Le lai de Bisclavret

par

Un récit fantastique

Avant d’être un poème, un conte, une nouvelle ou même un chant, Le Lai de Bisclavret est d’abord un mythe. Marie de France s’est inspirée de la culture bretonne et comme dans toutes les légendes, l’histoire, bien que fictive, est appréhendée comme ayant une touche de réalité. À la fin de l’œuvre, l’auteure ajoute : « L’aventure que vous venez d’entendre est vraie, n’en doutez pas. On en a fait le lai de Bisclavret pour que l’on s’en souvienne toujours. ». La confusion qui naîtrait donc dans l’esprit du narrateur quant à la véracité de ce conte est le premier élément qui donne à cette nouvelle une aura mythique. Sont mentionnés des éléments surnaturels comme un loup-garou, les métamorphoses nocturnes, des vêtements magiques grâce auxquels on peut transiter de l’état d’animal à l’état humain, etc. Tout cela donne une dimension merveilleuse à ce conte, comme le font les combats chevaleresques et les créatures surnaturelles pour les romans courtois.

« Puisque j’entreprends de composer des lais, je ne veux pas oublier Bisclavret. En breton son nom est Bisclavret, mais les Normands l’appellent Garwaf. Autrefois on pouvait entendre raconter, et il arrivait souvent, que beaucoup d’hommes devenaient loups-garous et avaient leur gîte dans les bois. Un loup-garou c’est une bête sauvage. »

On se voit transiter d’un monde à un autre, où tout est permis et où l’impossible devient possible, comme dans la mythologique gréco-romaine. Enfin, relève de la magie la malédiction finale : en guise de punition, madame Bisclavret se fait arracher le nez et, dès lors, produit une descendance d’enfants sans nez.

Le choix d’un loup-garou comme héros, et le fait que les personnages sont limités tout au long du récit à des rôles bien précis donnent à ce lai l’aspect d’un conte merveilleux. Bisclavret désigne le héros sous ses deux formes, humaine ou animale ; l’épouse, le mari et le roi ne sont jamais désignés que par leurs titres, et ne dépassent à aucun moment ces désignations. Toutefois, l’élément qui fait du Lai de Bisclavret un récit fantastique plutôt qu’un récit merveilleux tient à l’attitude des personnages face à l’élément surnaturel. La transformation de Bisclavret n’est pas perçue comme un élément normal. Contrairement à des récits merveilleux où la présence d’une fée marraine ou d’une sorcière est acceptée par les personnages autant que par le lecteur, ici, la métamorphose du héros surprend son épouse qui ne parvient pas à concilier sa vie conjugale à la bestialité de son mari. Le roi manifeste aussi de la surprise et de la curiosité face au comportement du loup tout à fait noble qu’il rencontre dans les bois. Bien que la métamorphose en elle-même ne soit pas expliquée, et que la morale du récit s’apparente aux morales des contes merveilleux, le Lai de Bisclavret reste un conte fantastique par le mystère qui entoure la métamorphose, tant du point de vue des personnages que du point de vue des lecteurs.

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