Le second traité du gouvernement civil

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John Locke

Chronologie : Vie,
Regards sur l’œuvre, Éléments sur la pensée

 

1632 : John Locke naît à Wrington
en Angleterre, près de Bristol dans le Somerset, dans une famille puritaine ; son père, avoué, servira les partisans du
Parlement d’Angleterre pendant la Première Révolution anglaise en tant que
capitaine de cavalerie. John Locke grandit à Pensford, non loin de son lieu de
naissance, dans un environnement rural. Il étudie à la prestigieuse école de Westminster à partir de 1647 avant d’aller prendre en 1652 des cours de philosophie et de médecine
au college Christ Church à Oxford.
Il y trouve ennuyeux l’enseignement classique délivré et s’intéresse aux philosophes modernes comme Descartes. Locke continuera sa vie
durant de s’intéresser à la science de son temps. Pendant ses études il a notamment
collaboré aux travaux du physicien et chimiste irlandais Robert Boyle. Il devient en 1667 le médecin, conseiller intime et secrétaire du comte de Shaftesbury et déménage à Londres à son service. Là, il reprend ses études de médecine. Il a
notamment pour professeur le médecin anglais Thomas Sydenham, qui influence beaucoup sa pensée. En 1668 il devient membre de la
Société Royale de Londres
et appartiendra à son conseil de direction. En
1672, le comte devient Lord Chancellor. À travers lui et grâce à son emploi au Bord of Trade (« bureau du
commerce »), le philosophe eut un large aperçu des affaires politiques et
économiques de l’Angleterre. Après la disgrâce du comte en 1675, Locke dut se faire professeur et médecin en France. Il y sera témoin des controverses entre les gassendistes, empiristes, et les cartésiens, innéistes. Il retourne en
Angleterre en 1679. Il doit cependant fuir à nouveau en Hollande en 1683, étant soupçonné d’avoir participé à un complot, et ne revient en Angleterre
qu’en 1688. Il mettra dès lors sa verve au service des whigs.

1689 : L’audacieuse Lettre sur la tolérance (Epistola de Tolerantia ad clarissimum Virum)
eut un grand retentissement. Locke y distingue en effet, après avoir séparé la
raison et la foi, une société civile
et une société religieuse. Le
problème de l’intolérance provient selon lui d’une confusion entre elles si
bien que Locke pose comme principe, parfaitement représentatif de sa
philosophie libérale, la non-intervention
de l’État
au-delà des intérêts temporels de la société. La puissance
politique doit même empêcher que le domaine
civil
n’interfère avec la sphère religieuse, et elle ne peut y intervenir
que si certaines pratiques sont attentatoires à la bonne marche de la société. Les
Églises sont des institutions privées, toutes égales, et
tous les cultes doivent donc
bénéficier des mêmes droits. Locke
pose ainsi dans cet ouvrage, pour la première fois, le principe de laïcité.

1690 : L’Essai sur l’entendement humain (An Essay concerning Human Understanding) est une œuvre cardinale de
la philosophie ; Locke y a travaillé vingt ans. Elle inaugure une philosophie
empirique
qui aura une profonde
influence
sur la pensée occidentale, et notamment les philosophes des Lumières, qui ont vu Locke comme l’équivalent de
Newton pour leur discipline. Dès 1692, l’œuvre constitue un ouvrage de base pour
l’étude de la philosophie au Trinity College à Dublin. Locke se propose,
observant la diversité des opinions, d’étudier l’esprit comme instrument du
savoir
, plutôt que de participer à élever avec d’autres philosophes, de
manière présomptueuse, l’édifice du savoir. Après une longue période de
domination des grands systèmes philosophiques au XVIIe siècle, Locke
vient ainsi s’opposer à l’innéisme de Descartes en faisant table rase – « tabula rasa » – des idées innées que le philosophe voyait
en l’esprit humain. Tout du long, il critique ces idées supposément
« claires et distinctes », remettant notamment en cause celle de
substance, et montrant que le langage
ne fait souvent que voiler la confusion de la pensée. Locke se livre ainsi à une étude des origines des idées et
distingue d’une part les idées simples,
qui naissent de la sensation, de la réflexion (qui est une contemplation,
passive) ou des deux ; d’autre part les idées complexes, pour lesquelles le sujet de passif devient actif,
en les formant par diverses associations d’idées simples. Locke identifie
ensuite plusieurs degrés de connaissance,
selon la certitude de ce qui la fonde. Les idées mathématiques et morales par
exemple ne se conforment à aucune réalité extérieure, elles ne renvoient qu’à
elles-mêmes et relèvent de l’évidence intuitive ou de la démonstration ;
tandis que l’objectivité d’autres connaissances, qui renvoient à des réalités
extérieures, doit se fonder dans l’observation
et l’expérience, activités
auxquelles se livrent les milieux scientifiques de la Royal Society dont le
philosophe est proche. C’est pourquoi, étudiant les limites de l’entendement
humain
, anticipant le travail de Kant, Locke disqualifie la théologie
et la métaphysique du champ de la
connaissance humaine. Leibniz répondra à cet ouvrage par ses Nouveaux Essais sur l’entendement humain,
rédigés en 1703, mais qu’il se refuse à faire paraître après la mort de Locke
et qui ne seront publiés qu’en 1765.

