Le songe d'une nuit d'été

par

Une mise en abyme du théâtre

La pièce est agrémentée d’un aspect populaire et presque trivial avec la présence de la troupe de joyeux comédiens, décidés à monter une représentation en l’honneur des noces royales. Ceci fait en partie l’originalité de la pièce : au dernier acte, on assiste à la représentation finale comme à un éloge à la réconciliation des autres protagonistes. Le sujet de la pièce choisie colle à merveille avec le déroulement de l’œuvre principale : il s’agit du drame de Pyrame et Thisbé, qui doivent s’enfuir pour vivre leur amour loin de ceux qui l’empêchent et qui finissent par se tuer de chagrin à cause d’un malentendu. En effet, Pyrame croit la jeune femme dévorée par un lion et se tue de désespoir, tandis que Thisbé, bien vivante, se suicide en découvrant son cadavre. Ainsi, le quiproquo et la difficulté des quatre jeunes héros athéniens à vivre leur amour trouve un écho surprenant dans cette pièce jouée par la troupe formée d’artisans et dirigée par Puck. Cependant, la fin tragique et théâtrale de Pyrame et Thisbé met en relief la réconciliation et la fin heureuse de l’histoire de Lysandre, Hermia, Démétrius et Héléna.

« THÉSÉE. – Quels sont les acteurs ?

PHILOSTRATE. – Des artisans, aux mains calleuses, qui travaillent ici dans Athènes, mais qui n’ont jamais travaillé d’esprit jusqu’à ce moment ; ils se sont avisés aujourd’hui de charger de cette pièce leur mémoire inexercée, pour la cérémonie de vos noces. »

Cette mise en abyme est agrémentée d’un véritable procédé de double énonciation, puisque les acteurs s’adressent au public composé des invités du mariage comme au lecteur. Les invités commentent la pièce, réagissent aux moments opportuns et nous incitent à nous désintéresser d’eux pour un temps, personnages principaux, afin de nous consacrer à la petite troupe qui évolue sur la « scène sur la scène ».

De plus, à la toute dernière scène, Puck nous livre un monologue qui peut être interprété de deux manières différentes. Ou bien il s’adresse à ceux qui l’entourent, à savoir au public ayant assisté à la représentation, ou bien il s’adresse à nous lecteur/spectateur, et s’excuse si nous n’avons pas été satisfaits de la pièce. Jusqu’à la fin, nous sommes balancés entre fiction de la pièce et réalité qu’elle acquiert en devenant elle-même réalité de la mise en abyme. Le monologue achève de nous confondre et finalement nous rend nous-mêmes acteurs du spectacle : peut-être avons-nous applaudi comme Thésée et Hyppolite, lorsque la lune se lève sur la scène et que le lion rugit…

« Si nous, légers fantômes, nous avons déplu,

Figurez-vous seulement (et tout sera réparé),

Que vous avez fait ici un court sommeil,

Tandis que ces visions erraient autour de vous.

Seigneurs, ne blâmez point

Ce faible et vain sujet » 

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