Le songe d'une nuit d'été

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William Shakespeare

Chronologie

 

1564 : William
Shakespeare naît à
Stratford-upon-Avon (Warwickshire). Son père est un riche
gantier, également échevin, et sa mère la fille d’un propriétaire terrien
prospère. Il étudie dans une Grammar school, où l’enseignement est basé sur
l’étude de textes latins. Peu de détails biographiques nous sont parvenus le
concernant. On sait qu’il se marie à dix-huit ans avec Anne Hathaway, une femme
de huit ans son aînée. À vingt ans il est déjà père de trois enfants dont des
jumeaux. À partir de 1585 on perd sa trace pour plusieurs années. On ne sait
s’il fut instituteur ou s’il est parti sur les routes avec une troupe
d’acteurs.

1592 : À cette date Shakespeare bénéficie d’une renommée suffisante sur la scène
théâtrale
londonienne pour figurer comme cible dans un pamphlet du
dramaturge Robert Greene.

1594 : Après la première publication, l’année précédente, de Vénus et Adonis, poème dans la tradition
ovidienne, paraît Viol de Lucrèce,
poème dramatique sur la chasteté menacée par le désir criminel. C’est à partir
de 1594 que les pièces de Shakespeare sont jouées par la troupe du Lord Chambellan, dans laquelle il officie aussi comme acteur. Elle devient bientôt la
principale troupe théâtrale londonienne. C’est aussi cette année-là que l’on
trouve les premières éditions in-quarto
de ses pièces.

1598 : Shakespeare commence à connaître la gloire ; son nom fait les gros titres des journaux. À côté de
ses activités de dramaturge, il continue de jouer sur scène ; on trouve
des traces certaines de sa carrière d’acteur jusqu’en 1603. Il aurait peut-être
joué jusqu’en 1608. Entre 1603 et 1610, les théâtres ferment pendant plus de
soixante mois en fonction des poussées de l’épidémie de peste.

1599 : Shakespeare devient actionnaire de la société du théâtre du Globe, que plusieurs membres de la troupe fondent
conjointement. Comme l’indique l’achat de propriétés par l’auteur, la compagnie
a fait de lui un homme riche.

1603 : Le roi Jacques Ier fait de la troupe du Chambellan les Comédiens du Roi (King’s Men) après la mort
de la reine Elizabeth.

1608 : Shakespeare devient copropriétaire du théâtre privé de
Blackfriars. En 1609, les Sonnets paraissent pour la première fois.

1610 : Shakespeare se retire à
Stratford-sur-Avon ; dès lors il écrit moins de pièces, et aucune ne lui
attribuée après 1613. Il écrit ses dernières œuvres en collaboration,
probablement avec le dramaturge John Fletcher qui lui succède parmi les
Comédiens du Roi.

1616 : William Shakespeare meurt
à cinquante-deux ans à Stratford-upon-Avon.

 

Éléments sur l’art de William
Shakespeare

 

Aux côtés de Cervantes et Gœthe, Shakespeare est
souvent cité comme l’un des plus grands écrivains de tous les temps. Son œuvre est sans doute la plus commentée, la plus traduite, la plus adaptée, et celle qui a donné lieu au plus grand nombre de controverses. Au premier titre
desquelles celle selon laquelle le comédien Shakespeare, esprit qu’on estime
petit, n’aurait jamais pu écrire une œuvre si riche, témoignant d’une immense culture, de grands talents de psychologue et d’une fine connaissance de la langue anglaise.
Parmi cinquante candidats une hypothèse veut que Francis Bacon soit l’auteur de
ses pièces. D’autres prétendent qu’il s’agirait d’une œuvre de groupe. Langue riche que celle de cette œuvre en
effet, puisque Shakespeare n’emploie pas moins de quinze mille mots, puisant
dans tous les jargons – médical,
scientifique, alchimique –, dans de nombreux dialectes, dans la théologie, la
jurisprudence, le milieu de la pègre, etc. Chaque
personnage parle donc selon sa condition
et avec un naturel particulier à ce théâtre. Le dramaturge est aussi un adepte
du punning,
il multiplie les calembours, les doubles sens qui viennent enrichir encore la portée
du texte.

