Le Zubial

par

Le point de vue et le ton

Commenous l’avons vu, Alexandre Jardin nous propose un portrait de son père telqu’il l’a connu, exultant, plein de vie et d’énergie. Ainsi, les pages du livresont à l’image de cet homme et dépeignent avec un éclat qui semble emprunté au Zubiallui-même. Le style d’écriture employé reflète donc avec fidélité et panache laverve de l’homme décrit.

Cependant,l’auteur se fait elliptique ; en effet il ne raconte que les éléments quil’intéressent afin de décrire son père, faisant l’impasse sur la professiond’écrivain de celui-ci, mettant de côté tout le travail sur les mots qu’il a pufaire de son vivant, et mettant l’accent sur son énergie de coureur de juponset de père affectueux. Il se refuse à présenter son père de la manière dont tousle voyaient habituellement : écrivain, dialoguiste et spécialiste ducinéma, en sélectionnant les épisodes de sa vie qui mettront en valeur l’hommelui-même, et non la profession. L’auteur se montre donc particulièrement attentifaux aspects proprement humains et intimes de la vie, puisqu’il fait le choix d’évoquerl’homme, l’identité, le caractère, et non pas l’apparence extérieure ni la profession,simulacres de l’homme.

Comme ilévoque ses souvenirs d’enfance, Alexandre Jardin utilise la première personnedu singulier, se livrant à un véritable travail de mémoire. Cependant, sonpoint de vue reste celui de l’auteur de 1997, et non celui de l’enfant et del’adolescent témoins des évènements, puisqu’il revient fréquemment à uneanalyse des faits d’abord ressentis par eux à travers une focalisation adulteet mûrie. Il évoque ses années d’enfance par le souvenir qu’il en a au présent,et ne cherche pas à esquisser son propre portrait mais seulement à rapporter cedont il se souvient, à la lumière d’un présent réfléchi, qui rend possible uncertain recul sur ces lointaines années.

Sonécriture est toutefois très intimiste : comme nous l’avons vuprécédemment, Alexandre Jardin se livre entièrement au lecteur en lui confiantses doutes, ses appréhensions, ses bons souvenirs, ses joies et sa mélancolie.Il fait donc preuve d’une totale sincérité, d’une confiance intégrale encelui-ci, qu’il prend comme juge de ses sentiments, et implique directementdans la lecture. Ainsi, le lecteur et l’auteur peuvent partager un véritablemoment d’intimité à travers la totale mise à nu des souvenirs et des sentimentsd’Alexandre Jardin.

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