Les champs d’honneur

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La construction du roman: une mosaïque

Si le lecteur n'avait pas comme indication le titre même du roman, la lecture des premières pages le laisserait perplexe et l'amènerait à s'interroger. Mais de quoi parle ce roman ? Quelle histoire lui est donc racontée ? En effet, ce que narre Jean Rouaud, à savoir la découverte d'un lugubre secret de famille, ou plutôt oubli de famille pourrait-on écrire, ne peut se dire de but en blanc. Jean Rouaud construit donc son œuvre pièce à pièce, ajoutant un petit élément à un autre, chaque élément n'ayant apparemment aucun lien avec celui qui le précède. Ce n'est qu'une fois les petits carreaux de la mosaïque posés que le lecteur est capable de prendre le recul nécessaire et de voir l'image que Rouaud veut présenter, celle d'une mort inhumaine qu'ont vécue ces « vieillards de vingt ans » qu'étaient ses grands-oncles et de quel poids ces fantômes pèsent sur l'inconscient familial.

Pour en arriver à ce tableau des souffrances et de la mort de ses grands-oncles, qui explique l'omniprésence de la mort dans le quotidien de la famille, Jean Rouaud emprunte des chemins détournés, car révéler cette vérité est pénible, comme s’il s’agissait pour lui d’évoquer une tare honteuse. Il parle d'abord de son grand-père Alphonse, qu'il décrit comme un fieffé original, évoque en une longue digression la pluie qui douche la Loire-Inférieure, passe à la non-célébration des noces d'or des grands-parents, s'attarde longuement sur la 2CV d’Alphonse, et sur l'amitié qui lie le vieil homme à un moine, puis emmène son lecteur sous le ciel bleu du Var. Ensuite, après avoir composé ce portrait du grand-père Alphonse, Jean Rouaud entreprend de parler au lecteur de la tante Marie,...

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