Shakespeare est l’auteur d’une quarantaine de
pièces et d’un recueil de sonnets. Il entame son œuvre dans un contexte d’expansion à tous égards de l’Angleterre. Depuis l’avènement des Tudor avec Henry VII en 1485, les
historiens sont encouragés, et la littérature elle-même, la poésie puis le
théâtre s’emparent de l’histoire. Les drames
historiques
de Shakespeare, largement inspirés des œuvres d’historiens, se
situent bien au-dessus de ceux de ses contemporains. Ce genre permet notamment
d’humaniser des personnages historiques autrement vus comme de simples
instruments d’un destin national.

Le théâtre de Shakespeare, quel que soit son
registre, ne s’interdit rien, ne se soucie
ni de la règle des trois unités ni de vraisemblance. Il est donc caractérisé
par une grande fantaisie, une
certaine désinvolture. Les
péripéties y gagnent un goût particulier d’imprévu.
La multiplicité des cadres géographiques autorise la mise en scène d’un certain
exotisme, la représentation de mœurs insolites. Ses comédies, pleines
de mouvement, impliquent
généralement des couples de jeunes gens
qui s’acharnent à s’unir en dépit des circonstances, malgré les conflits
d’intérêt, les querelles ou même les maléfices surnaturels. L’œuvre
shakespearienne regorge de personnages de jeunes
femmes avisées
, fougueuses et à la fois maîtresses d’elles-mêmes, et qui
tiennent donc des rôles d’importance. Le ton
ironique
qu’emploie l’auteur vient y infléchir les prétentions du
sentiment, sans pour autant venir faire grincer la comédie.

En revanche bien des tragédies grincent. On y
découvre des mondes et des mœurs corrompus, elles regorgent d’obscénités, de blasphèmes, d’actions
sordides ; impostures, perversions,
mensonges, hypocrisies, perfidies, horreurs
et folies en forment le fond et le ton en est volontiers sarcastique.
Shakespeare présente des âmes
tourmentées
, des jaloux aveuglés, des figures de traîtres et de tyrans
dont les tourments et les cruautés semblent ne pouvoir s’achever que dans la
mort – le suicide ou le meurtre. À la fin de sa carrière, une forme
d’indulgence, le pardon des offenses, la réconciliation et la punition des
méchants prévaudront dans les intrigues de ses tragédies, dans une sorte de
résurrection du bien.

 

Regards sur les œuvres
principales

 

         Tragédies

 

Roméo et Juliette (1591-1597 ;
Romeo and Juliet) : Au départ,
la pièce semble relever de la comédie, puis le meurtre de Mercutio par Tybalt la fait basculer dans la tragédie, et Roméo Montaigu, qui doit venger son
ami, devient un proscrit. Dès lors son amour avec Juliette Capulet, déjà compliqué par la rivalité qui oppose leurs
deux familles, les plus importantes de Vérone,
semble condamné. Et en effet cette pièce qui conte un amour sublime devient celle de l’innocence sacrifiée. Parmi les scènes cultes, celle du balcon où les deux jeunes gens se
promettent l’un à l’autre, et la scène de leurs adieux après leur unique nuit
d’amour.

Jules César (1599 ; Julius Caesar) : Cette tragédie
raconte la conjuration des
défenseurs de la liberté menée par Cassius
et Casca, qui convainquent Brutus de
les rejoindre, contre Jules César, l’assassinat de celui-ci puis l’insurrection
du peuple romain suite à l’oraison funèbre de Marc-Antoine qui oblige les conjurés à fuir. Le gouvernement de
triumvirs formé par Antoine, Octave et Lépide leur fait alors la guerre. Brutus
et Cassius finiront par se suicider. Le statut de César dans la pièce est
problématique, car si la pièce porte son nom, il disparaît au début. Brutus
paraît donc en être le personnage principal, même si l’esprit de César flotte
au-dessus des cinq actes, et même littéralement quand son spectre apparaît à Brutus avant sa victoire provisoire. Le titre
semble aussi indiquer que le sujet de la tragédie est l’autorité absolue.

