Le Passeur

par

Un monde artificiel

Le monde dans lequel vit Jonas est un monde totalement dénué du moindre aléa qui pourrait en troubler l’ordre. C’est une politique d’aplanissement de tout événement qui est menée dans cette société futuriste, pour le pire comme pour le meilleur.

Ce contrôle total de la société et de ses agissements permet d’anéantir totalement le chômage, les maladies, et la pauvreté. Chacun a un emploi, un rôle fixe qui lui est attribué à l’âge de douze ans, et ce statut définira ensuite son identité au sein de la communauté. Puisque chaque personne se voit attribué une place précise, le chômage ne peut exister, et chaque existence est régie par un but spécial, qui ne peut donc être que profitable pour la communauté. Un système de différentes classes est mis en place, avec au sommet de la hiérarchie les Sages qui s’occupent de décerner les rôles lors de la cérémonie du douzième anniversaire.

Afin de mieux contrôler cette société et d’abolir tout ce qui causerait le trouble, la mémoire collective a été effacée. Personne ne ressent d’émotions fortes, et l’amour ou la haine sont inconnus. Le monde lui-même est dépourvu de toute couleur, les citoyens ne peuvent discerner que le noir et le blanc. Ainsi, s’ils ne souffrent pas, ils ne peuvent pas non plus ressentir de joie. « – Comment t’expliquer ? Jadis, à l’époque de ces souvenirs, toutes les choses avaient une forme et une taille, comme elles en ont encore, mais elles avaient aussi une qualité appelée couleur. Il y avait beaucoup de couleurs, et l’une d’entre elles s’appelait le rouge. »

La création du noyau familial est également artificielle. Puisque toute émotion a disparu et que l’amour n’existe pas, le mariage ne devient qu’utilitaire, un élément nécessaire à l’harmonie d’une société. « Deux enfants – un masculin, un féminin – par cellule familiale. C'était écrit très clairement dans le règlement. » Le Comité des Sages décide des alliances matrimoniales et les attribue selon les caractéristiques de l’homme et de la femme. Par exemple, Jonas explique que si sa mère est plus intelligente que son père, celui-ci compense par sa vivacité et d’autres qualités, rétablissant l’harmonie et l’équilibre au sein de la cellule familiale. Les enfants sont attribués de la même manière.

Ainsi, chaque agissement du Comité des Sages semble être dirigé en faveur de l’harmonie et de l’équilibre de la société. Mais, pour conserver cette balance parfaite, le prix à payer n’est pas négligeable. Nous allons voir en seconde partie que cette apparente utopie s’avère être en réalité une abominable dictature.

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