Le Testament

par

Une poésie populaire

À
l’époque où écrit Villon, la poésie se trouvait dans une période de
transformation. Les grands thèmes impersonnels des poètes d’antan
s’évanouissaient au profit d’une poésie lyrique personnelle et subjective.
C’est en cela que Villon est novateur. Il est, quelque part, le premier poète
moderne. Il rompt avec la tradition élégiaque, ou du moins il la présente sous une
forme parodique en y insérant des thèmes populaires comme la boisson ou
les filles de joie. C’en est alors fini des chansons de geste narrant les
récits glorieux de héros, relatant des moments de l’histoire de France. Villon
parle de lui, de sa vie, de ses connaissances – le poème est d’ailleurs truffé
de noms propres, d’anecdotes particulières, de farces. Il se distingue ainsi complètement
de ce qui se pratiquait auparavant. Son art poétique est nouveau, c’est la
naissance du poète populaire, railleur et goguenard.

Le
Testament
s’ouvre ainsi par une confession personnelle :

« En l’an de mon trentième âge

Que toutes mes hontes j’eus bues

Ni du tout fol, ni du tout sage,

Non obstant maintes peines eues,

Lesquelles j’ai toutes reçues

Sous la main Thibaut d’Aussigny…

S’évêque il est, signant les rues,

Qu’il soit le mien je le regny ! »

Villon
raconte ici l’aventure qui l’a mené là où il se trouve, et livre à travers une
forme testamentaire un compte-rendu de sa vie particulière. Cette poésie
s’inscrit donc dans un vécu qui lui est propre, et non dans quelque légende ou
mythologie.

La
langue qu’il emploie le différencie aussi de ses prédécesseurs ; elle est argotique,
riche, populaire, comprend des expressions particulières à son milieu : le
Paris de l’époque, celui des étudiants, du peuple, des tavernes et des filles.
C’est un jargon souvent difficile à pénétrer pour le lecteur contemporain,
hermétique, le sens de certains mots n’ayant eu cours qu’à une époque et dans
un milieu bien circonscrits. Cet infléchissement de la langue fait aussi de
Villon un type de poète nouveau. La description de thèmes
« vulgaires » vient enfin compléter cette vision populaire de la
poésie. Ces thèmes, Villon ne les a pas inventés : la poésie aimait jadis
à tisser ses vers dans la légende de quelques grand faits, mais lui, il les a
vécus dans le courant d’une vie ordinaire, ô combien colorée ! Sa poésie
fait donc le récit de sa vie, perceptible par exemple dans la « Ballade de
bonne doctrine » :

« Rime, raille, cymbale, luthes

Comme fol feintif, eshontés ;

Farce, brouille, joue des flûtes ;

Fais, ès ville et ès cités

Farces, jeux et moralités,

Gagne au berlan, au glic, aux quilles,

Aussi bien va, or écoutez !

Tout aux tavernes et aux filles. »

Le
poète décrit une vie de fêtes, de gaie musique, de folie, d’ivresse et de jeux.
Les valeurs chevaleresques de la poésie courtoise, son respect de la Dame, l’hymne
changé au courage et à la vertu disparaissent au profit d’une allégresse toute
populaire, faite de filles faciles et d’amusements gratuits. Villon était connu
pour être un brigand, il fut arrêté pour vol et condamné à plusieurs
reprises ; c’est un enfant de Paris, des Halles, c’est pourquoi il
s’exclame : « Il n’est bon bec que de Paris ».
De par sa position sociale – orphelin, pauvre, puis étudiant dissipé
abandonnant l’école –, Villon est le fruit d’une époque en transition, d’un Moyen
Âge tardif bouillonnant, sortant des codes hérités de la seigneurerie et
représentatif d’une vie urbaine, de nouveaux mondes populaires auxquels il
prête sa voix.

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