Le lion

par

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Joseph Kessel

Joseph Kessel est un écrivain et journaliste français né en 1898 à Villa Clara, dans la Province d’Entre Ríos, à l’est de l’Argentine,
d’un médecin lituanien ayant fui les persécutions antisémites dans l’Empire
russe, et venu terminer son doctorat à Montpellier ; sa mère est également
russe, de la région de l’Oural. Joseph naît en Argentine car son père y est
alors médecin dans une colonie agricole. La famille vivra aussi un temps dans
la région d’origine de la mère avant de s’installer en France – déplacements
qui marquent très tôt le futur écrivain du sceau du cosmopolitisme. Joseph étudie au lycée de Masséna à Nice puis à
Louis-le-Grand à Paris. Il commence ses études en Russie et les poursuit en
France jusqu’à une licence de lettres
obtenue à la Sorbonne.

Dès le début de la Première
Guerre mondiale
il est quelque temps infirmier brancardier avant d’intégrer
le service de politique étrangère du Journal des débats alors qu’il a à
peine dix-sept ans. Reçu au Conservatoire, il hésite un temps avec une carrière
d’acteur mais en 1916 il s’engage
dans l’artillerie puis l’aviation
il découvrira cette camaraderie héroïque
que l’on retrouve dans son œuvre comme dans celle de Saint-Exupéry. À la
fin de la guerre il est volontaire pour partir avec un corps expéditionnaire en
Sibérie, où il se trouve au moment de l’armistice. Il y est un temps chef de
gare, puis il rentre en France en passant par la Chine et l’Inde.

Il reprend ses activités au Journal des Débats et collabore avec d’autres publications. Il
mènera de front toute sa vie une carrière à la fois de grand reporter et d’écrivain. En 1923 il publie L’Équipage, un roman à forte teneur autobiographique centré sur l’aspirant
Jean Herbillon qui connaît une amitié
virile
avec le lieutenant Claude Maury. Loin de l’enfer des tranchées,
malgré la guerre, l’on connaît de bons moments dans l’aviation – mais Jean
découvre bientôt qu’Hélène, la femme de Claude dont celui-ci parle souvent, et
son Hélène, sa maîtresse à lui, sont une seule et même personne. Avec L’Équipage, l’aviation rentre dans la
littérature. Kessel écrira d’ailleurs une biographie
remarquée sur Mermoz en 1939.

Kessel voyage à travers le monde pendant près de
cinquante ans comme grand reporter, notamment pour Paris-Soir. Il connaîtra entre
autres la révolution irlandaise ; il est notoirement connu pour être le
premier bénéficiaire d’un visa du tout nouvel État d’Israël (dont il
évoquera la naissance dans Terre d’amour
et de feu
en 1966) ; il s’intéresse à l’Aéropostale bien sûr et suit
les parcours de Mermoz et de Saint-Exupéry ; avec le commerçant et
aventurier Henry de Monfreid (1879-1974) il navigue sur la mer Rouge où il
traque les derniers négriers ; il rencontre encore Hitler, qu’il juge quelconque,
et même vulgaire.

En 1928 paraît Belle de jour, où Kessel
met en scène un couple d’apparence
parfaite : la sublime Séverine mariée au très beau Pierre, médecin de son
état. Mais l’épouse repousse constamment les ardeurs de son mari qui déploie
des trésors de patience. Sa froideur
amoureuse
se dissout cependant dans une maison de rendez-vous où elle devient une « machine
impure » dit-elle, où elle connaît une « joie bestiale,
admirable » – autant de plaisirs dissimulés qui vont finalement ruiner son
couple. L’œuvre exprime ainsi la scission
entre sentiment et plaisir
, entre le cœur de cette femme et son corps, qui
ne vibre qu’au contact du vulgaire, qui a honte de ne pas être aussi sublime
que le cœur.

Fortune carrée est un roman paru en 1932 où l’on distingue trois parties. La première
est centrée sur Igricheff, un bâtard kirghize parti dans une quête de gloire
pour égaler son père. La deuxième a pour cadre la mer rouge ; à bord d’un
boutre l’on retrouve le skipper Mordhom, endurci par dix ans de solitude et de
pauvreté, et le jeune Philippe, voyageur dilettante plein de tendresse et
d’ardeur. L’œuvre joue sur les contrastes entre ces deux hommes. La troisième
est centrée sur Philippe qui va prouver sa valeur lors d’une mission en
Abyssinie.

