Le lion

par

La fascination qu’engendrent les Massaïs

A-          La fierté des Massaïs

 

Les Massaïs, avec le lion, sont au centre de l’œuvre. Le narrateur dès le début du récit est sous le charme de cette tribu kenyane qu’on ne peut confondre aux autres. En effet, « Un voyageur pouvait aisément confondre les Jalluo, les Embu, les Wakamba, les Kikouyou, les Mérou, les Kipsigui et tant d’autres tribus noires qui peuplaient le Kenya. Mais s’il avait croisé, ne fut-ce qu’une fois, dans les grandes plaines raides et dans la brousse ardente quelques Massaïs, il ne pouvait plus les oublier ni les méconnaître ». Ceci tient essentiellement à la fierté qui les caractérise, aussi bien dans l’attitude que dans la posture qu’il décrit ainsi : « Il y avait cette démarche princière, paresseuse et cependant ailé, cette façon superbe de porter la tête et la lance et le morceau d’étoffe qui, jeté sur une épaule, drapait et dénudait le corps à la fois. » Et, ajoute-t-il, « tous, ils allaient les reins fermes, la nuque droite et le front orgueilleux. » Attitude nullement justifiée par une quelconque aisance matérielle puisqu’ils vivent dans un dénuement presque total. Cependant, « la tribu, ou plutôt le clan dont ce malheureux bétail était le bien unique, ne portait aucun des stigmates habituels de la misère : crainte, abêtissement, tristesse ou servitude ». Ce paradoxe trouve sa source dans une philosophie de vie extrêmement élevée qui met la fierté au-dessus de toute autre valeur. Cette conception du monde, partagée même par les moranes, ces jeunes qui n’ont pas encore acquis un statut d’homme au sein de la tribu, est renforcée par un dédain des biens matériels qui se fonde sur la croyance que « Personne au monde n’était aussi riche qu’eux, justement parce qu’ils ne possédaient rien et ne désiraient pas davantage. » Ainsi, pour le narrateur, les Massaïs se définissent fondamentalement par « cette liberté orgueilleuse, absolue, indicible qui n’envie rien ni personne parce que les solitudes hérissées de ronces, un bétail misérable et les armes primitives qu’il façonne dans le métal tiré du lit sec des rivières comblent tous ses soins et qu’il est assez fier pour ne point laisser sur la terre des hommes, ni maison, ni tombeau. »

  

B-          La bravoure des Massaïs

 

Outre leur fierté, une autre raison de la fascination exercée par les Massaïs sur le narrateur tient principalement à leur bravoure, « insensée, inspirée ». Le passage à l’âge d’homme est conditionné par une épreuve où les jeunes, armés seulement d’un bouclier et d’une lance, doivent sortir victorieux d’un affrontement avec un lion. Cette épreuve, qui peut à première vue paraître barbare, n’a pourtant rien d’un acte inconsidéré puisque le Massaï sait que « le cuir des meilleurs boucliers n’arrête pas les griffes du lion ». Cependant, tel est le chemin qui doit mener le jeune à se transcender. Ainsi en est-il  pour Oriounga, le jeune Massaï amoureux de Patricia dont l’auteur ne reconnaissait pas la silhouette dont il dit qu’elle « semblait sortir de la nuit des temps. Un bouclier tenu à bout de bras la précédait et, couronnant la tête aux reflets d’argile et de cuivre flottait, à la hauteur du fer de lance, l’auréole royale des lions. Armé, paré selon la coutume sans âge, Oriounga le morane venait pour l’épreuve – qui d’un Masaï faisait un homme et pour par elle gagner Patricia. Et plus ardent, plus brave, plus brave que les ancêtres, il venait seul. » Seul, là où un chasseur expérimenté comme Bullit, véritable « écumeur de la brousse », affirme que « même avec un calibre lourd dans les mains on essaie de se faire plus petit quand un lion vient à vous de cette manière ». Face à tant de courage, on comprend les sentiments du narrateur pour cette étrange tribu, dosage parfait de sagesse, de bravoure et de fierté, spécifique aux plateaux du Kenya. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La fascination qu’engendrent les Massaïs >