Hamlet, prince de Danemark (1599-1602 ;
Hamlet, Prince of Denmark) : Suite
à une apparition du fantôme de son père, le jeune Hamlet apprend que c’est son
oncle Claudius qui a tué le roi pour
usurper le trône et épouser Gertrude, sa veuve. Son rôle de fils est donc de le
venger. Il va tout de même s’assurer du récit du fantôme en imaginant de faire
jouer la scène du meurtre par des comédiens ambulants dans une pièce appelé La Souricière, occasion d’une mise en
abyme du théâtre. Le trouble que montre le spectateur Claudius dit assez qu’il
a bien tué son frère. Le genre de la tragédie
de vengeance
était alors à la mode mais Hamlet
est surtout une tragédie de
l’attente
, de l’hésitation, de
l’incertitude, et de multiples digressions viennent diluer l’action.
Ainsi voit-on Hamlet multiplier les méditations
métaphysiques
, notamment lors de la célèbre scène du cimetière où il
réfléchit sur la condition humaine face au crâne du bouffon Yorick. Hamlet
hésite entre l’éthique expéditive de la vengeance et l’éthique chrétienne,
entre le mépris des lois et l’obéissance civile. Le personnage est
ambigu ; il mime la folie pour favoriser son enquête, se montre volontiers
cynique, notamment après avoir tué le vieux Polonius par erreur. La vengeance
du fils de celui-ci, Laërte, va lui fournir l’occasion de venger enfin son
père, mais par hasard, avant de mourir lui-même du bout empoisonné d’une épée.
La tragédie donne également lieu à une réflexion
sur le pouvoir
, une méditation sur
la mort
, et se voit également dominée par le thème de l’espionnage.

Macbeth (1603-1606) : La
tragédie peut-être la plus puissante de Shakespeare voit le destin de Macbeth,
général de Duncan, roi d’Écosse,
infléchi par les prophéties de trois sorcières qui lui annoncent qu’il
montera sur le trône, mais que ce sont les descendants de Banco, un autre
général, qui règneront ensuite. Voilà l’ambition de Macbeth révélée,
aiguillonnée, et une série de meurtres et de morts commencée. Toutes les
prophéties se réaliseront en effet, et les meurtres de Duncan et Banco commis
par Macbeth n’auront servi à rien. Parmi les scènes célèbres figurent
l’apparition du spectre de Banco à
Macbeth lors d’un banquet, la folie
de Lady Macbeth, qui a tenté de tuer
le roi elle-même et qui ne parvient pas à se débarrasser de taches de sang
imaginaires sur ses mains. Toute la tragédie, qui se déploie à un rythme
soutenu même si plusieurs années s’écoulent, est assombrie par un climat de peur et de violence,
ainsi qu’un sentiment omniprésent de fatalité.

Othello ou le Maure de Venise (1602-1604 ; Othello, the
Moor of Venice
) : Othello, premier héros noir de la littérature
occidentale, est un ancien esclave devenu mercenaire et général des armées vénitiennes. Il a épousé en
secret Desdémone, la fille de
Brabantio, un Magnifico de la Sérénissime, qui l’apprenant s’oppose vivement à
l’union mais doit céder à la raison d’État, car son gendre doit aller défendre
Chypre menacée par les Turcs. Othello, héros trop crédule, va laisser Iago, son enseigne et homme de
confiance, tisser la toile d’un complot
autour de lui, insinuant en lui le doute
sur la fidélité de Desdémone. Au fil
de cette tragédie de la jalousie un
hiatus de plus en plus grand se fait voir entre l’apparence et l’être, et l’amour
sublime va finalement se muer en un crime passionnel. Othello découvrant son
erreur se suicide.

