Les champs d’honneur

par

Le narrateur et la mort

Dans Les Champs d'honneur, le lecteur ne voit jamais le narrateur, ne peut savoir à quoi il ressemble. Au lecteur de l'imaginer, petit garçon, adolescent, jeune homme, homme mûr se penchant sur son passé. En revanche, la mort est la compagne du lecteur dès les premières lignes du roman, puisqu'on fait la connaissance d'un des protagonistes, le grand-père Alphonse, en apprenant sa mort et l’effet de cet événement sur la famille. Le roman débute ainsi, puis la mort revient, inéluctablement dans la famille, comme s’il fallait en rappeler à ses membres le goût amer : « C'était la loi des séries en somme, martingale triste dont nous découvrions soudain le secret – un secret éventé depuis la nuit des temps mais à chaque fois recouvert et qui, brutalement révélé, martelé, nous laissait stupides, abrutis de chagrin. » Jean Rouaud, dès les premiers mots de l’œuvre, offre la clé essentielle à la compréhension du roman : on recouvre le secret, qui reparaît inéluctablement, et ses effets sont à chaque fois dévastateurs.

Trois personnages essentiels pour le narrateur disparaissent en un très court laps de temps : son père, à quarante ans, puis la tante Marie, puis le grand-père Alphonse. Après nous avoir présenté son grand-père au jour de son décès, Jean Rouaud nous présente sa « petite tante » chérie par le même biais : « Pour la petite tante, ç'avait été l'enfance de l'art. On retira les perfusions de ses bras squelettiques posés sagement sur les draps le long de son corps momifié, on arracha le tuyau d'alimentation de son nez, et son cœur vaillant ne se fit pas prier. En trois secondes, l'affaire – la grande – était...

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