Le Marchand de Masques

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Résumé

Valentin Sarabosse, jeune homme de vingt-cinqans, est un obscur fonctionnaire à la préfecture de la Seine, chargé d’examinerd’arides rapports financiers sous l’œil vigilant de sa sous-chef de bureau,Mlle Filoutier. Dans le Paris de 1935, il étouffe dans sa vie terne et sansattrait. Un soir sur deux, il passe un moment avec son seul ami, GastonPellurin, un garçon massif et creux, seulement capable de parler du prochainbon repas que les deux hommes dégusteront. Valentin partage un petitappartement avec son père Raoul, alcoolique désabusé qu’il va chercher chaquesoir au café du coin, et supporte les vantardises brutales de son frèreGeorges, un grand benêt hâbleur qu’il déteste et qui le méprise. Le grandplaisir de ce dernier est de taquiner méchamment Valentin sur ses amoursinexistantes et ses ambitions : Valentin veut devenir écrivain. En fait,Valentin est écrivain.

En effet, le petit fonctionnaire brûle dedevenir un auteur reconnu. Il a déjà écrit un ouvrage, Foudres, un crivirulent au style novateur, qui a été publié mais que personne n’a lu. Sonéditeur, Firmin Bolério, aimerait voir Valentin adoucir son propos et adopterun style plus académique, mais le jeune auteur s’y refuse. Un écrivain digne dece nom ne doit pas galvauder son talent à des fins commerciales. Au moinsBolério a-t-il convaincu Valentin d’adopter un pseudonyme, transformantSarabosse en Saragosse. Pour l’heure, Valentin Saragosse travaille à undeuxième ouvrage, Le Gardien des égouts, dans la même veine que le premier.Il écrit pendant les longs moments d’ennui que lui réserve son emploi defonctionnaire au service des budgets, déjouant facilement la surveillancebienveillante de Mlle Filoutier.

Un soir, Valentin est convoqué par Bolério. Dansla salle d’attente de l’éditeur il rencontre un auteur de la maison, unécrivain connu, Martial Monfils. Ce dernier adresse la parole à Valentin, luiparle avec une bonhomie bienveillante et l’invite à venir le voir chez lui unsoir prochain. Malgré sa répugnance pour les mondanités, Valentin accepte.Puis, c’est au tour de Bolério de pousser le jeune homme à sortir dans lemonde. Quand ses œuvres ne sont pas mentionnées dans la presse – et c’est lecas de Foudres –, un écrivain doit fréquenter les salons littéraires.Aussi l’éditeur annonce-t-il au jeune homme qu’il est invité le vendredisuivant par Mme de Gardisson dont le salon est un des plus brillants de lacapitale. Là, il rencontrera des gens influents. Bon gré mal gré, Valentinaccepte. Mais il doit d’abord honorer l’invitation de Martial Monfils. QuandValentin pénètre dans le petit appartement de l’écrivain, il découvre unbric-à-brac d’objets religieux de mauvais goût et de piètre facture. Monfilscommence à lui tenir un discours assez confus sur les bienfaits de la foi, maisne tarde pas à entrer dans le vif du sujet : séduire Valentin. Celui-ciprend immédiatement la porte, sous les ricanements de Monfils. Puis c’est autour du salon de Mme de Gardisson : là, Valentin se trouve isolé au milieude gens qu’il ne connaît pas, qui ne le connaissent pas, et qui n’ont nulleenvie de le connaître. La jeune fille de la maison, Solange, adolescente dequinze ans, lui présente un plateau de médiocres petits-fours avant des’envoler vers un autre coin de la pièce. Mme de Gardisson papillonne d’uninvité à l’autre et présente Valentin à une de ses amies, Émilienne Carisay. Àla grande surprise de Valentin, elle a lu Foudres, et l’a aimé. Laconversation s’engage, et deux esprits se rencontrent, partagent, échangent…Valentin est aux anges, d’autant qu’Émilienne est une charmante quadragénaire.

