Le lai de Bisclavret

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Marie de France

On ne connaît pas
précisément l’identité de Marie de France, poétesse française du XIIe
siècle, auteure des fameux Lais. Son
nom de plume provient de l’épilogue de ses Fables où
figure : « Marie ai num, si sui de France », mais aussi du lai appelé
Guiguemar où elle le spécifie. Elle a
pour la première fois été appelée Marie de France par l’universitaire Claude
Fauchet en 1551, dans son Recueil de
l’origine de la langue et poesie françoise
. On a voulu l’identifier à plusieurs personnages historiques, dont trois
abbesses, de Shaftsbury, Reading ou Barking, la première étant la demi-sœur
d’Henri II Plantagenêt, mais encore Marie I de Boulogne (1136-1182) ou une
certaine Marie de Meulan.

Quatre travaux littéraires
ou ensembles de textes lui ont été attribués – d’abord les Lais bien sûr, puis cent deux fables, mais aussi L’Espurgatoire Seint Patriz ou La Légende de saint Patrick, et
finalement La Vie Seinte Audree ou Vie de Sainte Audrey.

La plus large fourchette des dates d’écriture possibles
de ses œuvres, déterminée par des
universitaires, va de 1160 à 1215.
On pense que les Lais, dédiés à un
« noble roi » qu’on pense être Henri II d’Angleterre, ou son fils
aîné, datent de la fin du XIIe siècle, entre 1160 et 1180. Cette
datation fait d’elle la plus ancienne
écrivaine
s’étant exprimée en
français
, Héloïse d’Argenteuil (≈ 1092-1164) ayant écrit en latin.

En raison de la présence
d’un dialecte anglo-normand dans ses écrits et du parcours de ses textes en
Angleterre, on pense que Marie de France serait née en France, probablement en
Bretagne, et aurait vécu sa vie d’adulte en Angleterre à la fin du XIIe
siècle, probablement à la cour du roi Henri II d’Angleterre et de sa femme Aliénor
d’Aquitaine. Quand l’auteure écrit « sui de France », il est possible
qu’elle réfère à Paris et à l’Île-de-France

 

Les Lais forment un recueil
de douze récits sous formes de
poèmes de quelques centaines d’octosyllabes chacun, à rimes plates, écrits en anglo-normand, qui lui ont été inspirés
dit-elle de ballades (ou lais musicaux) de ménestrels bretons – ils réemploient
donc des légendes orales bretonnes ou la matière
de Bretagne
. Seul le Lai de Lanval
fait référence au cycle arthurien. Le Lai du chèvrefeuille, le plus court
et le plus connu, réfère pour sa part à la légende de Tristan et Iseut. Il
semble qu’il s’agisse des premiers lais présentant des récits et ils forment
donc un nouveau genre en littérature.

Pour la plupart ils décrivent
un amour courtois qui se manifeste
au sein de triangles amoureux,
lesquels donnent lieu à de multiples aventures qui ne vont pas sans souffrances
ni pertes. L’amour y est souvent adultérin,
ce qui donne lieu à des condamnations, mais pas toujours, par exemple dans le
cas où l’époux trompé s’était montré cruel. La loyauté des amants est
importante en revanche. Mais ce n’est pas parce que l’amour est approuvé qu’il
est heureux ; il s’accompagne toujours de souffrance, et implique très souvent la perte ou le deuil. Les
amants se retrouvent complètement plongés dans leurs histoires d’amour, faisant
fi d’un mari jaloux ou des conventions sociales dans leur obsession. L’auteure
elle-même se concentre sur les individus et la société passe au second plan ;
elle exprime à leur égard pitié et compassion. Plusieurs des récits reposent
sur le tour dramatique de la reconnaissance familiale (Milon, Fresne, Yonec).

Du fait des mœurs
amoureuses plutôt libres de ses personnages, l’écrivaine contrevient souvent aux
dogmes de l’Église
, comme celui de la virginité avant le mariage. La femme
y apparaît bien plus forte que dans le rôle que lui réserve la religion. La conception de l’amour de l’auteure a
pu lui être inspirée par les troubadours, alors fréquents dans les cours
d’Angleterre, d’Aquitaine, d’Anjou et de Bretagne. Le registre en est souvent
merveilleux voire féerique, et les cadres de ses récits embrassent le monde
celtique, comprenant la Bretagne, la Normandie, l’Angleterre, le pays de Galles
et l’Irlande.

