Le lai de Bisclavret

par

La place de la femme

Mariede France présente une société où la place de la femme est bien différente decelle qu’elle occupe de nos jours. En effet, la femme mise en scène par le Lai de Bisclavret est une femmemaladivement curieuse, manipulatrice, égoïste et traîtresse. Dès le début duroman, le lecteur éprouve de la compassion pour cette femme qui se croittrompée par son époux. Elle ne parvient pas à obtenir de son mari des réponsesjustifiant ses absences répétées et irrégulières. Toutefois, lorsqu’elleobtient les réponses à ses questions, elle manifeste un choc parfaitementcompréhensible. Mais elle fait le choix de priver son époux de son humanitéplutôt que d’accepter sa nature changeante ou de chercher le moyen de le priverde son animalité.

« Le chevalier laremercie courtoisement, il lui prend sa promesse et elle engage sa foi parserment. Puis elle lui raconte comment son mari s’en va, ce qu’il devient, etelle lui révèle tout l’itinéraire qui le conduit à la forêt. Après quoi, ellel’envoie dérober les vêtements de son mari. C’est ainsi que Bisclavret futtrahi et mis en mauvaise posture par sa femme. Mais, du fait qu’on 1e perdaitde vue bien souvent, l’opinion commune fut que, cette fois, il étaitdéfinitivement parti. »

Latrahison dont il est question ici est une trahison par l’épouse des vœux de sonmariage et du secret de Bisclavret. Elle manipule sans la moindre vergognel’amour d’un de ses prétendants pour faire de lui son complice dans samachination pour se débarrasser de son mari. Ainsi, bien que Bisclavret soit lepersonnage soumis aux métamorphoses, il est nettement plus noble que son épousedont l’animalité se manifeste dans son comportement. Il est intéressant deconstater que la métamorphose de l’homme en animal qui était très mal perçue dansla religion chrétienne et la société médiévale passe, au regard du châtimentsubi par les personnages, pour un crime moins odieux que celui de l’adultère dela femme.

« Il a banni et chassé lafemme du pays. Elle partit avec celui pour lequel elle avait trahi son mari.Elle en a eu beaucoup d’enfants ; on les reconnaissait facilement à leur air età leur visage : car, bien des femmes de leur descendance naquirent et,c’est la vérité, vécurent sans nez. »

Notonsque, de la progéniture de cette femme, seules les femmes et non les hommes sontmarquées d’un visage mutilé. Il y a ici une diabolisation de la femme adultère,qui est maintes fois punie pour son crime : d’abord par Bisclavret qui lamutile en lui arrachant le nez, ensuite par le roi qui la fait questionner,déposséder puis exiler, et enfin dans sa progéniture qui porte sur elle lamarque de la conséquence de l’adultère de leur mère. En fin de compte, le contesemble reprocher à la femme d’avoir été curieuse au point de se mêler desaffaires de son époux et de percer le secret de l’homme.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La place de la femme >