Le Prince heureux

par

Le bonheur et l’amour

Nous avons vu que Le Prince Heureux est avant tout un conte, et en cela il défend des valeurs bien définies. Le conte, en effet, n’est que très rarement gratuit, et dépeint en général une succession d’évènements causés par le comportement des personnages, leurs défauts et leur qualités, avant de s’achever sur le paroxysme de la qualité ou du défaut dont il est question.

Ici, Le Prince heureux nous expose la transformation de deux êtres : celle du martinet et celle du Prince. Ce dernier considère finalement sa mort comme utile, puisqu’il est désormais pourvu d’une clairvoyance qu’il ne possédait pas auparavant, lorsqu’il vivait entre les murs du palais de Sans-Souci. Il compare la misère des hommes et des femmes à une merveille, au sens où celle-ci paraît parfois si irréelle qu’elle peut être comparée à toutes les histoires que lui conte le martinet.

La statue du Prince est philosophe : elle accepte sa condition de spectatrice de la misère de sa ville, heureuse dans sa douleur de pouvoir enfin s’en rendre compte, d’être sortie de l’ignorance. Cependant, elle ne regrette qu’une chose : de ne pas pouvoir bouger de son piédestal, de rester impuissante.

Le Prince devenu sage explique au martinet les phénomènes que celui-ci ne connaît pas, tel un parent qui explique à son enfant les faits naturels d’une vie. Lorsque le martinet se sent réchauffé d’avoir aidé la mère du petit garçon malade, le prince explique à l’oiseau que c’est là une conséquence de la réalisation d’une bonne action.

Le Prince est donc déjà transformé au début du conte, et s’attache à transmettre cet enseignement au martinet. Peu sensible à la notion d’entraide et d’amitié, ignorant le fait qu’aider peut procurer du plaisir, celui-ci découvre aux côtés du prince peu à peu le charme et le bien-être inhérents à une telle pratique. En effet, le martinet au départ rechigne à céder aux requêtes du prince, obnubilé par sa migration et par les richesses qui l’attendent en Égypte. Il ne cesse de les dépeindre au Prince, lui racontant le caractère fastueux et merveilleux de la vie là-bas. Cependant ces mots n’atteignent pas le Prince, et petit à petit, le martinet découvre qu’aider est une chose bien meilleure qu’une existence luxueuse.

Lorsqu’à la fin du conte, il raconte ses histoires sur l’Égypte, le but de ce récit a changé : il n’a plus la tournure envieuse et nostalgique qu’ils revêtaient au début de l’œuvre mais a uniquement pour fonction de faire voyager le Prince qui, enchaîné à son piédestal et aveuglé à jamais, ne peut plus rien faire d’autre qu’écouter.

Le changement dans le comportement du martinet est définitif lorsque celui-ci décide de lui-même de rester aux côtés du Prince après lui avoir arraché ses yeux-saphirs. Les fois précédentes, c’est le Prince qui enjoignait l’oiseau à l’aider ; ce revirement de situation montre bien que ses priorités ont changé, qu’il a désormais compris l’intérêt qu’il y a à aider son prochain.

De plus, cette découverte du bonheur d’aider se double de la découverte d’un amour pur et sincère. Ce n’est pas uniquement par sens du devoir que le martinet reste auprès du Prince, mais parce qu’une amitié presque amoureuse le lie désormais à lui. L’un et l’autre ont finalement vécu seuls, bien qu’entourés pour l’un de courtisans, pour l’autre d’une famille d’oiseaux qui n’a pas hésité à partir sans lui vers le sud.

Lorsque le martinet annonce qu’il va mourir, le Prince accepte que l’oiseau l’embrasse, non pas sur la main comme celui-ci le lui demande, mais sur les lèvres, tel un égal, et un ami (ou un amant – Oscar Wilde étant homosexuel, les références à sa sexualité sont souvent nombreuses dans ses œuvres).

Ainsi, il nous montre tout ce que l’homme a à gagner en rendant service, en acceptant de donner un peu de sa personne au service de l’autre.

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