Les Âmes du purgatoire

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Le caractère ésotérique de l’œuvre

Les visions, rêves et hallucinations de Don Juan jouent un rôle crucial dans l’histoire, au point où l’une d’entre elles représente le climax, le pivot de l’histoire : suite à sa vision de la messe sacrée donnée en son honneur par les âmes du purgatoire, le héros se repent. L’importance de cette vision repose sur deux éléments essentiels : premièrement, la situation dans laquelle se trouve le héros au moment de cette révélation, et dans un second temps la transformation radicale de notre héros à la suite de cette vision. Ces deux éléments nous permettent de connecter cette révélation au pouvoir de la Providence divine. Don Juan est « rappelé à l’ordre » par Dieu au moment où il est sur le point de commettre le plus grand crime de sa vie, d’atteindre un point de non-retour.

Après avoir décidé de séduire une nonne, Doña Teresa (grave péché puisque celle-ci est censée être « l’épouse de Dieu »), Don Juan avait envisagé de s’enfuir avec elle pour commencer une nouvelle vie. Mais lorsqu’il se réfugie dans le château familial où il a vécu toute sa vie avant de s’en aller pour Salamanque, Don Juan revoit ce tableau mystérieux des « tourments du Purgatoire », jadis objet de ses frayeurs. Mais à ce moment-là, quelque chose de différent se produit : il ne s’imagine plus simplement qu’il s’agit de quelques âmes aléatoires, mais plutôt de celles de ses amis, proches et toute autre personne qu’il a rencontrée – toutes piégées dans la souffrance du purgatoire. Malgré sa force de caractère, « Cette idée le fit tressaillir, et il sentit ses cheveux se hérisser sur sa tête. » Cette vision est tellement profonde et pénétrante pour Don Juan qu’il « lui semblait que les figures s’éclairaient et devenaient lumineuses, comme si le feu du purgatoire, que l’artiste avait peint, eût été une flamme réelle. »

Mais les hallucinations ne s’arrêtent pas là : le jour suivant, Don Juan revoit ces mêmes âmes dans une Église, et célébrant une messe en son honneur, pour sauver son âme. Cette deuxième vision est encore plus intense que la première, car ici tous les sens de Don Juan sont éveillés et lui donnent l’impression de vivre la réalité – il entend : « Tout à coup une musique lugubre et solennelle vint frapper son oreille » et touche : « don Juan arrêta par la manche une des figures qui portaient des cierges et lui demanda poliment quelle était la personne qu’on allait enterrer ». Et lorsqu’il entre dans l’église (en même temps que la procession) pour savoir s’il s’agit réellement de son âme, il est non seulement le spectateur mais aussi l’objet d’un combat terrible : les âmes du bien contre celles du mal. Lorsqu’il se retourne, Don Juan remarque les âmes de Don Garcia et de Gomare, prêtes à tirer la sienne avec eux dans le séjour des morts, en s’écriant : « le temps est venu ! Est-il à nous ? » Et juste après, la vision d’un serpent gigantesque prêt à se jeter sur sa dépouille l’horrifie tellement qu’il perd connaissance et tombe devant tous en s’écriant : « Jésus ! ». Et c’est de cette manière qu’il sauve son âme.

Mis à part ces occurrences, Don Juan a également d’autres visions et rêves à caractère prophétique, comme son rêve après le dîner donné en son honneur par Don Garcia (où il voit apparaître devant lui un vieillard souffrant et abattu, tenant une couronne d’épines). Bien qu’elles lui donnent aussi quelques frayeurs, elles sont moins signifiantes que sa dernière vision qui le conduit à la repentance. 

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