Le Roi Lear (1603-1606 ;
King Lear) : Cette pièce est la tragédie de l’aveuglement de deux
pères. Le roi Lear a banni sa fille, trop honnête, qui refusait de lui déclarer
publiquement son amour, et légué son royaume à ses deux autres filles,
intéressées et complaisantes. Le noble Gloucester lui aussi est aveugle à la
véritable nature d’Edmond, son fils préféré, un bâtard qui complote contre
Edgar, le fils légitime délaissé. L’intrigue mène les deux hommes de l’égarement à la connaissance mais
la pièce, qui semble vouloir prouver l’insignifiance et la vanité de tout, se
conclut sur un acmé tragique quand le roi Lear, qui est successivement devenu
mendiant, bouffon et fou, porte dans ses bras sa fille innocente, Cordélia, malencontreusement
assassinée.

 

            Comédies

 

Le Songe d’une nuit d’été (1590-1596 ;
A Midsummer Night’s Dream) : La
pièce a d’abord pour cadre la cour
d’Athènes
, où l’on s’apprête à célébrer le mariage de Thésée, duc
d’Athènes, avec Hippolyte, reine des Amazones. Suite au refus de Thésée
d’intervenir en leur faveur, un couple d’amants que le père de la jeune femme
veut séparer fuit dans la forêt, où
l’on retrouve un peuple de fées et de
génies
, mais également des artisans athéniens répétant une pièce pour les
festivités. La forêt fonctionne comme un lieu
de licence
et de chaos où l’on
échappe à la rigueur des lois familiales et civiles, et où toutes les passions, tous les aveuglements sont permis. En effet, une querelle entre le roi et la
reine de la forêt donne lieu à un jeu de quiproquos
suite au mauvais usage qui est fait d’un philtre
d’amour
. Les couples comme les intrigues s’enchevêtrent, ainsi que les registres comique et merveilleux. Cette pièce, pleine d’une
fantaisie débridée, fonctionne comme
une méditation – à certaines occasions très explicite, comme lors de la fameuse
tirade de Thésée au début de l’acte V – sur les pouvoirs de l’imagination et du rêve, l’arbitraire de la loi, mais aussi comme une réflexion sur le théâtre, via la mise en abyme de la pièce burlesque répétée par les artisans, également
sur le thème de l’amour contrarié, élément « réaliste » qui contraste
avec les autres aspects surnaturels de l’intrigue.

Le Marchand de Venise (1596-1598 ;
The Merchant of Venice) : Pour
aider son ami Bassanio, noble
vénitien, le riche marchand Antonio,
dont la fortune est engagée dans des spéculations outre-mer, emprunte une forte
somme à l’usurier juif Shylock, contre
la promesse que celui-ci pourra prélever une livre de chair humaine sur son débiteur en cas de défaut de
paiement. En parallèle, Bassanio parvient à résoudre une devinette dont
dépendait son mariage avec Portia, une riche héritière. Les vaisseaux d’Antonio
ayant fait naufrage et le paiement de la dette n’ayant pu avoir lieu, survient
un procès pour juger de la légalité du prélèvement prévu par Shylock. Portia se
déguise en avocat et trouve le moyen de confondre Shylock en le mettant au défi
de prélever son dû sans verser une goutte du sang d’Antonio, car seul le don de
sa chair figure dans leur contrat. La jeune femme fournit un exemple de ces
personnages féminins pleins de ruse et d’expédients qui peuplent le théâtre
shakespearien.