Quelque temps plus tard, Valentin croise Émilienneà une vente de charité, puis Émilienne l’invite chez elle. Ils entament une liaisonpassionnée, à la fois physique et intellectuelle. Valentin découvre lesplaisirs de la chair, et pour la première fois rencontre quelqu’un qui nonseulement aime ce qu’il écrit mais l’encourage à poursuivre dans cette voie.Émilienne Carisay est une femme influente qui n’hésite pas à faire pression surl’éditeur Bolério pour que soit édité Le Gardien des égouts, pourtantplus radical que Foudres. Le succès n’est pas au rendez-vous maisqu’importe, Valentin aime et il est aimé.

Hélas, cette félicité ne dure pas. Un soir,Émilienne annonce à Valentin qu’elle porte son enfant. Bien qu’elle l’aime,elle congédie Valentin pour épouser un autre homme capable de lui assurer untrain de vie convenable. Ulcéré, Valentin s’en va et détruit toute trace deleur liaison. Il plonge dans la rédaction d’un nouveau manuscrit, et ils’étourdit dans les bras de Corinne Maupou, une jolie jeune femme un peu sotte,qu’il traite souvent avec une certaine violence, comme si, à travers elle, ilcherchait à se venger d’Émilienne. Et un soir, après avoir dédicacé Le Gardiendes égouts à Corinne, il écrit une lettre ardente et passionnée à Émiliennedont il vient d’apprendre le mariage, puis la poste. Il rentre ensuite chez luioù il s’ouvre les veines.

Un nouveau narrateur apparaît, le neveu deValentin. Nous sommes dans les années 1990. Le fils de Georges Sarabosse vaentreprendre de rédiger la biographie de Valentin Saragosse, illustre écrivainmaudit. En effet, après la guerre, le fils de l’éditeur Firmin Bolério a eul’idée de publier Richesses intérieures, ultime manuscrit de Valentin.Le succès a été immédiat, et une gloire posthume entoure maintenant le jeunehomme. Le neveu est un paisible quinquagénaire qui entreprend d’interroger lestémoins de la vie de cet oncle qu’il n’a pas connu. Très vite, il constate quechacun décrit un Valentin unique, comme si l’écrivain changeait de masque selonl’interlocuteur. De plus, chacun a reconstruit une vérité : d’abord,Georges a toujours adoré et admiré son frère ; Martial Monfils déclarequ’il était sur le point d’amener Valentin à la foi chrétienne ; MlleFiloutier de son côté évoque le souvenir d’un Valentin qui aurait été unfonctionnaire modèle et dévoué ; Gaston Pellurin décrit abondamment deprétendus échanges intellectuels avec Saragosse, tandis que celle qui fut lajeune Solange de Gardisson brosse le portrait d’un Valentin qui aurait été unpilier du salon littéraire de sa mère ; enfin, Corinne Maupou se décritcomme la muse de Valentin et la cause indirecte de son suicide. Quelle est lavérité ? Avec les pièces de ce puzzle disparate, l’apprenti biographeparvient à peindre un Valentin amoureux de Corinne, épris de spiritualité,amateur de longues discussions avec son meilleur ami et choyé par une familleaimante.

Le livre est sur le point d’être publié, lesuccès commercial est proche. C’est à ce moment qu’une femme contacte le neveude Valentin, la belle-fille d’Émilienne Carisay. Celle-ci est décédée et alaissé une masse de papiers. Il se trouve qu’elle connaissait une fouled’écrivains, peut-être Valentin Saragosse était-il du nombre ? Libre aubiographe de fouiller ces archives, si le cœur lui en dit. C’est ce que fait leneveu, qui finit par découvrir l’ultime lettre de Valentin à Émilienne, missivepassionnée qu’elle a conservée. À sa lecture, il comprend que tout son travails’effondre : le Valentin Saragosse qu’il a décrit n’est pas le vrai. Illui faut maintenant choisir : dire la vérité et jeter aux orties le fruitde plusieurs mois de travail, ou garder le silence. Il décide de se taire, et détruitla lettre. Sa biographie de Valentin Saragosse, tout inexacte qu’elle soit, estun succès éclatant – et Valentin Saragosse se retrouve pour l’éternité dissimuléderrière un dernier masque, et demeurera inconnu.

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