Le Journal du séducteur

par

Une structure et une écriture particulières

D’entrée de jeu, l’auteur nous place dans une position particulière. Nous sommes les témoins de la lecture du journal intime de Johannes, effectuée par le narrateur dont nous ne connaissons rien. Il s’agit d’une mise en abyme : la mise en place d’une œuvre dans une œuvre. Ce procédé est généralement utilisé pour renvoyer le lecteur à sa propre personne, l’amenant alors à effectuer une réflexion sur lui-même. Il n’est désormais plus seulement spectateur passif mais acteur.

Par ailleurs, l’emploi du journal intime offre une seconde surprise : le lecteur est placé dans la position peu enviable du curieux, de l’intrus, puisqu’il s’immisce dans la vie d’un autre, qui plus est dans la vie amoureuse d’un autre. En lisant ce journal, nous découvrons un personnage intelligent, séducteur, manipulateur et dénué de scrupules.

 

1. Structure du roman

 

Le roman respecte tout d’abord le point de vue lié au journal intime, c’est-à-dire le point de vue interne. Le lecteur ne connaît que la vision de Johannes, ses impressions et ses sentiments. Ce point de vue subjectif limite donc le lecteur dans son jugement, et peut le mener à adhérer au point de vue de l’auteur sur l’amour et la séduction.

Comme un vrai journal, les paragraphes sont datés et disposés dans un ordre chronologique, sauf pour les lettres échangées entre l’auteur du journal et Cordélia. Très vite, le lecteur tombe sur les lettres enflammées de Cordélia pour son amant : « Johannes ! N’y a-t-il donc aucun espoir ? Ton amour ne se réveillera-t-il jamais à nouveau ? […] mais le temps viendra où tu retourneras auprès de ta Cordélia. Ta Cordélia ! Écoute ce mot suppliant ! Ta Cordélia ! Ta Cordélia. »

 

2. L’écriture

 

L’auteur possède un style d’écriture tout à fait particulier. Ici, alors que l’on parle de séduction, il a fait le choix de séduire son lecteur par un esthétisme poussé dans son écriture. Les phrases sont parfois pleines de fioritures, très descriptives, cherchant à mettre en avant le Beau. Il va, par exemple, user de personnifications pour évoquer la caresse du vent sur le corps des jeunes filles, se mettant à la place du vent, y apportant une touche esthétique et érotique : « glissez doucement au-dessus de sa tête, enlacez-là en l’effleurant innocemment […] les lèvres prennent un coloris plus prononcé, le sein se soulève […]Vite alors un souffle vigoureux, pour que je puisse deviner la beauté des formes ! ».

Le lexique du plaisir est également très présent, s’accordant ainsi avec la vision du monde de son héros. Ainsi, des termes tels que « jouir », « jouissance », « charnel », « érotique », etc. pullulent à travers les pages du roman.

Sören Kierkegaard use également des énumérations : « Ma fierté, mon obstination, ma raillerie froide, mon ironie sans cœur », de thèmes de la mythologie : « Elle aime, je crois, à conduire le Char du Soleil », et de formules latines : « Non formosus erat, sed erat facundus Ulixes, et tamen aequoreas torsit amore Deas ».

Sören  Kierkegaard a donc structuré son roman et mené son écriture de façon à s’accorder avec son personnage, le rendant troublant aux yeux de son lecteur.  

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