Beaucoup de bruit pour rien (1598-1599 ;
Much Ado About Nothing) : L’intrigue
tourne autour de deux couples de jeunes gens formés par Claudio et Héro d’une
part, Béatrice et Bénédick d’autre part. L’union des premiers est un temps
menacée par Don John, un homme pervers jaloux de la faveur dont jouit Claudio
auprès du prince d’Aragon, et qui parvient à faire croire au jeune homme à la
légèreté de sa promise. Le quiproquo
se dénouera cependant, même si dans l’intervalle Héro, accusée le jour des
noces, aura été un temps annoncée morte par son père le temps que le malentendu
soit levé.

Comme il vous plaira (1599-1600 ;
As You Like It) : Suite à l’usurpation
des domaines d’un duc, deux jeunes filles se retrouvent avec lui dans la forêt d’Arden où il s’est réfugié. Rosalinde, fille du Duc, s’est déguisée
en un paysan nommé Ganymède, tandis
que son amie Célia se fait passer pour
une certaine Aliéna. Sous son déguisement
Rosalinde va jouer la comédie de l’amour avec Orlando, fils d’un chevalier, lui-même chassé du manoir familial, dont
elle s’est éprise plus tôt lors d’un tournoi. Elle veut le dégoûter de l’amour
en jouant le rôle d’une femme versatile qui s’appelle Rosalinde. La pièce
impliquait donc qu’un acteur (il n’y avait pas de femme sur scène alors) joue
le rôle d’une femme qui jouait le rôle d’un homme qui jouait le rôle d’une
femme. Le frère d’Orlando, Olivier, venu
le tuer, finit par se réconcilier avec lui et s’éprend de son côté de Célia-Aliéna.
La pièce se termine sur quatre mariages ; il faut en effet ajouter aux
deux premiers ceux d’intrigues parallèles, entre Phébé et Silvius, un berger et
une bergère ; et celui du bouffon Pierre-de-Touche avec Audrey, une
paysanne simplette. La nature ici
agit comme une force apaisante sur
les violentes mœurs humaines.

La Nuit des rois (1600-1602 ;
Twelfth Night) : L’intrigue de
cette comédie romantique repose sur
la forte ressemblance entre deux jumeaux,
frère et sœur, Sebastian et Viola, qui après un naufrage échouent tous deux sur
les côtes d’Illyrie, mais séparément. Leurs aventures amoureuses concernent un
duc amoureux de l’amour, Orsino, et une comtesse veuve qui joue l’inconsolable
mais succombe dès qu’elle voit Viola dans le déguisement du page Cesario (tour
théâtral alors éculé), censé intercéder pour le duc auprès d’elle. Un double
mariage clôt la pièce. L’œuvre est farcesque
à certains endroits, frôlent un temps la tragédie. Elle mène à considérer l’amour comme un caprice de l’imagination, et y perce une certaine indulgence pour les folies humaines.

 

         Tragicomédies romanesques ou romances

 

La Tempête (1610-1611 ;
The Tempest) : Cette pièce
débute aussi par un naufrage. La première scène est une longue exposition des
évènements précédents : après avoir été détrôné par son frère, Prospero, le duc de Milan, se retrouve
sur une île avec sa fille Miranda.
Il y rencontre la sorcière Sycorax et libère Ariel, un esprit maintenant à ses ordres, tout comme Caliban, le fils de la sorcière, une
créature monstrueuse et naïve. Douze ans plus tard son frère Antonio accompagné
d’Alonso, le roi de Naples qui l’avait aidé à s’emparer du trône, échouent
également sur l’île. Ferdinand, le fils
du roi, s’éprend de Miranda et se fiance avec elle. Prospero, qui a provoqué
l’échouage, se venge des deux hommes en lançant Ariel contre eux et en les
terrifiant. Alonso finit par montrer du repentir et Prospero se réconcilie avec
eux. Tous finissent par quitter l’île ensemble laissant Caliban maître des
lieux, lequel, libéré de ses chaînes, n’a pu être « civilisé » par
Prospero. Celui-ci renonce en outre à la magie. Ce dénouement heureux qui suit
des évènements dramatiques explique le classement de l’œuvre parmi les
tragicomédies. Il s’agit de la seule pièce de l’auteur à respecter la règle des trois unités. Les
interprétations sur son sens ont beaucoup varié, il demeure mystérieux. On considère
parfois Prospero l’enchanteur comme une figure de dramaturge ; Shakespeare
proposerait alors une réflexion sur le théâtre. On y a aussi vu une allégorie
du colonialisme à la façon dont
Prospero exerce son contrôle sur l’île et ses habitants.

