscience. Présent mais invisible, il n’en devient pas moins indispensable. Par des lettres, des mots, des regards, il accroît l’érotisme et la passion tout en restant dans les limites des convenances ; il « frustre » sa cible.

Bien qu’il possède un indéniable talent oratoire, c’est avec l’inconscient qu’il joue, s’amusant des répercutions qu’il crée dans l’esprit et des tourments qu’il cause. Sa méthode se révèle donc plus prenante, plus pointue et plus longue, mais le résultat est sans appel et irrémédiable : la jeune enfant ne peut plus se détacher de lui et l’abandon ne fait que renforcer l’amour qu’il a peu à peu insufflé en elle (« Tu as eu l’audace de tromper un être de telle façon que tu es devenu tout pour cet être, tout pour moi […] – je suis à toi, je suis tienne, ta malédiction. »)

Mais comme pour Dom Juan, une fois la jeune fille à ses pieds, celle-ci perd tout intérêt et il convient d’aller séduire une nouvelle proie.

 

3. Deux façons de considérer les femmes

 

Ce dernier point leur permet de rester deux personnages bien dissemblables. En effet, leur vision de la femme diverge. Pour Johannes, la femme est élevée en égérie : elle est belle, pleine d’esprit, de force, tout en restant réservée et prudente (« Elle a de l’imagination, de l’âme, de la passion. ») Loin d’être naïve, il faut développer mille stratagèmes pour l’atteindre sans l’effrayer, la séduire sans se rendre ridicule ou offensant. Il est nécessaire de ne pas l’attaquer de front sous peine de ne rien réussir du tout. Par ailleurs, Johannes charme plutôt les jeunes filles de la bourgeoisie, bien éduquées, savantes, celle qui savent user de leur « joute » verbale. Il ne se contente pas de leur simple beauté physique : il leur faut également une beauté d’âme et d’esprit. Dom Juan lui, ne vise pas de catégorie sociale particulière puisqu’il frappe aussi bien chez les nobles que chez les paysannes. Mais il se sert toujours de femmes naïves ou fragiles pour parvenir à ses fins, faisant miroiter le rêve d’une union noble et d’un amour sans faille.

         On peut donc constater que l’auteur s’est bel et bien inspiré du personnage de Molière, en y ajoutant cependant sa façon de voir les choses ainsi que l’évolution manifeste de la société et des femmes entre le XVIIème et le XIXème siècle. Il s’affirme également en utilisant son expérience personnelle car le personnage de Johannes est inspiré de sa personne et celui de Cordélia d’une de ses anciennes compagnes. 

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