Ces textes se distinguent
par leur grande force poétique, une capacité à mêler la veine courtoise à un
registre merveilleux auquel participent fées (Lanval), loup-garou (Bisclavret) et oiseau bleu (Yonec). Le style en est simple, sobre, tout comme la composition. Seuls
cinq manuscrits des Lais subsistent,
dont un seul complet.

 

Les Fables de Marie de France
sont dédiées au « comte William », derrière lequel on a pu voir
William de Mandeville, ou le chevalier Guillaume le Maréchal (William Marshal),
ou encore William Longsword, fils illégitime d’Henri II, qui eût été son neveu
dans l’hypothèse ou Marie de France était la demi-sœur du roi. Il s’agit du
premier recueil de fables écrites en français. Composées vers 1170, elles reprennent
un fonds ancestral et universel sous la forme de récits allégoriques concis
ayant une dimension morale. L’ensemble des fables de Marie de France forme
l’ysopet – recueil de fables du Moyen Âge – le plus connu.

 

L’Espurgatoire Seint Patriz ou La Légende de saint Patrick est une
adaptation et une amplification d’un traité latin d’Henri de Saltrey, le Tractatus de Purgatorio Sancti Patricii.
Ce texte date de la fin du XIIe siècle ; il est en tout cas
postérieur à 1189. S’inscrivant dans la tradition du voyage dans l’au-delà, il
raconte le pèlerinage d’Owein, un chevalier irlandais parti expier ses péchés au
purgatoire du titre, situé sur une île du comté de Donegal, en Irlande, où des
démons tentent une nuit entière de le faire renoncer à sa religion, en vain, le
chevalier ne cessant de réaffirmer sa foi en Jésus-Christ.

 

La Vie Seinte Audree ou Vie de Sainte Awdrey est comme son
nom l’indique un poème hagiographique, écrit en langue anglo-normande, de près
de 5 000 vers. La sainte anglo-saxonne éponyme était une abbesse du VIIe
siècle, Etheldrète d’Ély (630-679), patronne de ceux qui souffrent d’affections
de la gorge et du cou. Il n’en reste qu’un manuscrit du XIVe siècle.
L’attribution à Marie de France de l’œuvre est le fait de la chercheuse
américaine June Hall McCash.

 

La poésie lyrique de Marie de France a grandement influencé les
écrivains qui lui ont succédé. L’écrivaine ne se contentait pas de narrer une
histoire mais y adjoignait des prologues
et des épilogues qui offraient une
nouvelle liberté d’écriture. Au XIXe siècle, en France, les romantiques redécouvrent ses lais. Ses Fables seront beaucoup imitées dès le XIIe
siècle jusqu’au XVIII; il semble qu’elles constituent son
œuvre ayant eu le plus de succès, puisqu’il en demeure toujours vingt-cinq
manuscrits, mais ce sont les Lais qui
furent ensuite ses œuvres les plus appréciées et étudiées.

 

 

« Les contes ke jo sai
verrais,

Dunt li Bretun unt fait les
lais,

Vos conterai assez
briefment. »

 

« Les contes que je
sais véridiques

Et dont les Bretons ont fait
des lais,

Je vous les conterai avec
concision. »

 

Marie de France, Guiguemar

 

« D’euls deus fu il
(tut) autresi

Cume del chevrefoil esteit

Ki a la codre se perneit :

Quant il s’i est laciez e
pris

E tut entur le fust s’est
mis,

Ensemble poënt bien durer ;

Mes ki puis les volt desevrer,

Li codres muert hastivement

E li chevrefoil ensement.

« Bele amie, si est de
nus :

Ne vus sanz mei, ne mei sanz
vus ! »

 

« Ils étaient tous deux

Comme le chèvrefeuille

Qui s’enroule autour du
noisetier :

Quand il s’y est enlacé

Et qu’il entoure la tige,

Ils peuvent ainsi continuer à
vivre longtemps.

Mais si l’on veut les séparer

Le coudrier meurt
promptement,

Le chèvrefeuille mêmement.

Belle amie, ainsi est de
nous :

Ni vous sans moi ni moi sans
vous »

 

Marie de France, Lai du chèvrefeuille

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