Le Conte d’hiver (1610-1611,
peut-être 1594 ; The Winter’s Tale) :
Cette pièce se divise en deux parties. L’intrigue de la première, dont le cadre
est la Sicile, est celle d’une tragédie passionnelle, qui voit un roi jeter
en prison son épouse qu’il soupçonne d’adultère et faire assassiner le bébé
qu’elle vient d’avoir. Peu après lui est annoncée la mort de celle-ci, et une
lente expiation commence pour lui. La seconde partie a pour cadre la Bohême ; seize ans ont passé. On
se retrouve dans une atmosphère de pastorale parmi les bergers qui ont recueilli Perdita, cette enfant que le serviteur du
roi de Sicile a abandonnée au lieu de la tuer. Le fils du roi du pays, fuyant
l’autorité de son père, va partir avec elle pour la Sicile, où des retrouvailles auront lieu avec le vieux
roi repentant. Celui-ci retrouve même à cette occasion sa femme, qu’il croyait
morte depuis seize ans, mais qui s’était cachée pour le châtier. Elle
réapparaît sous des apparences de magie, après le dévoilement d’une statue la
représentant. La leçon de la pièce est ambiguë, le regard de l’auteur sur la réconciliation et le pardon ironique. On peut y voir une critique
de la cour 
– Perdita en effet, grandie loin de son atmosphère de
superficialité et de courtisanerie, apparaît comme un modèle de vertu – et une
réflexion sur les rapports entre art et
nature
.

 

         Pièces historiques

 

Richard III (≈ 1592) : Cette
pièce vient clore la première tétralogie shakespearienne après les trois volets
d’Henry VI, fresque historique ayant
pour cadres les luttes fratricides opposant les Lancastre et les York
lors de la guerre des Deux-Roses
(1455-1485). À Henry VI a succédé son vainqueur, Édouard IV ; à la mort de
celui-ci, un conflit de succession
se déclenche. C’est son frère, le duc de Gloucester, qui va l’emporter et
devenir Richard III. Cet individualiste
forcené
fascine par son intelligence
politique et psychologique
extraordinaire ;
il n’hésite devant rien pour accroître son pouvoir et éprouve même un certain plaisir dans la transgression. Aussi conquiert-il
la veuve du prince de Galles qu’il a assassiné pendant ses funérailles ;
il fait assassiner son frère Clarence, mais encore les fils d’Édouard IV et son
comparse Hastings ; il fait en outre disparaître sa femme et fait montre
d’une très grande habileté politique.
La pièce se solde cependant sur sa défaite face à celui qui deviendra Henry
VII, unira les Lancastre et les York et régénèrera le royaume. Mais Richard III
n’est pas le seul coupable, tout le monde apparaît comme tel et il ne fait
qu’exploiter la corruption généralisée
des mœurs
. Seuls les deux fils d’Édouard sont des victimes innocentes, les
autres ont eux-mêmes fait couler le sang et l’action de Richard III est
l’occasion pour eux d’expier leur passé. Une des scènes fameuses est le
monologue angoissé dans lequel celui-ci se lance après avoir fait un cauchemar
où lui sont apparues ses victimes.

