Les champs d’honneur

par

Le grand-père

Alphonse Burgaud est le premier personnage que le lecteur rencontre. Homme taciturne, renfermé sur lui-même, les yeux tournés vers un monde intérieur, c'est un ancien tailleur, autrefois bien pourvu financièrement mais qui vit aujourd'hui à la limite de la gêne. Il a « des petits yeux fendus, des sourcils relevés comme l'angle des toits de pagode, et un teint jaunâtre qu'il devait moins à une quelconque ascendance asiatique (ou alors très lointaine, par le jeu des invasions) qu'à l'abus de cigarette ». Il semble se désintéresser totalement du monde et des gens qui l'entourent. Cette indifférence est illustrée par sa façon de conduire son antique 2CV, sans tenir aucun compte des autres automobilistes.

Son seul ami est un moine, frère Eustache, qu'il va voir chaque semaine et qui partage avec lui plus de secrets et de pensées que n'en partage sa propre femme. Son éternelle cigarette collée au coin de la bouche, il semble indifférent à tout, même à ses petits-enfants avec lesquels il est peu généreux. Le narrateur se souvient du « grand-père cachant ses bonbons pour ne pas nous en offrir ou nous octroyant aux étrennes une obole minuscule que grand-mère dans son dos devait multiplier par dix. » Pourtant, à deux occasions, le grand-père offre un autre visage. Une fois, au cours de vacances d'été passées chez sa fille, dans le Var, il disparaît et provoque l'inquiétude des siens, qui font même appel aux pompiers pour le chercher. En fait, le vieux bonhomme s'est offert une escapade de jeune garçon : sa femme trouve dans sa poche « un billet pour – et plutôt que de prononcer l'à peine prononçable elle le donna à lire – l'île du...

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