Le Passeur

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Résumé

Dans un futur lointain, quelque part sur Terre, Jonas est sur le point de vivre un moment capital : la cérémonie au cours de laquelle il va devenir un douze-ans. Il quittera le monde de l’enfance, ses jeux, les périodes de travail volontaire, les longues heures d’école consacrées à l’apprentissage des lois de la communauté, et connaîtra enfin la tâche que les sages lui ont assignée et que, toute sa vie, il accomplira. Cette tâche, les sages l’ont choisie parce que Jonas, depuis sa plus tendre enfance, est observé, comme chaque membre de la communauté, et ce sont ses actions qui vont permettre au Comité des sages de choisir pour lui ce que sera sa vie d’adulte. Pour l’heure, il attend la cérémonie.

Son père, nourricier au centre pour tout petits enfants, sa mère, ingénieure, et sa petite sœur Lily seront à ses côtés quand il deviendra un individu à part entière. Il aime à se souvenir des cérémonies des années précédentes, comme celle où sa famille a accueilli Lily quand elle est devenue une un-an et que son nom lui a été attribué. Il se souvient de sa joie quand, à huit ans, il a reçu, ainsi que tous les enfants de son âge, sa première bicyclette. À chaque année sa cérémonie, et chaque année une étape est franchie. Entretemps, la vie de Jonas est encadrée par son emploi du temps quotidien, par les strictes lois qui régissent la communauté et qu’il n’est pas question d’enfreindre, et rythmée par les annonces lancées par les haut-parleurs partout présents, jusque dans les foyers.

Ainsi, c’est par une annonce publique qu’un jour le haut-parleur a rappelé à Jonas qu’il était interdit de rapporter de la nourriture à la maison. En effet, Jonas et son meilleur ami, Asher, avaient innocemment joué à se lancer une pomme, sur le chemin du retour, et Jonas avait gardé le fruit chez lui. La réprimande ne s’était pas fait attendre, mais la faute de Jonas avait une cause : en jouant avec cette pomme en guise de balle, Jonas avait remarqué de fugaces changements : le fruit changeait quand il filait dans l’air entre les garçons. Asher, lui, n’avait rien remarqué. Mais c’était du passé, et Jonas a compris la leçon ; on respecte les lois. Par exemple, quand chaque membre de la cellule familiale raconte ses rêves, le matin, Jonas n’a pas manqué de parler de ce rêve étrange où il se voyait donner un bain, comme il le fait à la Maison des anciens quand il aide à laver les vieillards, à sa camarade Fiona. Sa mère a alors commencé à lui donner, chaque matin, une pilule propre à éteindre en lui toute pulsion sexuelle.

Et puis il y a Gabriel. Gabriel, c’est un petit enfant dont le père de Jonas prend soin, et qui ne parvient pas à trouver un sommeil réparateur quand la nuit vient. Le père a reçu l’autorisation de l’emmener chez lui chaque soir, afin de l’aider à dormir. Il va passer quelque temps dans la cellule familiale de Jonas, où il a été accueilli avec gentillesse. Mais si l’expérience échoue, il devra être élargi. Jonas ne sait pas ce en quoi consiste exactement l’élargissement, il sait seulement que les Anciens sont élargis, au cours d’une belle cérémonie, et que nul ne revoit plus celui ou celle qui a été élargi.

Mais qu’importe, décembre est là, l’heure de la cérémonie a sonné. Jonas voit ses camarades appelés par la Grande Sage et un métier est attribué à chacun. Asher va devenir responsable des loisirs, Fiona va œuvrer à la Maison des Anciens, et Jonas… n’est pas appelé. Les autres douze-ans défilent sous les applaudissements tandis qu’il reste là. Ce n’est que lorsque tous ont été appelés que la Grande Sage apprend à la communauté qu’un grand honneur échoit à Jonas : il va devenir le prochain dépositaire de la Mémoire. Il n’y a qu’un seul dépositaire dans la communauté, et son rôle de conseiller le met à part du reste de la population ; il est le plus haut membre du Comité des sages. Dès le lendemain de la cérémonie, Jonas fait connaissance de celui qui va tout lui apprendre, le dépositaire actuel : le Passeur. C’est un vieil homme qui vit dans un lieu confortable et bien meublé, dont les murs sont tapissés de centaines de livres – Jonas ignorait qu’il en existât d’autres que les recueils de lois – et qui reçoit Jonas avec une grande bonté. Cependant, il l’avertit : l’apprentissage sera long, exigera le secret le plus absolu, entraînera parfois de grandes souffrances et enfermera le futur dépositaire dans une solitude de plus en plus grande. Puis il procède à un étrange rituel : il enjoint à Jonas de s’allonger sur un lit confortable, pose ses mains sur le dos du garçon, et Jonas découvre alors un monde enchanté, plein de visions et de sensations inconnues : là, il se trouve au sommet d’une montagne (il n’en a jamais vu), assis sur une luge (il ignore ce qu’est cet objet) tandis que tombe du ciel une étrange substance blanche et glacée : de la neige ! Jonas se voit dévaler la pente, il vit la descente, il exulte ! Le Passeur vient de lui transmettre son premier souvenir.