Henry V (≈ 1599) :
Dans cette pièce Shakespeare met en scène celui qui est vraisemblablement son
personnage historique préférée, ce roi dont la jeunesse de prince de Galles, en
compagnie de Falstaff, fut agitée. Il peint en effet Henry V avec toutes les vertus royales et chevaleresques
possibles. Il s’intéresse ici au seul évènement mémorable de son règne, l’invasion de la France, et la pièce
apparaît alors particulièrement patriotique
puisque l’auteur peint les chevaliers français comme des hommes légers tandis
que l’armée anglaise apparaît pleine
de fermeté et de dignité. Shakespeare s’attarde aussi
sur les ridicules d’un Irlandais, d’un Écossais et d’un Gallois, prenant soin de
faire déformer à chacun la langue anglaise selon son dialecte.

L’autre grande tétralogie historique de Shakespeare est dite « des Henry IV » ; elle réunit Richard II, 1 et 2, Henri IV et Henry V.

 

            Sonnets

 

Les cent cinquante-quatre sonnets qui composent
le recueil, additionnés d’une pièce plus longue, « A Lover’s
Complaint », ont été écrits dans les années 1490, alors que le genre du sonnet amoureux, pétrarquiste ou métaphysique,
en tout cas précieux, connaissait un
âge d’or en Angleterre. Ils paraissent cependant en 1609, sans doute sans autorisation de
l’auteur, alors que le genre est passé de mode. Ils obéissent au genre codifié
des sonnets d’inspiration pétrarquiste mais
la voix du poète s’y fait
particulièrement originale et moderne. En effet si les thèmes sont familiers – l’invitation au mariage, la beauté de l’être aimé, les
phases d’amour partagé, de désespoir, d’incertitude et de doute, le dilemme entre
l’aspiration à un idéal et les tourments du désir physique, le passage du
temps, la mort –, le poète expose le hiatus
entre apparence et essence
, et la découverte de la duplicité, de
l’hypocrisie, autorise un renversement
des valeurs conventionnelles
, et la création libre d’un nouveau système éthiquelaideur et péché peuvent être loués. Cette dichotomie entre apparence et
essence se retrouve bien sûr dans le théâtre shakespearien, tout comme l’impuissance du langage à dire le vrai qui
marque aussi ces sonnets. Autre originalité, les pièces s’adressent à un jeune homme dont est louée la beauté. Ses rapports
avec le poète sont troublés par l’apparition d’une Dame brune. Les dédicataires
– « Mr. W. H. » et la « Dame brune » – ont fait
l’objet de nombreuses spéculations.

 

 

« Shylock
: Un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des
organes, des dimensions, des sens, de l’affection, de la passion ; nourri
avec la même nourriture, blessé par les mêmes armes, exposé aux mêmes maladies,
soigné de la même façon, dans la chaleur et le froid du même hiver et du même
été que les Chrétiens ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si
vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne
mourrons-nous pas ? Et si vous nous bafouez, ne nous vengerons-nous
pas ? »

 

Shylock: Hath not a Jew eyes?
Hath not a Jew hands, organs, dimensions, senses, affections, passions; fed
with the same food, hurt with the same weapons, subject to the same diseases,
heal’d by the same means, warm’d and cool’d by the same winter and summer as a
Christian is? If you prick us, do we not bleed? If you tickle us, do we not
laugh? If you poison us, do we not die? And if you wrong us, shall we not
revenge?”

 

William
Shakespeare, Le Marchand de Venise,
1596-1598 

 

« […]
car rien n’est en soi bon ou mauvais, la pensée le rend tel. »

 

“[…] for
there is nothing either good or bad but thinking makes it so.”

 

William
Shakespeare, Hamlet, 1599-1602

 

« Macbeth : La vie n’est qu’une
ombre qui passe, un pauvre acteur

Qui
s’agite et parade une heure, sur la scène,

Puis on ne
l’entend plus. C’est un récit

Plein de
bruit, de fureur, qu’un idiot raconte

Et qui n’a
pas de sens. »

 

“Life’s
but a walking shadow, a poor player

That
struts and frets his hour upon the stage,

And then
is heard no more. It is a tale

Told by an
idiot, full of sound and fury,

Signifying
nothing.”

 

William
Shakespeare, Macbeth, 1603-1606

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