Durant la Seconde
Guerre mondiale
, après la défaite française, Kessel rejoint la Résistance ; il gagne Londres avec
son neveu Maurice Druon en
traversant les Pyrénées. C’est avec celui-ci qu’il écrit les paroles du bien
connu « Chant des partisans ».
L’écrivain aide les Forces françaises libres du général de Gaulle à maintenir
des liaisons avec la Résistance grâce à des survols de nuit de la France occupée. En 1943 il publie L’Armée
des ombres
, le roman symbolique de la Résistance, une œuvre qu’on
pourrait qualifier de « roman-reportage »
qui rend hommage à toutes ces personnes
ordinaires
, hommes et femmes, qui ont connu un sursaut de conscience et
accompli des actions extraordinaires :
agents de liaison, femme chef de maquis, ceux qui ont enduré la torture – tous sont
décrits en train de participer à la construction de ce mythe d’une France qui
n’abandonne pas, et qui ont permis de préserver une part de l’honneur français
lors de la libération du pays.

Parmi les œuvres les plus lues de Kessel figure Le
Lion
, parue en 1958, une œuvre émouvante qui raconte l’amitié entre
Patricia, une fillette, et King, un lion, dans une réserve kényane, le Parc Royal, près de Nairobi, dont le père de la
jeune fille, John Bullit, est le directeur. Le narrateur décrit fasciné sa découverte
des animaux et de cette fillette qui semble savoir leur parler à tous.

En 1960 Les Mains du miracle romancent
l’histoire du docteur Kersten, un
personnage historique dont « les mains », miraculeuses donc, soulageaient
les douleurs de Himmler, le chef de
la Gestapo, grâce à des massages
médicaux
qu’il avait appris de praticiens tibétains. On a ici affaire à un
Himmler quelque peu naïf, largement influençable, et Kersten d’aligner les succès diplomatiques : il parvient
notamment à éviter la déportation massive en Pologne d’une partie du peuple
hollandais.

En 1962,
Joseph Kessel est reçu à l’Académie
française 
; il ne manque pas de noter que c’est un Juif né russe que
l’on reçoit sous la coupole, et d’en féliciter ses nouveaux pairs. Il écrit désormais
de vastes fresques historiques dont
la plus lue est Les Cavaliers, parue en 1967, dont les personnages revêtent une
dimension épique. On y découvre l’Afghanistan de Kaboul aux grandes
steppes, dont les paysages sont présentés de façon majestueuses – mais ils
abritent de sombres drames, et Kessel de narrer les quêtes, les destins d’Ouroz
ou de Mokkhi, selon qu’ils apprennent la défaite ou l’amour, au gré d’histoires
qui mettent en jeu la fierté, l’honneur et la cupidité. Kessel n’oublie pas
d’évoquer les coutumes, les légendes, la cuisine, toute la culture du peuple
afghan qu’il a pu découvrir à l’occasion d’un voyage effectué pour le compte de
l’Organisation mondiale de la santé.

 

Joseph Kessel meurt en 1979 d’une rupture d’anévrisme. Il aura appartenu à cette
génération d’écrivains de l’entre-deux-guerres dont les œuvres illustraient leur
proximité avec un monde contemporain qu’ils
parcouraient en explorateurs et dont
ils avaient une connaissance très
directe
, tels Pierre Mac Orlan, Blaise Cendras, Hemingway ou André Malraux.

 

 

« Ces gens auraient pu se tenir tranquilles. Rien ne les
forçait à l’action. La sagesse, le bon sens leur conseillait de manger et de
dormir à l’ombre des baïonnettes allemandes et de voir fructifier leurs
affaires, sourire leurs femmes, grandir leurs enfants. Les biens matériels et
les liens de la tendresse étroite leur étaient ainsi assurés. Ils avaient même,
pour apaiser et bercer leur conscience, la bénédiction du vieillard de Vichy.
Vraiment, rien ne les forçait au combat, rien que leur âme libre. »

 

Joseph Kessel, L’Armée des ombres, 1943

 

« La tragédie de la grandeur est d’avoir à fouler des
cadavres. »

 

Joseph Kessel, Les Mains du miracle, 1960

 

« Alors, avec une stupeur émerveillée, où, instant pas
instant, se dissipait ma crainte, je vis dans le regard que le grand lion du
Kilimandjaro tenait fixé sur moi des expressions qui m’étaient lisibles, qui
appartenaient à mon espèce, que je pouvais nommer une à une : la
curiosité, la bonhomie, la bienveillance, la générosité du puissant. »

 

Joseph Kessel, Le Lion, 1958

 

« Il n’y avait là que
bergers et routiers au sommeil, enveloppés d’étoffes à la vérité lamentables,
sales, effilochées, déchirées, guenilleuses, mais que la magie de la pénombre
changeait en molles et nobles draperies de même qu’elle suspendait soies et
velours aux murs délabrés. Et si, parfois, dans un visage indistinct, se levait
une paupière, l’œil avait la densité d’un bijou obscur. »

 

Joseph Kessel, Les Cavaliers, 1967

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