En effet, le dépositaire possède en lui les souvenirs de toute la race humaine, qui troubleraient l’harmonie de la communauté s’ils étaient partagés par tous. Si Jonas a été choisi, c’est qu’il possède le don de voir au-delà des choses, comme quand il a aperçu le changement de la pomme. Ce qu’il a vu ce jour-là, c’est la couleur rouge, qu’il ne connaissait pas. Comme tous les membres de la communauté, il ne connaissait que la morne absence de couleur, car tous ont oubliées ces phénomènes de la lumière. Grâce au Passeur, Jonas découvre le jaune du soleil et sa chaleur, le vert de l’herbe et sa douceur, et le bleu du ciel. Malheureusement, il lui faut aussi découvrir la douleur qu’engendre la blessure, la souffrance que provoque l’agonie, l’horreur qui naît de la guerre.

Les privilèges du dépositaire de la Mémoire s’accompagnent de terribles contraintes. D’ailleurs, la douze-ans qui, dix ans plus tôt, avait été choisie comme future dépositaire, n’a pas résisté. Rosemary, tel était son nom, n’a pas supporté le poids terrible des souvenirs douloureux et a demandé à être élargie. Cet échec pèse lourd sur le cœur du Passeur : Rosemary était sa fille. Il fait prendre conscience à Jonas qu’il existe un Ailleurs plein de couleurs, d’émotions, d’humanité. Dans le même temps, Jonas prend soin de Gabriel, qui dort maintenant dans sa chambre. Afin d’apaiser son sommeil, l’apprenti dépositaire fait passer au bambin de doux souvenirs, bien que ce soit interdit. Au fil du temps, Jonas découvre ce qu’est ressentir une émotion, et quand le Passeur lui transmet son plus beau souvenir – une famille réunie, toutes générations confondues, au sein d’un foyer pendant une fête de Noël –, Jonas apprend ce qu’est l’amour. Malheureusement, il apprend aussi ce qu’est l’élargissement quand il voit sur un écran son propre père élargir un nourrisson : le bébé est tué au moyen d’une injection.

Un an a passé. Gabriel, malgré les semaines passées au sein de la cellule familiale de Jonas, n’a pas trouvé son équilibre et le père annonce qu’il sera élargi le lendemain. Jonas sait ce que cela signifie, et il n’est pas question qu’il laisse les choses suivre leur cours. Avec la complicité du Passeur, il décide de fuir la communauté en amenant avec lui Gabriel. Il sauvera l’enfant et libérera les souvenirs qu’il a acquis, qui se répandront dans la communauté et rendront à ses membres l’humanité qu’ils ont perdue. Jonas vole la bicyclette de son père, place Gabriel dans le siège et tous deux prennent la route. Ils voyagent la nuit, se cachent le jour. On les recherche, mais nul ne les trouve. Mais les vivres viennent à manquer, puis la pluie tombe, ils ont faim, ils ont froid. Jonas transmet à Gabriel ses plus beaux souvenirs, des souvenirs de soleil et de chaleur, qui apaisent momentanément l’enfant. Mais cela ne suffit pas, et Jonas est épuisé. Arrivé au pied d’une montagne, il la gravit péniblement, alors qu’une neige glacée commence à tomber. Au prix d’un effort surhumain, il atteint le sommet et reconnaît la montagne du premier souvenir que le Passeur lui a offert. Là il retrouve entre ses doigts la corde qui guide la luge. Et il se laisse glisser avec Gabriel, la pente les mène vers les lumières qu’il distingue au loin, lumières de foyers pleins d’amour et de chaleur où enfin ils trouveront la paix. Ils ont enfin atteint l’Ailleurs.

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