Avec ses Traités du gouvernement civil (Two Treatises of Government), parus également
en 1690, Locke pose les fondements
du libéralisme politique. Le premier
n’a été écrit qu’en réaction à l’essai Patriarcha
(1680) de Robert Filmer, et réfute l’assimilation entre le pouvoir royal, dans le cadre de l’absolutisme monarchique que Filmer y défendait, et la puissance paternelle. Locke critique
également l’utilisation abusive que fait Filmer de l’autorité de la Bible. Pour
lui, la loi naturelle commande au contraire la liberté. Dans le second traité, au
contenu positif, Locke décrit la vie de l’homme à l’état de nature, qui n’est pas l’état de guerre comme chez Hobbes
mais qu’il définit comme étant marqué par la famille et la propriété.
Celle-ci naît d’un droit légitime
qu’acquiert l’homme sur le fruit de son travail, et la nécessité d’une société
politique
se fait jour pour garantir ces droits, notamment au moment de
l’apparition de l’argent. Un pacte
social
est alors passé qui fonde une association
libre
, c’est-à-dire qu’il peut toujours être rompu en cas de gouvernant
défaillants. La monarchie absolue se trouve par là invalidée, et c’est le
peuple qui détient le pouvoir législatif. Le pouvoir politique est soumis à une
exigence de justice, et donc le politique
est subordonné à la morale dans le
régime idéal qu’imagine Locke. Son État
n’est pas interventionniste au premier chef, son rôle est d’abord défensif,
protecteur : il s’agit avant
tout de garantir les droits naturels de
l’homme
.

1693 : Dans ses Quelques pensées sur l’éducation (Some Thoughts concerning Education), Locke fait tenir la première
place à la morale dans l’éducation
de l’enfant, si bien que l’instruction se trouve reléguée au second plan. Il
s’agit d’imprimer de bonnes habitudes à
l’enfant – on retrouve ici une application de l’empirisme –, en enseignant, par
une éducation du corps, la domination de
soi
, la vertu et la prudence. Locke ne tire par ses
recommandations de principes abstraits mais s’attache à partir de la réalité de l’enfant, et propose une conception libérale de l’éducation.

1695 : Dans Le Christianisme raisonnable (Reasonableness of Christianity as delivered in Scripture), Locke
défend à nouveau des principes de tolérance
en critiquant ceux qui se sont appliqués à obscurcir la clarté de l’Évangile
par d’inutiles arguties, et il déplore
la division des Églises engendrée par le dogmatisme
théologique
. Il pose que l’homme n’est pas obligé de croire ce qu’il juge
obscur, car il peut avoir une foi pure et obtenir le salut de son âme en
suivant simplement les vérités divines
qui lui sont accessibles. Il revient
ainsi à la parole des apôtres et des Évangiles et présente Dieu comme seul guide infaillible de
l’interprétation des textes sacrés, seul pourvoyeur de lumière. Locke admet une
religion naturelle, aux principes purement rationnels, mais elle ne peut être
valable selon lui que si elle se fonde sur des principes révélés. La pensée
religieuse de Locke influencera grandement les rationalismes anglais et
français.

1704 : John Locke meurt à 72 ans à
High Laver, au château d’Oates, dans l’Essex. Rejetant le dogmatisme
comme le scepticisme, Locke a ainsi
imposé une pensée « pratique »
qui marque encore la philosophie anglo-saxonne. Sa pensée annonce et prépare le
grand mouvement des Lumières.

 

 

« Bien que la terre et toutes les créatures inférieures
appartiennent en commun à tous les hommes, chaque homme est cependant propriétaire
de sa propre personne. Aucun autre que lui-même ne possède un droit sur elle,
le travail de son corps et l’ouvrage de ses mains lui appartiennent en propre.
Il mêle son travail à tout ce qu’il fait sortir de l’état dans lequel la nature
l’a laissée, et y joint quelque chose qui est sien. Par là, il en fait sa
propriété. Cette chose étant extraite par lui de l’étant commun où la nature
l’avait mise, son travail lui ajoute quelque chose, qui exclut le droit commun
des autres hommes. »

 

« Dans un État formé,
qui subsiste, et se soutient, en demeurant appuyé sur les fondements, et qui
agit conformément à sa nature, c’est-à-dire, par rapport à la conservation de
la société, il n’y a qu’un pouvoir suprême, qui est le pouvoir législatif,
auquel tous les autres doivent être subordonnés ; mais cela n’empêche pas
que le pouvoir législatif ayant été confié, afin que ceux qui
l’administreraient agissent pour certaines fins, le peuple ne se réserve
toujours le pouvoir souverain d’abolir le gouvernement ou de le changer,
lorsqu’il voit que les conducteurs, en qui il avait mis tant de confiance,
agissent d’une manière contraire à la fin pour laquelle ils avaient été revêtus
d’autorité. »

 

John Locke, Second Traité de gouvernement, 1690

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