Le songe d'une nuit d'été

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Un surnaturel omniprésent

L’univers présenté par Shakespeare est un monde avant tout féérique et fantastique, tout droit sorti de l’imaginaire celtique et des légendes populaires. Obéron, Titania et Puck font partie intégrante de ce folklore, tout comme les fées et les elfes qui les accompagnent. Mais le décor a également une place importante dans l’apparition du surnaturel : toute l’action principale se passe dans une forêt aux dimensions qui semblent immenses, séparant monde des vivants et de la lumière (les appartements de Thésée à Athènes où se situe la première scène) et monde de la nuit où évolue le peuple de Titania et d’Obéron. Cette forêt est le cadre des évènements magiques qui animent l’œuvre, elle semble être la condition sine qua non pour que le charme opère. Elle n’a ni nom, ni limites précisées, ni dimensions propres. En fait, il s’agirait plutôt d’un monde parallèle à l’époque de la Grèce antique, où des Grecs égarés sous ses frondaisons verraient leurs désirs exacerbés et la magie opérer devant eux.

« OBERON. – Va, parcours le bois plus vite que le vent, et vois à découvrir Hélène d’Athènes : elle est toute malade d’amour, et pâle, épuisée de soupirs brûlants, qui ont nui à la fraîcheur de son sang. Tâche de l’amener ici par quelque enchantement ; je charmerai les yeux du jeune homme qu’elle aime, avant qu’elle reparaisse à sa vue. »

Ainsi, de nombreuses manifestations surnaturelles interviennent dans le récit : la métamorphose de Bottom en âne, qui finit par disparaître à la fin du roman, la rapidité de Puck qui affirme avoir fait le « tour de la Terre » en volant pendant que les hommes étaient endormis, la propriété des plantes à faire tomber amoureux les humains les uns des autres, etc.

Shakespeare montre donc un univers dans lequel la féerie et le surnaturel l’emportent sur le raisonnable : les reines y marchent pied nus dans l’herbe et s’éprennent des ânes, et les rois complotent et changent le destin des mortels. La raison et l’irréel s’inversent donc, et nous accordons plus de valeur à l’univers de la forêt qu’à celui d’Athènes, où seul réside le jugement de Thésée à l’encontre d’Hermia, jugement porteur de mort ou de désespoir.

« OBERON. – Je connais une rive où croît le thym sauvage, où la violette se balance auprès de la primevère, et qu’ombragent le suave chèvrefeuille, de douces roses musquées, et le bel églantier. […] Prends-en aussi un peu, et cherche dans ce bocage. Une belle Athénienne est éprise d’un jeune homme qui la repousse ; mets-en sur les yeux de ce beau dédaigneux […] Accomplis ce message avec quelques précautions, afin qu’il puisse devenir plus idolâtre d’elle qu’elle ne l’est de lui. »

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