Le Passeur

par

Une contre-utopie

Certes, la maladie est abolie, le chômage également, et chaque individu a un conjoint et une place dans la société. Cependant, le revers de la médaille n’est pas aussi idéal. En effet, cette société vit dans un mensonge constant, tandis qu’une de ses règles principales est justement de ne pas mentir. Seul le Dépositaire de mémoire a le droit de ne pas dire la vérité, et ce au nom de la défense du secret qu’il détient. Par exemple, Jonas, avant de devenir le second du Passeur, se fait un jour réprimander pour avoir dit qu’il « meurt de faim ». On lui reproche alors de dire des mensonges, puisque dans cette société, jamais un individu ne pourra mourir de faim du fait de l’approvisionnement toujours constant qu’elle reçoit. La phrase de Jonas est alors considérée comme un mensonge qu’on lui reproche fortement. De même, lorsqu’il demande à ses parents si ceux-ci l’aiment : « Il se força à prononcer les mots bien qu'il se sentît rougir de gêne. Il les avait répétés pendant tout le chemin du retour.

- Est-ce que vous m'aimez?

Il y eut pendant quelques instants un silence embarrassé. Puis Papa émit un petit gloussement.

- Jonas! Toi! Et la précision du langage, alors?

- Qu'est-ce que tu veux dire? demanda Jonas.

Une réaction amusée n'était pas du tout ce à quoi il s'attendait.
- Ton père veut dire que tu as utilisé un terme très général, tellement dénué de sens qu'il est pratiquement tombé en désuétude, expliqua sa mère avec soin.

Jonas les regarda d'un air ébahi. Dénué de sens? Jamais auparavant...

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